Jean Prost a bien bul­lé toute sa vie

L’oeuvre de l’en­fant de la Ré­sis­tance est tra­ver­sée par l’His­toire

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Le Portrait - Lu­do­vic Daim

L’au­teur de Glei­zé, qui a tra­vaillé pour Pif et les édi­tions Glé­nat, re­vi­site ac­tuel­le­ment son His­toire du Beaujolais.

était à la Li­bé­ra­tion. Juste de­vant chez lui, rue Ga­ri­bal­di, dans ce qui est main­te­nant le quar­tier de la Part­Dieu à Lyon. En pleine rue. Une belle femme qu’on a ton­due, à qui on a tra­cé une croix gam­mée sur le front. « Elle avait eu une liai­son avec un of­fi­cier al­le­mand mais elle ai­dait les gens, trou­vait des ti­ckets de ra­tion­ne­ment, était in­ter­ve­nue pour en faire sor­tir de pri­son. » C’était en 1944. Jean Prost avait 7 ans et dé­cou­vrait que la vie avait des traits moins nets que les BD qu’il ache­tait chez « Mme Pie XII » la com­mer­çante qui avait « la même tête que le Pape », qui nour­ris­saient son ima­gi­naire d’en­fant. Quand « il y a les bons et les mé­chants, que l’on sait qui est qui ». Jean Prost est un en­fant de la Ré­sis­tance, fils d’« une mère bi­gote » et d’un père an­cien sous­of­fi­cier de Dra­gons pen­dant la Pre­mière Guerre mon­diale, de­ve­nu bri­ga­dier­chef de po­lice à la pré­fec­ture de Lyon. Une po­si­tion pri­vi­lé­giée pour se pro­cu­rer des faux pa­piers. Avec son gendre, ins­pec­teur au com­mis­sa­riat de Vaise, qui se­ra dé­por­té à Ra­vens­brück, ils font par­tie du ré­seau Mon­tri­val. Ils font pas­ser des Juifs en Suisse via les che­mins de contre bande à tra­vers le Ju­ra, dont la fa­mille Prost est ori­gi­naire. arbres, des rues. « Il m’a don­né des ronds et des bou­quins dont le pre­mier San An­to­nio, Ré­glez lui son compte, de Fré­dé­ric Dard en me di­sant “Prends­le, ça se vend pas”. » Les presses, l’encre, le pa­pier, des au­teurs is­sus des mou­ve­ments ré­sis­tants trouvent à se re­con­ver­tir dans la Bande des­si­née qui ex­plose à Lyon (lire ci­des­sous) dans une soif in­ex­tin­guible de se trou­ver des su­per­hé­ros après le trau­ma­tisme hit­lé­rien. Dans cette ef­fer­ves­cence, Jean Prost a le coup de crayon fa­cile. Il est nègre pour les édi­tions LUG (pour Lug­du­num) créées par deux grands noms de la Ré­sis­tance, Au­guste Vis­tel et Marcel Na­var­ro. Il crée ses propres per­ son­nages, l’ins­pec­teur Pi­pauvent, l’ex­plo­ra­teur Fa­ri­bole. Quand les co­mics amé­ri­cains dé­barquent, on lui de­mande de gom­mer le galbe trop pro­non­cé des seins des hé­roïnes, de ral­lon­ger leurs robes, d’ex­pur­ger les dia­logues des in­sultes ra­cistes en­vers les Ja­po­nais. Jean Prost s’amuse mais il faut bien man­ger et il fait donc les Beauxarts et puis sur­tout aus­si l’école nor­male. « Faire de la BD quand on est nor­ma­lien, c’était presque une ma­la­die hon­teuse. » Il se­ra donc ins­ti­tu­teur, comme son épouse, Gi­sèle, avec qui il di­ri­ge­ra l’école de Dé­ni­cé, avant de re­tour­ner à la Fac pour de­ve­nir pro­fes­seur d’his­toire­géo­gra­ phie à Ville­franche puis au Boisd’Oingt. « Quand des pa­rents ve­naient me voir en se plai­gnant que leur en­fant ne li­sait ja­mais rien d’autre que de la BD, je leur di­sais que c’était scan­da­leux et qu’il fal­lait l’en­voyer dans les mines de sel en Po­logne. » Entre les co­pies à cor­ri­ger tard le soir et les planches à des­si­ner aux au­rores, Jean Prost col­la­bore à Pif ­ « je n’étais pas com­mu­niste mais ça payait bien »­ et avec les édi­tions Glé­nat.

« Pif, je n’étais pas com­mu­niste mais ça payait bien »

An­dré Pel­tier, un pro­fes­seur d’an­ti­qui­tés ro­maines, lui pro­pose d’écrire l’His­toire de Lyon en BD. Les édi­tions Hor­wath de Roanne les édi­te­ront en quatre vo­lumes entre 1977 et 1980. Il y au­ra en­suite L’His­toire du monde grec, des Cré­tois à l’Iliade, L’His­toire de l’Ain ,L a Ba­taille de Lyon 1939­1945, Cham­pol­lion et le se­cret des hié­ro­glyphes, L’His­toire de la Bour­gogne. Re­trai­té de l’Édu­ca­tion na­tio­nale de­puis 1992, Jean Prost tra­vaille ac­tuel­le­ment pour les édi­tions LGO à la ré­ac­tua­li­sa­tion de son His­toi­ re du Beaujolais pa­rue en 1983 dans l’ate­lier amé­na­gé au sous­sol de son pa­villon, à Glei­zé, près de Ville­franche. « J’adore la BD his­to­rique », clame Jean Prost qui a aus­si en pro­jet un po­lar BD en noir et blanc ra­con­tant l’his­toire de deux ga­mins qui dé­couvrent un sac plein de pièces ro­maines sur la col­line de Four­vière pen­dant l’Oc­cu­pa­tion et qui ser­vi­ront à fi­nan­cer la Ré­sis­tance...

Son père po­li­cier fai­sait pas­ser des Juifs en Suisse

AU­TO­POR­TRAIT. Jean Prost met la der­nière main à son du gé­né­ral ro­main qui fon­da Lug­du­num. His­toire du Beaujolais avant de s’at­ta­quer à un po­lar BD qui de­vrait s’in­ti­tu­ler L’Af­faire Plan­cus, du nom

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