Noële No­ble­court, ja­mais à ge­noux

La spea­ke­rine vi­rée de l’ORTF pour une robe trop courte a vé­cu 13 ans dans les Monts du Lyon­nais

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Le Portrait - Lu­do­vic Daim

L’ex-pré­sen­ta­trice de Té­lé Di­manche s’est bat­tue toute sa vie. Contre les hommes trop sûrs de leur pou­voir, pour l’éman­ci­pa­tion des femmes, contre le can­cer. Pour sa li­ber­té.

n a long­temps ré­su­mé Noële No­ble­court à ses ge­noux, qu’une robe trop courte dans une France pré­soixante hui­tarde, di­ri­gée par un gé­né­ral et dis­traite par deux chaînes de té­lé­vi­sion, a fait ren­voyer de l’ORTF après un Té­lé Di­manche de juin 1964 qu’elle avait pré­sen­té trop li­bre­ment. La réa­li­té de cette évic­tion, ré­vé­lée 30 ans plus tard, c’est que la jeune spea­ke­rine aux beaux yeux our­lés avait re­fu­sé les avances de Ray­mond Mar­cillac, alors tout puis­sant pa­tron de l’in­for­ma­tion. Le même Ray­mond Mar­cillac qui n’hé­si­te­ra pas à l’ex­hi­ber avec une robe noire scin­tillante en­core plus courte, cinq ans plus tard, pour l’an­ni­ver­saire de l’émis­sion. En 1969, consa­crée, il est vrai, an­née éro­tique par Serge Gains­bourg.

Les ge­noux, que Noële No­ble­court, née à Al­ger au ha­sard d’une af­fec­ta­tion de son père of­fi­cier, ne plie­ra ja­mais, « se ven­dront bien ». Celle qui avait dé­bu­té à 17 ans à Té­lé Monte Car­lo avec son « co­pain » Claude Fran­çois, qui fut pré­sen­ta­trice à l’Olym­pia avant de suivre John­ny Hal­li­day en tour­née, fait du ci­né­ma. Des ap­pa­ri­tions dans An­gé­lique Mar­quise des Anges , Dé­clic et des claques, L’homme qui tra­hit la ma­fia, la ma­lé­dic­tion de Bel­phé­gor, etc, dont elle ne tire au­cune fier­té au­jourd’hui. douille. Je l’ai rac­com­pa­gné à la porte de mon ap­par­te­ment. C’est mon plus grand re­gret. J’aime la chan­son, la mu­sique, la scène. Je n’ai pas su m’en­tou­rer de gens sé­rieux. » En 1967, elle en­voie tout ba­la­der. Pa­ris, le show­biz, les paillettes. « Je n’avais plus confiance en per­sonne. » Elle s’ins­talle dans les Monts du Lyon­nais pour y « culti­ver l’au­then­tique ». Elle a ren­con­tré un vé­té­ri­naire de Saint­Symphorien­sur­Coise sur un court de tennis dans le mi­di. « Un Mon­sieur fort désa­gréable à qui j’ai de­man­dé de vac­ci­ner mon chien et qui m’a dit qu’il ne fai­sait que les vaches. Après je l’ai trou­vé un peu moins désa­gréable. » Elle lui don­ne­ra deux gar­çons. L’union du­re­ra 13 ans.

Noële No­ble­court re­join­dra Lyon où elle tâ­te­ra de la com­mu­ni­ca­tion po­li­tique avec Ray­mond Barre et Anne­Ma­rie Com­pa­ri­ni. « Elle vou­lait que je sois la vio­lette sous la mousse mais c’est dif­fi­cile pour moi. » Elle crée trois as­so­cia­tions, Femmes chefs d’en­tre­prises, Femmes d’af­faires et ma­na­gers et Femmes té­moins de notre temps, dont le par­rain est le pa­léoan­thro­po­logue, Yves Cop­pens. Des femmes qui ne sont pas for­cé­ment plus libres qu’en 1964. Elles gagnent du ter­rain, elles en re­perdent. Il faut conti­nuer à se battre, tou­jours. Les hommes leur font payer leur pou­voir de ma­ter­ni­té. » Sa mère, Noële No­ble­court ne sait pas « si elle est morte ou en vie ». Cette mère qui l’a « mé­pri­sée, hon­nie, dé­truite », fuie à 15 ans. « J’ac­cou­che­rai peut­être ma dou­leur sur pa­pier, je le fe­rai pro­ba­ble­ment un jour. » Écrire comme une fa­çon d’exor­ci­ser le mal. Comme elle a écrit C’est rien ! C’est juste un can­cer ! (lire ci­contre) après avoir lut­té contre une tu­meur du co­lon dé­tec­tée en 2008. Elle était en train de re­peindre les marches me­nant à la mez­za­nine de son ap­par­te­ment de la Croix­Rousse, dans son ta­blier du Beau­jo­lais, quand le mé­de­cin l’a ap­pe­lée. « Ce livre, ça a été comme un ab­cès de fixa­tion que l’on crève pour se li­bé­rer. Je ne me suis pas sen­tie in­ves­tie d’une mis­ sion. Je me suis dit que mon té­moi­gnage pou­vait ser­vir à des gens, des fa­milles con­fron­tés à ça. » Les mé­de­cins lui ont dit qu’elle était gué­rie. « On sur­veille la bes­tiole quand même. » Même le can­cer ne se­ra pas par­ve­nu à la mettre à ge­noux.

Jacques Ca­net­ti vou­lait en faire une star de mu­sic­hall

RO­BERT DEYRAIL PHO­TO

COM­BAT. Après les bonnes consciences, Noële No­ble­court a vain­cu le can­cer. « On m’a dit que j’étais gué­rie mais on sur­veille la bête quand même ».

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.