Trois heures de cal­vaire

Pri­son ferme pour en­lè­ve­ment, sé­ques­tra­tion et vio­lence

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Faits Divers - Justice - Ro­dolphe Mon­ta­gnier ro­dolphe.mon­ta­gnier@cen­tre­france.com

Un homme qui pen­sait fi­nir la soi­rée en bonne com­pa­gnie après une nuit bien ar­ro­sée à Saint-Étienne, en mai 2013, était tom­bé dans un tra­que­nard. Ses deux agres­seurs ont éco­pé de cinq et trois ans ferme de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel.

a chambre était un vé­ri­table champ de ba­taille. Quand la ré­cep­tion­niste de l’hô­tel a vou­lu sa­voir ce qui se pas­sait, la porte était blo­quée par un lit et des ma­te­las. Elle a vu deux per­sonnes s’en­fuir. Dans la salle de bain, la bai­gnoire avait été rem­plie et une lampe de che­vet se trou­vait à proxi­mi­té. L’une des deux vic­times a dit que ses agres­seurs avaient me­na­cé de lui mettre la tête dans l’eau si elle ne don­nait pas son code de Carte bleue. Osons le dire : il s’agis­sait d’une agres­sion ho­mo­phobe com­mise par deux bar­bares qui étaient là pour ça. »

Évo­quant « une af­faire sor­dide » et « des faits qui au­raient dû être qua­li­fiés de ten­ta­tive de meurtre », la sub­sti­tut du pro­cu­reur de la Ré­pu­blique, Marianne Ber­théas, a re­quis cinq et trois ans fermes à l’en­contre des deux tren­te­naires pour­sui­vis jeu­di 7 avril, de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de SaintÉ­tienne. Cé­dric Tou­zeau, le plus âgé, li­bé­ré après avoir ef­fec­tué trente mois de dé­ten­tion pré­ven­tive dans une af­faire de proxé­né­tisme ag­gra­vé, ne s’est pas pré­sen­té. Saad Moayad, son com­parse, est, lui, dé­te­nu pour avoir éco­pé de qua­torze ans, l’an der­nier, pour un viol avec arme com­mise sur une étu­diante sté­pha­noise.

Un pré­ve­nu dé­jà condam­né pour viol

En mai 2013, ces deux in­di­vi­dus s’étaient re­trou­vés dans une chambre d’hô­tel avec trois autres hommes dont un tra­ves­ti à l’in­vi­ta­tion d’un sixième, un mé­de­cin du Puy­enVe­lay ve­nu pas­ser une nuit fes­tive dans la pré­fec­ture de la Loire. Ce groupe sor­tait d’une af­ter et avait dé­ci­dé de pro­lon­ger le plai­sir au­tour de quelques verres et de quelques ci­ga­rettes sup­plé­men­taires. Deux in­di­vi­dus avaient ra­pi­de­ment quit­té les lieux quand il avait été ques­tion de fel­la­tion et plus si af­fi­ni­tés. Mal­heu­reu­se­ment pour le tra­ves­ti et le pra­ti­cien, la ma­ti­née avait pris une tout autre tour­nure, beau­coup moins plai­sante. Les deux hommes avaient été sé­ques­trés, pas­sés à ta­bac et tor­tu­rés afin qu’ils donnent leur code de Carte bleue.

Un hô­tel pra­ti­que­ment vide

L’un avait vite cra­qué, don­nant tou­te­fois un faux code. L’autre avait re­fu­sé tout net, bien que ses agres­seurs l’aient me­na­cé de por­ter plainte pour une ten­ta­tive de viol sur l’une des per­sonnes qui avait quit­té la chambre, soi­di­sant âgée de seule­ment 17 ans.

Pour lui, « trois heures de cal­vaire », di­ra son avo­cat. Coups de pied, coups de poing, nez cas­sé, mul­tiples contu­sions et hé­ma­tomes… Ses cris, vite étouf­fés, n’avaient aler­té per­sonne car l’hô­tel était pra­ti­que­ment vide ce di­manche ma­tin­là. Ses agres­seurs s’étaient fait mon­ter deux pe­tits­dé­jeu­ners en chambre tan­dis que lui souf­frait le mar­tyr.

Me An­dré Buf­fard a ré­cla­mé plus de 25.000 € de dom­mages et in­té­rêts, tous pré­ju­dices confon­dus, pour son client qui « au­rait pu mou­rir » ; un client qui, bien que pas­sa­ble­ment émé­ché, avait pris la pré­cau­tion de lais­ser sa carte ban­caire à la ré­cep­tion de l’hô­tel en ar­ri­vant. Comme s’il re­dou­tait ce qui al­lait lui ar­ri­ver.

À la barre du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel, Saad Moayad n’en dé­mord pas : « C’est vrai que j’étais dans la chambre mais je suis très vite par­ti, as­sure ce­lui qui a été confon­du par son ADN re­trou­vé sur un mé­got de ci­ga­rettes. Je n’étais pas de ce monde­là alors je suis par­ti. Je n’ai don­né au­cun coup », conclut un in­di­vi­du qui a dé­jà sept condam­na­tions à son ca­sier ju­di­ciaire. Son com­plice pré­su­mé a bien ten­té de le dé­doua­ner en af­fir­mant qu’il était seul dans cette chambre et que c’est lui qui avait vio­len­té les deux hommes mais le mé­de­cin l’a for­mel­le­ment re­con­nu. Im­pos­sible d’ou­blier le vi­sage de l’un de ses deux bour­reaux.

Une vic­time for­te­ment al­coo­li­sée

Pour Me Co­ra­ly Sa­dur­niRa­fat, « les évi­dences sont loin d’être au ren­dez­vous. La vic­time était for­te­ment al­coo­li­sée, à tel point qu’elle ne se sou­ve­nait même pas qu’elle avait fait le tour de Saint­Étienne en taxi et qu’elle avait re­ti­ré de l’ar­gent à un dis­tri­bu­teur au­to­ma­tique avant d’ar­ri­ver à l’hô­tel. Dans ce contexte, il me semble im­pos­sible de prendre ses ac­cu­sa­tions au sé­rieux », a es­ti­mé une avo­cate plai­dant la re­laxe de son client.

Les deux hommes ont éco­pé de cinq ans ferme pour ce­lui qui était ab­sent à l’au­dience et contre le­quel a été dé­li­vré un man­dat d’ar­rêt et de trois ans ferme pour son com­parse. Tous les deux ont été condam­nés so­li­dai­re­ment à payer plus de 40.000 € au to­tal à leurs deux vic­times ain­si qu’à la Caisse pri­maire d’as­su­rance­ma­la­die (Cpam).

Un agres­seur for­mel­le­ment re­con­nu

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