Spé­cia­liste de la lit­té­ra­ture co­quine, Fran­çoise Rey se met à nu

De­puis1989, Fran­çoise Rey a pu­blié une tren­taine d’ou­vrages éro­tiques

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Sa­rah Dou­vi­zy sa­rah.dou­vi­zy@cen­tre­france.com

Si par­mi la tren­taine de livres éro­tiques écrits par Fran­çoise Rey un seul est au­to­bio­gra­phique, il est cer­tain que sa vie per­son­nelle a for­gé l’écri­vain qu’elle est au­jourd’hui. Maî­tresse mon­diale du genre, Fran­çoise Rey fait du sexe et des mots un couple ex­quis.

ran­çoise Rey n’est pas née écri­vain de lit­té­ra­ture éro­tique. Sa route vers le suc­cès lit­té­raire d’un autre genre était loin d’être toute tra­cée. Et pour­tant c’est bien sa vie per­son­nelle, sexuelle et amou­reuse plu­tôt chao­tique mais em­preinte d’amour et de pas­sion, qui ont fait d’elle cette écri­vain à la plume si dé­li­cate et si crue à la fois.

Dès sa plus tendre en­fance, Fran­çoise Rey dé­ve­loppe un goût cer­tain pour l’in­ter­dit. Non conforme, elle l’est ré­so­lu­ment, bien qu’étant une pe­tite fille stu­dieuse, ap­pli­quée et agréable à vivre. Elle a ra­pi­de­ment fait de la lec­ture une pas­sion. « Ma mère n’ai­mait pas me voir lire, parce que je m’ab­sor­bais (sic) et donc il n’y avait plus de com­mu­ni­ca­tion pos­sible. Et mon père avait peur que je me dé­forme un peu le cer­veau. » fait son ap­pa­ri­tion dans la vie de Fran­çoise Rey. « Je me suis sen­tie vrai­ment très mons­trueuse de po­ser des ques­tions sur le sexe à mes pa­rents. Vi­cieuse. Je me suis mise à faire des rêves éro­tiques, mais tou­jours avec des femmes. Je me sen­tais en­core plus mons­trueuse. Je ne sa­vais pas que ça pou­vait exis­ter les at­ti­rances pour le même sexe. » C’est fi­na­le­ment grâce aux livres que la jeune Fran­çoise va éveiller ses sens. Et plus par­ti­cu­liè­re­ment avec Co­lette et son texte Clau­dine à l’école. « Ce­la a in­flé­chi toute ma vie, et tout mon des­tin, parce qu’une per­sonne re­con­nue, un écri­vain brillant, a connu la même chose et a osé en par­ler. »

À par­tir de ce jour, la vie de Fran­çoise Rey se­ra dé­fi­ni­tive­ ment dif­fé­rente des autres. Tout du moins, elle le se­ra dans la forme. Dans le fond, la fu­ture écri­vain avait dé­ci­dé de suivre ses propres règles, quoi qu’il lui en coûte.

Jus­qu’en 1976, date à la­quelle Fran­çoise Rey vient s’ins­tal­ler dans le Beau­jo­lais, sa vie se­ra tu­mul­tueuse, ponc­tuée d’une re­la­tion les­bienne très forte, d’une mul­ti­tude de conquêtes mas­cu­lines, mo­ti­vées par la seule en­vie de dé­cou­vrir sexuel­le­ment l’es­pèce des hommes. Puis une pre­mière gros­sesse, d’un père in­con­nu, et une se­conde, d’un homme qu’elle aime, et qu’elle épou­se­ra des an­nées plus tard.

La vie qu’elle ima­gi­nait calme et pai­sible, celle qu’on dé­cri­vait à l’époque comme « nor­male », avec des en­fants dans un couple hé­té­ro­sexuel, s’est avé­rée être fi­na­le­ment bien morne et sans sa­veur. Pour re­le­ver le goût de sa vie, Fran­çoise Rey dé­cide d’al­ler cher­cher du pi­ment dans des re­la­tions ex­tracon­ju­gales. Jus­qu’au jour où un homme, te­nace, in­sis­tant, lui donne en­vie de pas­ser le cap de la lit­té­ra­ture qu’elle n’a connu jus­qu’alors qu’à tra­vers son mé­tier de pro­fes­seur de fran­çais. « J’avais en­vie de le sé­duire vrai­ment vio­lem­ment. Mais je le trou­vais tel­le­ment plus beau que moi, que j’ai dé­ci­dé de le sé­duire au­tre­ment. À la ques­tion : “Estce que tu lis toi ?”, il me ré­pond “oui, l’Équipe.” Je lui ai pro­po­sé de lui écrire une lettre dif­fé­rente. » L’aven­ture lit­té­raire com­mence. « J’uti­li­sais des mots dont je me croyais in­ca­pable. Je me suis vio­lée, j’ai vio­lé ma pu­deur, c’était hor­rible. Je m’étais fixée comme règle : tout ce qui te coûte à écrire, c’est ce­la qu’il faut écrire. » L’écri­vain avoue n’avoir pris au­cun plai­sir à cou­cher sur le pa­pier ce pre­mier texte. Elle pre­nait conscience du cô­té por­no­gra­phique de son âme, et en avait honte. Pour­tant, une fois par se­maine, Fran­çoise Rey écr it à son amant, des lettres en forme de cha­pitre. La femme de pa­pier est née. « Je n’écri­vais pas mes fan­tasmes. J’écri­vais les fan­tasmes que je su­bo­do­rais et que je flat­tais chez l’autre. Et il est de­ve­nu fou de dé­sir. Mais pour lui­même aus­si. Il s’est vu tel­le­ment beau, en hé­ros du sexe, ban­dant jus­qu’au ciel, tel­le­ment ma­gni­fique qu’il s’est pris au piège de ces mots­là. Le pou­voir des mots, c’est ma­gique. » Fran­çoise Rey dé­couvre alors le plai­sir in­ouï d’écrire quelque chose de construit, d’avoir un lec­teur, d’être at­ten­du et le plai­sir de ma­ni­pu­ler des mots qui lui avait tou­jours été in­ter­dits.

Un livre qui ne se des­ti­nait pas à la pu­bli­ca­tion

Après avoir dé­voi­lé le fruit de son tra­vail in­ter­dit à son ma­ri, et n’ob­te­nant pas le dé­clic se­cré­te­ment es­pé­ré, Fran­çoise Rey dé­cide de l’en­voyer à une mai­son d’édi­tion. L’al­chi­mie se fait tout de suite, même s’il faut at­tendre deux longues an­nées avant la pu­bli­ca­tion. Ce qui ne se des­ti­nait pas à être un livre au dé­part, est fi­na­le­ment de­ve­nu un clas­sique de la lit­té­ra­ture éro­tique contem­po­raine.

Pro­pul­sée en haut de l’af­fiche grâce à cette oeuvre, Fran­çoise Rey est au­jourd’hui un au­teur de re­nom avec plus d’une tren­taine de livres à son ac­tif, tous du genre éro­tique. « Souvent les gens me disent, et c’est ce­la qui m’a boos­tée pour conti­nuer dans ce genre­là, “mais comme c’est dom­mage, avec ce talent de plume que vous avez, d’écrire ça”. Le fait qu’on consi­dère le sexe avec re­jet, avec mé­pris, dé­goût, ce­la m’a fait souf­frir toute mon en­fance, je n’en veux pas. Je veux que le sexe ait ses lettres de no­blesses. »

« Je me suis sen­tie vrai­ment très mons­trueuse de po­ser des ques­tions sur le sexe »

TRA­VAIL. As­sise à son bu­reau dans sa vieille mai­son vi­gne­ronne du Bois-d’Oingt, Fran­çoise Rey laisse al­ler son ima­gi­na­tion pour écrire des his­toires éro­tiques. Son der­nier livre Le bal des co­chons, chez Ta­bou édi­tions, est pa­ru en 2015.

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