Ex­pé­di­tion pu­ni­tive à Mar­clopt

Un père et son fils condam­nés pour des me­naces de mort

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Faits Divers - Justice - Ro­dolphe Mon­ta­gnier ro­dolphe.mon­ta­gnier@cen­tre­france.com

L’été der­nier, un homme et son fils avaient dé­bar­qué en pleine nuit et me­na­cé une oc­to­gé­naire, mère de l’un et grand-mère de l’autre, à son do­mi­cile de Mar­clopt. Un raid sur fond d’al­cool et de conflit fa­mi­lial la­tent.

Lèvres ser­rées, mains croi­sées dans le dos, re­gard bais­sé, le père res­sasse et ful­mine. Aux cô­tés de ce presque sexa­gé­naire, son fils, âgé d’un peu moins de trente ans. Les deux hommes sont pour­sui­vis de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de SaintÉ­tienne pour dé­gra­da­tion ou dé­té­rio­ra­tion vo­lon­taire du bien d’au­trui, vio­la­tion de do­mi­cile et me­nace de mort. Leur vic­time n’est autre que… la mère de l’un, grand­mère de l’autre.

En juillet der­nier, les gen­darmes de la bri­gade ter­ri­to­riale de Saint­Gal­mier sont ap­pe­lés à deux heures du ma­tin. Ça barde à Mar­clopt. Des ombres donnent des coups de pied dans une porte d’en­trée et hurlent. Quand les mi­li­taires ar­rivent sur place, ils par­viennent à in­ter­pel­ler trois hommes. L’un, dé­crit comme le plus vi­ru­lent, a bien ten­té de se ca­cher der­rière l’église du vil­lage mais il n’a pas pu s’échap­per.

Ces in­trus ont fait ir­rup­tion chez la pro­prié­taire des lieux, âgée de 83 ans, en pleine nuit. Le por­tail a été for­cé et la vieille dame ré­veillée par du bruit et des cris. Des in­sultes, plus exac­te­ment. « Pute », « Sa­lope », « Sale garce »… Les in­di­vi­dus ont ten­té de for­cer la porte du sous­sol, en vain. L’oc­to­gé­naire a eu très peur.

Mal­trai­tance, hu­mi­lia­tion, aban­don,

Les en­quê­teurs constatent alors que deux des trois in­di­vi­dus se trouvent être de la fa­mille de la vic­time. L’un est le fils de cette veuve et l’autre, son pe­tit­fils. Ils com­prennent vite que le conflit fa­mi­lial ne date pas d’au­jourd’hui. Il est ques­tion de ja­lou­sie qu’au­rait en­tre­te­nue le pre­mier vis­à­vis de ses frères, de re­proches adres­sés par le se­cond à cette grand­mère qui ne l’ai­me­rait pas et de pro­fonds et an­ciens res­sen­ti­ments. Au­tant d’in­cli­na­tions dé­cu­plées par l’ab­sorp­tion d’al­cool.

« C’est vrai que j’avais bu plu­sieurs Ri­card, ad­met le père. J’au­rais pas dû. Je re­grette cette grosse er­reur mais ma mère, si vous sa­viez tout ce qu’elle m’a fait. Mal­trai­tance, hu­mi­lia­tion, aban­don… C’était une mau­vaise femme », lâche un homme qui a fait l’ob­jet d’une ex­per­tise psy­chia­trique. « Pré­ju­dice in­con­so­lable » qu’il cultive à tra­vers son fils, per­sua­dé que son en­fant est lui aus­si re­je­té par son aïeule. En re­vanche, père et fils re­jettent les me­naces de mort. Les té­moins ont en­ten­du « On va te cre­ver » mais les deux pré­ve­nus as­surent qu’ils ne sont pas al­lés aus­si loin.

Le ca­sier ju­di­ciaire de l’un est vierge tan­dis qu’une men­tion pour fraude fis­cale en 2008 fi­gure à ce­lui du pe­tit­fils. Le troi­sième in­di­vi­du, lui, se­rait res­té pas­sif. Me Laurent Vé­ril­hac, avo­cat de l’oc­to­gé­naire qui s’est por­tée par­tie ci­vile, évoque « la conduite ad­dic­tive al­coo­lique » du pré­ve­nu le plus âgé. « Je fré­mis pour l’ave­nir de ma cliente qui, après avoir été hos­pi­ta­li­sée à Montrond­les­Bains et à Mont­bri­son, sé­journe dans une ins­ti­tu­tion spé­cia­li­sée. Elle ne ré­clame au­cun pré­ju­dice fi­nan­cier car elle craint des re­pré­sailles évi­dentes », ter­mine Me Vé­ril­hac.

Des ran­coeurs ac­cu­mu­lées de­puis 60 ans

Pour Mi­chel Ré­gnier, au­de­là du conflit his­to­rique, il y avait aus­si « un réel be­soin d’ar­gent chez l’un et l’autre des pré­ve­nus ». « Je n’ai ja­mais de­man­dé d’ar­gent à ma mère », a as­su­ré le plus âgé. Le sub­sti­tut du pro­cu­reur de la Ré­pu­blique de­mande six mois de pri­son avec sur­sis et 1.100 € d’amende pour cha­cun des deux hommes.

Des ré­qui­si­tions qui semblent sa­tis­faire Me An­dré Buf­fard. L’avo­cat des deux hommes es­time qu’« une fré­né­sie s’est em­pa­rée des pro­ta­go­nistes ce soir­là. Des ran­coeurs ac­cu­mu­lées de­puis soixante ans fai­saient bouillir la mar­mite de­puis la pe­tite en­fance. » Le dé­fen­seur ap­pelle le tri­bu­nal à la mo­dé­ra­tion. Ap­pel en­ten­du puisque ses clients ont éco­pé de cinq mois de pri­son avec sur­sis et de 300 € d’amende cha­cun.

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