Quand le châ­teau ac­cueillait des bles­sés

An­na Merle ap­porte des pré­ci­sions sur les sol­dats ac­cueillis au châ­teau de Bouthéon

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Forez Sud - Mo­nique Per­bet

Ayant lo­gé au châ­teau de Bouthéon pen­dant son ado­les­cence, An­na Merle a eu connais­sance d’élé­ments sur l’ac­cueil de sol­dats bles­sés pen­dant la Pre­mière Guerre mon­diale.

nna Merle est née dans le vil­lage de Na­conne, à Clep­pé, en 1922. Elle est au­jourd’hui âgée de 94 ans et ré­side à la mai­son de re t r a i t e d e S a i n t ­G a l m i e r. « J’avais 14 ou 15 ans lorsque j’ai été pla­cée chez les Ca­le­mard, au châ­teau de Bouthéon, ra­conte­t­elle. J’ai été em­bau­chée par Fran­çois Ca­le­mard, un in­dus­triel en ru­bans. Il était ma­rié avec Ar­lette Bérard dont le père était doc­teur. L’hi­ver, avec mes pa­trons, nous res­tions à Saint­Étienne, dans le quar­tier de la ca­thé­drale Saint­Charles ; l’été, nous ve­nions dans la plaine. Je suis res­tée ins­tal­lée dans les combles de l’aile Nord pen­dant plu­sieurs an­nées ». d’elle, il y a no­tam­ment Mar­gue­rite Ca­le­mard, la mère de son pa­tron, née en 1889. « Elle était tou­jours ha­billée en noir, se rap­pelle la ré­si­dente bal­do­mé­rienne. On au­rait dit qu’elle chan­geait de te­nue tous les jours. Tan­tôt avec un ja­bot noir, blanc ou rouge. Elle nous em­me­nait à la messe à Saint­Gal­mier dans une Ro­sen­gart (marque au­to­mo­bile f ra n ç a i s e , N. D. L. R). » Et d’ajou­ter : « J’ai été tel­le­ment mar­quée par ce que j’ai en­ten­du que je m’en sou­viens en­core… »

Les Amis du vieux Bouthéon contac­tés

Tou­jours émue par ces sou­ve­nirs, An­na Merle évoque l’ac­cueil des sol­dats bles­sés au châ­teau de Bouthéon pen­dant la Pre­mière Guerre mon­diale. Pen­dant cette pé­riode, Mar­gue­rite Ca­le­mard a of­fi­cié comme in­fir­mière. « C’était une femme de ca­rac­tère. Elle agis­sait et ne di­sait rien. C’était elle qui cou­pait la jambe des sol­dats bles­sés lors­qu’il le fal­lait. Elle leur fai­sait boire du rhum avec autre c h o s e m a i s j’ i g n o re c e q u e c’était. Les Ca­le­mard ont dé­pen­sé beau­coup d’ar­gent pour soi­gner les sol­dats bles­sés. Mar­gue­rite est morte en 1969. Elle re­pose au ci­me­tière de SaintGal­mier. »

Lors­qu’elle a ap­pris que les Amis du vieux Bouthéon étaient à la re­cherche de té­moins sur l’ac­cueil de ces vic­times du conflit, elle n’a pas hé­si­té à contac­ter les res­pon­sables de l’as­so­cia­tion. Le pré­sident Jean­Paul Bruel et An­toine Cou­zon lui ont ren­du vi­site pour l’écou­ter avant de pro­cé­der à quelques vé­ri­fi­ca­tions en mai­rie de SaintGal­mier et aux ar­chives dé­par­te­men­tales pour confir­mer ses pro­pos.

D’ailleurs, dans un ex­trait des lettres des sol­dats re­trou­vées dans les ar­chives du châ­teau, on peut dé­chif­frer : « Mon­sieur Ca­le­mard a ai­mé non seule­ment nous faire du bien mais en­core à nous connaître et à nous consa­crer tout son temps. Ma­dame Ca­le­mard n’a, quant à elle, ja­mais sem­blé si heu­reuse qu’à soi­gner des mal­heu­reux aux ser­vices des­quels elle a dé­ployé la plus heu­reuse et gra­cieuse in­tel­li­gence. Tout ce qu’il y a de plus ma­gni­fique ne peut res­sor­tir qu’en de cir­cons­tances sem­blables. »

« C’est elle qui cou­pait les jambes des sol­dats bles­sés »

POÈME. An­na Merle, ici ac­com­pa­gnée de Jean-Paul Bruel, le pré­sident des Amis du Vieux Bouthéon, s’est pro­mis de re­co­pier un poème lais­sé par les trente sol­dats bles­sés lors de la guerre de 1914-1918.

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