La po­lé­mique ne pren­dra pas racine

« Le re­nou­vel­le­ment des arbres de l’ave­nue Al­sace­Lor­raine est lo­gique », se­lon les ex­perts fon­ciers

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Montbrisonnais - Ro­dolphe Mon­ta­gnier ro­dolphe.mon­ta­gnier@cen­tre­france.com

Alors que la mu­ni­ci­pa­li­té se heurte à un col­lec­tif d’op­po­sants sur le pro­jet de ré­no­va­tion de l’ave­nue Al­sace-Lor­raine, Le Pays Fo­rez-Coeur de Loire a sol­li­ci­té les ex­perts fon­ciers qui ont réa­li­sé l’étude du parc ar­bo­ré de la Ville. Pour eux, « le re­nou­vel­le­ment des pla­tanes re­lève d’une ges­tion d’ave­nir ».

la fois sou­la­gés et em­bar­ras­sés. Lio­nel Staub et François Pa­liard ont hé­si­té avant d’ac­cep­ter de ré­pondre aux in­ter­ro­ga­tions du Pays Fo­rez­Coeur de Loire .La po­lé­mique née au­tour de la lec­ture et de l’in­ter­pré­ta­tion faite par les uns et les autres de leur étude du parc ar­bo­ré de la Ville de Montbrison a pro­vo­qué un ma­laise chez ces ex­perts fon­ciers. L’un et l’autre ont le sen­ti­ment que le moindre de leurs pro­pos peut être dé­voyé dans cet af­fron­te­ment que mène un col­lec­tif d’op­po­sants contre le pro­jet de ré­no­va­tion de l’ave­nue Al­sace­Lor­raine ini­tié par la Ville de Montbrison. S’ils ont ac­cep­té un en­tre­tien, c’est pour rap­pe­ler avant toute chose leur in­dé­pen­dance.

150 ans, une belle du­rée de vie

« Ce n’est pas à nous de dé­ci­der de l’ave­nir des pla­tanes de l’ave­nue Al­sace­Lor­raine, pré­cise d’em­blée François Pa­liard. Notre mis­sion consis­tait à don­ner des élé­ments de ré­flexion aux élus qui, eux, sont char­gés de faire les choix. Il ne s’agis­sait pas de dire ce qu’il fal­lait faire de ces arbres­là mais de dres­ser un état des lieux de tout le parc ar­bo­ré de Montbrison (plus de 1.900 arbres sur 22 sites d’étude, N.D.L.R.) afin d’en pré­voir la ges­tion pa­tri­mo­niale dans le temps. »

Si ces ex­perts fon­ciers se re­trouvent au­jourd’hui, bien mal­gré eux, au coeur de la contro­verse (lire nos édi­tions du 3 mars, du 14 avril et de la se­maine der­nière), c’est que les op­po­sants à l’abat­tage des arbres de l’ave­nue Al­sace­Lor­raine s’ap­puient sur les termes de leur ex­per­tise pour crier au « mas­sacre » et ré­cla­mer le sau­ve­tage des 87 pla­tanes de l’an­cienne ave­nue de la gare.

Exemple avec cet ar­gu­ment par­mi d’autres : « Ce rap­port in­dique que 85 pla­tanes ont un bon état phy­sio­lo­gique et que 81 % sont d’ave­nir », sou­lignent les op­po­sants. « Ces deux chiffres existent, ef­fec­ti­ve­ment, mais le pre­mier a été ex­trait d’un ta­bleau dans le­quel il est aus­si pré­ci­sé que sur ces 85 arbres, 33 ont un ni­veau de risque mar­qué et 35 un ni­veau faible. Quant à l’ave­nir d’un pla­tane qui, comme ceux de cette ave­nue mont­bri­son­naise, est cer­né par le bi­tume, les ré­seaux sou­ter­rains, per­tur­bé dans sa crois­sance par les tra­vaux me­nés au fil des an­nées, il se ré­sume à quelques an­nées, dix ou quinze, as­surent les deux ex­perts. Nous ne par­lons pas ici d’arbres qui sont en pleine crois­sance mais de pla­tanes qui ont été plan­tés il y a cent cin­quante ans. Une du­rée de vie comme celle­là, c’est dé­jà très beau pour un arbre en mi­lieu ur­bain. »

Dans leur rap­port, sous ce même ta­bleau, Lio­nel Staub et François Pa­liard notent que « l’état gé­né­ral est as­sez moyen ». Ils ob­servent « des dé­ve­lop­pe­ments d’al­té­ra­tion, des ca­vi­tés im­por­tantes au pied des arbres » et la pré­sence de « car­po­phores de ga­no­dermes », com­pre­nez des cham­pi­gnons li­gni­vores qui sont des pa­ra­sites et pro­vo­que­ront, à terme, la mort de l’arbre.

Moins de la moi­tié de « couples sains »

Les ex­perts fon­ciers in­sistent sur « le contexte dans le­quel a pous­sé cet ali­gne­ment double de pla­tanes ar­chi­tec­tu­rés, le long d’une ave­nue tra­cée en 1867 pour des­ser­vir la nou­velle gare de Montbrison, mise en ser­vice deux ans plus tôt. Des images dé­montrent que ces arbres ont été étê­tés pour que les branches ne poussent pas du cô­té des ha­bi­ta­tions mais qu’en quelque sorte, elles se tendent les bras au­des­sus de l’axe de cir­cu­la­tion. C’est ce qui donne cette forme de voûte qui n’est pas d’ori­gine. Cer­tains ri­ve­rains louent l’om­brage et la fraî­cheur qu’elle ap­porte en été, d’autres se plaignent du manque de lu­mi­no­si­té et des nui­sances que consti­tue la pré­sence de tigres du pla­tane, ces in­sectes ra­va­geurs aus­si ap­pe­lés puces parce qu’ils piquent.

Au fil des an­nées, cer­tains arbres ont per­du leur « conjoint ». D’autres, ma­lades, ont dis­pa­ru sans qu’ils puissent être rem­pla­cés puisque leur suc­ces­seur n’au­rait pas pu pous­ser de la même ma­nière, se­vré de lu­mière ou sans dis­po­si­tif par­ti­cu­lier pour la res­pi­ra­tion ra­ci­naire. Ça suf­fit pour dé­struc­tu­rer un tel ali­gne­ment. » « Les « couples sains » re­pré­sentent moins de la moi­tié des uni­tés du maillage », avaient dé­jà écrit les ex­perts en 2012 dans un rap­port de­man­dé par l’équipe de… Li­liane Faure.

Jus­qu’à pré­sent, l’an­cien maire est d’ailleurs res­tée très dis­crète sur ce dos­sier. Peut­être parce qu’elle se sou­vient des lignes lues dans ce fa­meux rap­port. « Nous ar­ri­vons dans une pé­riode char­nière dans la vie de cet ali­gne­ment, no­taient Lio­nel Staub et François Pa­liard. Il com­mence à être sé­rieu­se­ment dé­struc­tu­ré même s’il conserve son as­pect gé­né­ral mais la dis­pa­ri­tion at­ten­due de 20 % des arbres à re­la­ti­ve­ment court terme va lui faire perdre de son sens si rien n’est fait. »

« En­ga­ger la ré­flexion sur le pro­jet d’ave­nue »

Les ex­perts fon­ciers en­vi­sa­geaient alors deux op­tions : un re­nou­vel­le­ment « dans les trous », « en­vi­sa­geable mais dif­fi­cile à mettre en oeuvre sans re­nou­ve­ler l’er­reur de plan­ter ces arbres trop près des bâ­tis » ou « une re­struc­tu­ra­tion de l’ave­nue » sans omettre « la ques­tion du re­ver­dis­se­ment ». Ils avaient ima­gi­né « une seule ran­gée d’arbres au lieu de deux » ou alors « un em­pié­te­ment sur la chaus­sée avec un im­pact fort sur la cir­cu­la­tion au­to­mo­bile (avec peut­être un seul sens de cir­cu­la­tion et une ou­ver­ture pié­tonne et cy­clable pos­sible) ». Au­tre­ment dit, l’op­tion choi­sie par Ch­ris­tophe Bazile, suc­ces­seur de Li­liane Faure à la­quelle les deux ex­perts conseillaient en 2012, d’« en­ga­ger la ré­flexion, sur le pro­jet d’ave­nue im­mé­dia­te­ment ».

Voi­là pour­quoi quatre ans plus tard, Lio­nel Staub et François Pa­liard es­timent que « les arbres étant apo­li­tiques et qu’un pay­sage n’étant pas quelque chose de fi­gé, le re­nou­vel­le­ment des pla­tanes de l’ave­nue Al­sace­Lor­raine re­lève d’une ges­tion d’ave­nir et d’un tra­vail pour les gé­né­ra­tions fu­tures. »

« Un pay­sage n’est pas quelque chose de fi­gé. »

ÉQUI­LIBRE. La voûte ar­bo­rée de l’an­cienne ave­nue de la gare a été dé­struc­tu­rée au fil des ans avec la dis­pa­ri­tion de plu­sieurs arbres.

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