Ber­nard La­combe, le bu­teur pres­sé

Le cham­pion d’Eu­rope 84 est aujourd’hui l’in­dé­bou­lon­nable conseiller du pré­sident Au­las

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Le Portrait - Lu­do­vic Daim

On n’au­ra pas eu le temps de voir le re­cord­man du but le plus ra­pide ins­crit en Coupe du Monde. 38 se­condes. Comme notre échange au té­lé­phone. Et l’at­ta­quant fran­çais le plus pro­li­fique de l’his­toire s’est échap­pé dans les méandres d’un agen­da res­ser­ré par la re­prise de l’Olym­pique lyon­nais.

Le ser­vice de presse de l’Olym­pique lyon­nais nous avait pré­ve­nu en nous don­nant son por­table. « Ap­pe­lez­le. Il ré­pon­dra ou pas. Il rap­pel­le­ra ou pas. Mais sur le prin­cipe, il est ok. » Alors on a ap­pe­lé Ber­nard La­combe. On lui a lais­sé un mes­sage. Et il a rap­pe­lé. Il a vou­lu sa­voir pour­quoi on vou­lait faire un por­trait de lui dans Le Pays. On lui a ex­pli­qué. Son pas­sé de joueur à l’OL et l’ASSE, entre Loire et Rhône ­ « J’ai aus­si joué à Bor­deaux », at­il pré­ci­sé ­, son avis de cham­pion d’Eu­rope 84 sur l’Euro qui se joue no­tam­ment à Lyon et Saint­Étienne. On n’a pas eu le temps de lui dire qu’on pour­rait évo­quer aus­si le mer­ca­to, la re­prise de l’en­traî­ne­ment de l’OL,... Le conseiller du pré­sident Au­las, fi­dèle par­mi les fi­dèles, a cou­pé. « Je sors d’un en­ter­re­ment. Je n’ai pas mon agen­da sur moi. Rap­pe­lez­moi la se­maine pro­chaine. J’au­rai du temps. » Alors on a rap­pe­lé la se­maine sui­vante. Une fois, deux fois, cinq fois. En vain. L’agen­da avait dû se rem­plir sans nous. Le bu­teur pres­sé, qu’on se sou­vient avoir vu trom­per le grand Di­no Zoff après seule­ment 38 se­condes de jeu lors de la Coupe du Monde 1978 en Ar­gen­tine contre l’Ita­lie (dé­faite de la France 2­1), re­cord de ra­pi­di­té, nous avait ou­blié.

Le cô­té brut du chas­seur de buts

Il faut dire que Ber­nard La­combe a fort à faire en ce mo­ment. L’OL a re­pris l’en­traî­ne­ment, mer­cre­di, à To­la Vo­loge, avant de re­trou­ver le Parc OL, le 4 juillet. Et puis, il y a le trans­fert du Ta­ra­rien Co­ren­tin To­lis­so vers Naples (23 M€), ce­lui de Sa­muel Um­ti­ti vers le Bar­ça (30 M€), d’Alexandre La­ca­zette vers West Ham (50 M€), l’ar­ri­vée du dé­fen­seur in­ter­na­tio­nal po­lo­nais Ma­ciej Ry­bus. Il y a aus­si tous ceux qui veulent lui faire ra­con­ter l’Euro 1984, son « plus beau sou­ve­nir » ­ avec ce but dé­ci­sif de la 38e jour­née du cham­pion­nat 83­84 qui offre le titre aux Gi­ron­dins, le pre­mier des trois qu’il rem­por­te­ra avec Bor­deaux. Cette fa­meuse 57e mi­nute lors de la fi­nale au Parc des Princes à Pa­ris quand sur une passe en pro­fon­deur, le N° 17 des Bleus s’ef­fondre, à peine frô­lé par un dé­fen­seur es­pa­gnol, pour of­frir à Mi­chel Pla­ti­ni un coup­franc idéal à 18 m de la cage gar­dée par Ar­co­na­da. On re­tien­dra la bé­vue his­to­rique du por­tier ibé­rique, pas le plon­geon malin de La­combe. On re­tien­dra le car­ré ma­gique ­ Pla­ti­ni, Gi­resse, Ti­ga­na, Gen­ghi­ni ­, pas le cô­té brut du chas­seur de buts. Parce que le gone, fan de l’OL, de­ve­nu par­te­naire de Fleu­ry Di Nal­lo, son idole, à la force du cram­pon, puis di­ri­geant de son club de coeur, où son pas­sage en vert n’au­ra même pas été vé­cu comme une tra­hi­son, ne fait pas dans la fio­ri­ture. Quand un jour sur RMC, il veut ren­voyer les femmes à « leurs cas­se­roles » plu­tôt que dis­cu­ter foot­ball avec elles, lors­qu’il tacle Gé­rard Houiller, alors coach de l’OL, et son at­ti­rance pour les ca­mé­ras, ­« Quand il ouvre le fri­go le ma­tin et que ça s’al­lume, il croit que ça tourne »­, quand il est face au but, dont il a fait trem­bler les fi­lets à 255 re­prises entre 1969 et 1987 en pre­mière di­vi­sion fran­çaise, un autre re­cord. On le dit « en­tier », « na­ture ». On parle de son « franc­par­ler ». De son « mau­vais ca­rac­tère » aus­si. Des « mo­ments où il vaut mieux le lais­ser tran­quille ». De sa « peur de rien » sur un ter­rain mal­gré son ga­ba­rit res­treint.

« Des mo­ments où il vaut mieux le lais­ser tran­quille »

On le dit sur­tout « in­dé­bou­lon­nable » à l’OL, lui qui a son ef­fi­gie sur le mur des Lyon­nais aux cô­tés de l’ab­bé Pierre, Frédéric Dard, Paul Bo­cuse, Ber­nard Pi­vot ou des frères Lu­mières, lui qui connaît tout le monde entre Rhône et Saône, lui qui est l’un des seuls à l’Olym­pique lyon­nais à pou­voir tu­toyer Jean­Mi­chel Au­las. Le re­tour de son « ami » Houiller, an­non­cé d’abord comme ma­na­ger gé­né­ral, puis comme simple consul­tant, ne semble même plus d’ac­tua­li­té. Sans doute pour ce­la que l’agen­da de M. La­combe, qui au­rait pu se trou­ver no­toi­re­ment al­lé­gé par l’ar­ri­vée de l’an­cien pa­tron de Li­ver­pool, s’est sou­dain trou­vé très res­ser­ré cette se­maine.

PHO­TO AFP/PHI­LIPPE MERLE

CA­RAC­TÈRE. De­puis sa re­traite spor­tive, l’an­cien at­ta­quant est loin d’avoir adop­té un com­por­te­ment dé­fen­sif dans son rôle de haut di­ri­geant de l’Olym­pique lyon­nais, « son » club.

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