Il y a huit ans, l’in­croyable ca­tas­trophe…

Un gi­gan­tesque in­cen­die se dé­clare en août 2008 à Saint­Cy­prien, pol­luant toute la plaine

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Pollution Aux PCB A Saint-Cyprien - Lae­ti­tia Co­hen­det lae­ti­tia.co­hen­det@cen­tre­france.com

Pro­duc­tion lai­tière sus­pen­due, bo­vins abat­tus, ter­rains ge­lés… La pol­lu­tion aux PCB, née de l’in­cen­die de Saint-Cy­prien, a mar­qué les es­prits dans la plaine du Fo­rez. Au­jourd’hui en­core, le fait di­vers n’est pas sans consé­quences.

e nuage de fu­mées toxiques s’est dis­si­pé. Un e lande dé­serte couvre l’éten­due de la zone rouge ron­gée par les mau­vaises herbes. SaintCy­prien vou­drait clore un mal­heu­reux cha­pitre de s o n h i s t o i re, c a u s e d e mul­tiples ra­vages dans la plaine du Fo­rez. Mais l’in­ci­dent sur­ve­nu il y a huit ans, hante les Grandes terres. pro­prié­taires. Tous ac­ceptent de si­gner un bail em­phy­téo­tique de vingt ans avec Luxel. Ils touchent au­jourd’hui un pe­tit pé­cule de l’ordre de 2.000 à 3.000 eu­ros an­nuels par hec­tare, pour com­pen­ser l’oc­cu­pa­tion de leur do­maine.

36.864 pan­neaux so­laires

« Ce ne sont pas les pro­jets d’ur­ba­ni­sa­tion les plus ré­mu­né­ra­teurs, re­con­naît Jean­Bap­tiste Boi­net, di­rec­teur du ser­vice étude et dé­ve­lop­pe­ment chez Luxel, mais c’est la ga­ran­tie qu’on ne fe­ra pas une nou­velle fr iche sur ces par­celles. » À moyen terme, en tout cas. En 2032, Luxel au­ra le choix : dé­mon­ter com­plè­te­ment son ins­tal­la­tion ou re­nou­ve­ler le ma­tér iel. « L’éner­gie p h o t ov o l t a ï q u e reste moins chère que le nu­cléaire troi­sième gé­né­ra­tion, ana­lyse Jean­Bap­tiste Boi­net. Et l’élec­tri­ci­té ne va pas dis­pa­raître de si­tôt, les pers­pec­tives sont donc plu­tôt fa­vo­rables. »

En at­ten­dant, la pe­tite en­tre­prise a co­lo­ni­sé l’es­pace si­nis­tré. Im­pos­sible de man­quer, à l’en­trée du vil­lage, les 36.864 mo­dules d’alu­mi­nium tour­nés vers le so­leil. D’une puis­sance maxi­male de 9,1 MWc, l’ins­tal­la­tion pro­duit de quoi ali­men­ter 4.000 à 5.000 foyers. L’élec­tri­ci­té e s t re v e n d u e à E D F e t ré­in­jec­tée dans le ré­seau à tra­vers le point de rac­cor­de­ment pla­cé à l’en­trée du site. « Elle ar­rive di­rec­te­ment chez les ha­bi­tants et les en­tre­pre­neurs du sec­ teur », sou­ligne Jean­Bap­tiste Boi­net. « On n’y cultive pas des tu­lipes, mais au moins c’est propre », conclut Hen­ri Faure.

Reste, en bor­dure des clô­tures, un der­nier ter­rain mi­né (la par­celle 132, celle de l’in­cen­die) ; le seul pr ivé de re­con­ver­sion, car trop pol­lué, que do­mine un ves­tige de l’ac­ti­vi­té in­dus­tr ielle, une mai­son d’ha­bi­ta­tion. Les pro­prié­taires l’ont ré­in­ves­tie après le dé­pôt de bi­lan de la so­cié­té V itale en 2010. La de­meure est en v e n t e. De p u i s d e s a n ­ nées…

Si les nou­veaux ar­ri­vants ne connaissent pas les mésa­ven­tures du vil­lage, bien peu d’an­ciens ont ou­blié. « Pour moi, c’est im­pos­sible », lâche Hen­ri Faure. Ni­cole et Gé­rard Rol­land, pre­miers agri­cul­teurs tou­chés par le dé­sastre, ont re­ven­du leur ferme, éva­cué cette noire pé­riode. « Je ne sou­haite pas re­plon­ger là­de­dans, s’em­porte le Cy­prien­nois. Moins on re­tour­ne­ra le cou­teau dans l a p l a i e, mieux ce se­ra. »

Mal­gré l’im­mi­nence d’un pro­cès au pé­nal, l’as­so­cia­tion de dé­fense des par­ti­cu­liers ( lire par ailleurs) a som­bré, elle aus­si, dans la t o r p e u r. L’ i m a g e d e la com­mune en a pris un sa­cré coup. « Le code ci­vil, de­puis les faits, com­porte un dé­cret Saint­Cy­prien, sou­ligne le nou­vel édile, Marc Ar­cher, dont l’unique ob­ses­sion est d’as­sai­nir le ter­ri­toire. Notre image est un peu ter­nie et c’est dom­mage car SaintCy­prien est un vil­lage très agréable où il fait bon vivre. »

(*) Ex­trait du rap­port du Con­seil gé­né­ral de l’ali­men­ta­tion, de l’agri­cul­ture et des es­paces ru­raux, da­té de mai 2010 et de la base de don­nées Ba­sol du mi­nis­tère de l’Éco­lo­gie, du dé­ve­lop­pe­ment du­rable et de l’éner­gie.

42 com­munes tou­chées, de Pom­miers à Saint­Étienne « On n’y cultive pas des tu­lipes mais au moins, c’est propre. »

PHO­TO : STÉ­PHANE FAVEYRIAL/SDIS 42

IN­CEN­DIE. Le feu s’était dé­cla­ré le 22 août 2008 sur les ter­rains de la so­cié­té Vi­tale Re­cy­clage. Il a été en­tiè­re­ment éteint le 30 oc­tobre, dix se­maines plus tard.

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