Le Fo­rez est-il du­ra­ble­ment conta­mi­né ?

La plu­part des in­ter­dits ont été le­vés mais le plan de sur­veillance est tou­jours d’ac­tua­li­té

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Où En Est-on Aujourd'hui ? -

Si la concen­tra­tion de PCB, aux yeux de l’État, ne né­ces­site pas de sur­veillance des po­pu­la­tions à Saint-Cy­prien, cer­tains ha­bi­tants re­doutent des consé­quences à long terme.

an­cien maire de la c o m m u n e , He n r i Faure, se sou­vient des ré­ac­tions af­fo­lées au len­de­main de la conta­mi­na­tion. « Pour peu, ça fai­sait gon­fler le pain, iro­nise­t­il. Cer­taines mères qui don­naient le sein ont fait ana­ly­ser leur lait mais on ne m’a ja­mais trans­mis les ré­sul­tats. Or je m’étais ren­sei­gné au­près du corps mé­di­cal. Pour que l’être hu­main soit af­fec­té, il au­rait fal­lu consom­mer du PCB tous les jours et en grande quan­ti­té. Ce n’était pas tout à fait le cas… (in­ter­dits sur le mar­ché de­puis 1987, les PCB clas­sés sub­stance « pro­ba­ble­ment can­cé­ri­gène » s’ac­cu­mulent le long des chaînes ali­men­taires et dans les graisses ani­males. L’ex­po­si­tion aux mo­lé­cules est à 90 % d’ori­gine ali­men­taire, N.D.L.R.). »

Une ana­lyse que ne par­tage pas Yves Per­raud, ex­pré­sident de l’as­so­cia­tion saint­cy­prien­noise pour la san­té et la sau­ve­garde de l’en­vi­ron­ne­ment. Cet ha­bi­tant de la rue des Érables s’est don­né corps et âme à la lutte contre les dioxines pen­dant trois ans avant qu’une ma­la­die grave ( et un ul­ti­ma­tum de son épouse) ne l’oblige à le­ver le pied. Per­sonne ne l’a rem­pla­cé à la tête de la contes­ta­tion. Et trente ki­los de don­nées ont échoué a u g re n i e r. Co u r r i e r s , c o m p t e s re n d u s , r a p ­ ports… Le pr ix d’un achar­ne­ment au ser­vice du bien com­mun.

« Même avec le re­cul, j’en suis en­core ma­lade, confie le Cy­pr ien­nois, amer. On nous a pris pour des im­bé­ciles. Un jour, on nous par­lait du risque de ra­ser toutes les ha­bi­ta­tions dans un pé­ri­mètre de 2 km en cas de large conta­mi­na­tion (et les gens, ef­frayés à l’idée de t o u t p e rd re, c e s s a i e n t d’évo­quer le pro­blème). L’autre,on nous in­ter­di­sait de chas­ser le ca­nard et de vendre du miel. Comme si col­verts et abeilles ne dé­pas­saient ja­mais les li­mites de la com­mune ! Les gens, en 2008, ont ar­ro­sé leur jar­din avec l’eau de leur puits… (*) Je re­grette qu’ils n’aient pas com­pris la dan­ge­ro­si­té. »

Lui est res­té six an­nées sans bê­cher son potager. Sur son con­seil, un de ses jeunes voi­sins a fait im­por­ter 40 cm de terre fraîche pour évi­ter que son en­fant n’aille grat­ter un sol ir­ré­mé­dia­ble­ment souillé.

Des ef­fets in­vi­sibles à court terme

« On a abat­tu énor­mé­ment de bes­tiaux, rap­pelle Yves Per­raud. Mais pour les ci­toyens, on n’a rien fait. Au­cune ana­lyse n’a ja­mais été réa­li­sée sur les graisses hu­maines. Si tout le monde avait pris des bou­tons tout de suite, l’af­faire au­rait mo­bi­li­sé mais les ef­fets du PCB sont in­vi­sibles à court terme. Au­jourd’hui en­core, on consomme du blé culti­vé à proxi­mi­té des ter­rains condam­nés. Croyez­vous que la dis­per­sion des mo­lé­cules se soit ar­rê­tée à un grillage ? »

Plu­sieurs cas de can­cers au­raient été ré­per­to­riés ces der­niers mois dans le quar­tier de la Ge­nette et un si­gna­le­ment dé­po­sé au­près de l’Agence ré­gio­nale de san­té ( ARS). Les au­to­ri­tés se veulent ras­su­

rantes ( lire par ailleurs).

Du cô­té de la Frapna (fé­dé­ra­tion Rhône­Alpes de pro­tec­tion de la na­ture), par­tie ci­vile dans l’af­faire, le dis­cours est fa­ta­liste. « Qu’est­ce qu’on peut faire ? dé­plore Ja­cky Borne, vice­pré­sident. La dan­ge­ro­si­té n’a pas dis­pa­ru. Des sites comme Saint­Cy­prien, il en existe par­tout dans l’Hexa­gone ( 291 sont re­cen­sés sur le site Ba­sol. En 2009, les émis­sions de PCB en France mé­tro­po­li­ taine, prin­ci­pa­le­ment is­sus de l’in­dus­trie ma­nu­fac­tur ière, étaient de 58 kg, N. D. L. R.). Ce­la fait par­tie des in­con­vé­nients de notre monde in­dus­tria­li­sé. La seule chose qu’on peut évi­ter, c’est que ça ne re­com­mence. »

(*) « Les re­cherches ana­ly­tiques me­nées sur les eaux dans le cadre de ce dos­sier, no­tam­ment sur un puits pri­vé à usage uni fa­mi­lial à Saint­Cy­prien et uti­li­sé pour l’ar­ro­sage du jar­din, n’ont pas ré­vé­lé une conta­mi­na­tion des eaux sou­ter­raines par les dioxines et les PCB », rap­pelle l’ARS.

NO MAN’S LAND.

La par­celle 132 ( à droite de l’image)

est dé­fi­ni­ti­ve­ment condam­née.

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