Jean-Marc Fer­re­ri, l’Eu­ro der­rière le mi­cro

Le cham­pion d’Eu­rope 1984, né à Char­lieu, com­men­te­ra la fi­nale sur M6, di­manche soir

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Le Portrait - Ben­ja­min Ber­thol­let Ben­ja­min. Ber­thol­let@cen­tre­france.com

Jean-Marc Fer­re­ri com­mente les matches de l’Eu­ro sur M6. Ce­lui qui s’est adres­sé à 17,2 mil­lions de té­lé­spec­ta­teurs di­manche 3 juillet, lors du quart de fi­nale entre la France et l’Is­lande, a pas­sé son en­fance et a dé­bu­té le foot à Pouilly-sous-Char­lieu.

Si­gurd­sson, Sig­thors­son… La pro­non­cia­tion des noms is­lan­dais sonne juste. Dans la voix lé­gè­re­ment éraillée de Jean­Marc Fer­re­ri, l’en­chaî­ne­ment des syl­labes reste propre et pré­sente même un cô­té har­mo­nieux. Le consul­tant semble maî­tri­ser ou avoir bien ré­vi­sé sa dic­tion vi­king.

L’an­cien foot­bal­leur com­mence à avoir de la bou­teille. Sa pre­mière Coupe du Monde, casque sur les oreilles et mi­cro de­vant la bouche re­monte à 1998 ( lire ci­des­sous). De­puis, le cham­pion d’Eu­rope 1984 avec les Bleus a com­men­té plu­sieurs « Eu­ro » et, en fil rouge de­puis presque neuf ans, la Ligue Eu­ro­pa sur M6 ou W9.

Ce di­manche 10 juillet, ce­lui qui tra­vaille aus­si pour la chaîne de té­lé­vi­sion de l’Olym­pique de Mar­seille, se­ra au stade de France pour com­men­ter la fi­nale avec M6, qui dif­fu­se­ra la ren­contre. « C’est ma­gique », ad­met l’in­té­res­sé avec son brin de voix si re­con­nais­sable. « J’ai été cham­pion d’Eu­rope avec Mi­chel Pla­ti­ni. Si la France va en fi­nale et rem­porte la com­pé­ti­tion, j’au­rais eu la chance de la ga­gner deux fois : sur et en de­hors du ter­rain. La boucle se­ra bou­clée. »

Au­jourd’hui, Jean­Marc Fer­re­ri se sert de sa voix pour faire vivre le foot­ball quand au­tre­fois il usait de ses pieds. Qu’im­porte le moyen pour­vu qu’il y ait la pas­sion.

La pro­messe te­nue de Guy Roux

Cet at­ta­che­ment a vu le jour dans un vil­lage li­gé­rien : Pouilly­sous­Char­lieu. En­fant, Jean­Marc Fer­re­ri traîne dans les pa­rages de l’ASPC*. « Je l’ai pris vers l’âge de 7 ans », se rap­pelle Ch­ris­tian Mom­mes­sin, son pre­mier en­traî­neur. « Il jouait avec et contre des en­fants qui avaient un an et de­mi voire deux ans de plus que lui », pré­cise­t­il. Mal­gré ça, il s’im­pose. « J’avais une bonne équipe et quand il n’était pas là, c’est vrai qu’elle boi­tait un peu », ra­conte Ch­ris­tian Mom­mes­sin.

À un peu plus de 13 ans, le fu­tur pro­fes­sion­nel est re­pé­ré par Guy Roux. « Pour convaincre mes pa­rents, il leur avait dit que j’avais des pieds en or », se sou­vient le consul­tant. À l’époque l’AJ Auxerre ne compte pas de centre de for­ma­tion. Le jeune gar­çon vit donc chez Guy Roux. « Il avait pro­mis de me prendre chez lui et de faire de moi un in­ter­na­tio­nal, ex­plique JeanMarc Fer­re­ri. Il n’a pas men­ti. »

Le Pouille­rot connaî­tra en­suite une belle car­rière le me­nant à Bor­deaux ou en­core à Mar­seille. De son propre aveu, quit­ter la Loire à cet âge, a consti­tué un dé­chi­re­ment. « Je garde de bons sou­ve­nirs », as­sure­t­il au­jourd’hui. « Je fai­sais tout en fonc­tion du foot. Entre mi­di et deux au lieu de jouer aux pe­tites voi­tures je pre­nais un bal­lon. »

Pa­trick La­garde por­tait les cou­leurs de l’équipe se­nior de l’As­so­cia­tion Spor­tive de Pouilly­sous­Char­lieu au mo­ment où le pe­tit Jean­Marc a dé­bu­té sa re­la­tion avec le foot. « Il avait tou­jours un bal­lon aux pieds », confirme­t­il.

Cet at­trait n’est pas gé­né­tique puisque les Fer­re­ri ne consti­tuent pas vrai­ment une fa­mille de foot­bal­leurs. « Mon père n’ai­mait pas ça », in­dique ce­lui qui est aus­si le di­rec­teur spor­tif du club de Tou­lon tout juste pro­mu en CFA. Le pa­ter­nel pos­sé­dait pour­tant un lien avec le bal­lon puis­qu’il oc­cu­pait les fonc­tions de ca­ra­bi­nie­ri (gen­darme ita­lien, NDLR) au stade com­mu­nal de la Ju­ven­tus Tu­rin. « Il m’a ra­con­té ça. À 15 ans ça me fai­sait rê­ver. J’ai tou­jours vou­lu évo­luer en Ita­lie. »

L’Ita­lie, terre de ses an­cêtres, ori­gi­naires du Pié­mont. Les Fer­re­ri ont d’abord dé­bar­qué à Saint­Etienne avant de re­joindre Pouilly­sous­Char­lieu. Tous les en­fants (Jean­Marc a cinq soeurs et un frère) sont nés en France.

Dans la Loire, le père se met au foot en même temps que son fils. Il prend une li­cence de di­ri­geant et suit sa pro­gé­ni­ture. « On par­tait à Re­nai­son, Com­melle et tous les villages du coin », se re­mé­more l’an­cien mi­lieu of­fen­sif. Le pa­pa dé­cède en 2001. Sa ma­man prend le re­lais, à sa ma­nière, en sui­vant tous les matches com­men­tés. « Les longues soi­rées d’hi­ver, je les pas­sais un peu avec elle », es­time le vain­queur de la Ligue des Cham­pions avec l’OM en 1993. « Quand je com­men­tais à Li­ver­pool, Lis­bonne… J’avais tou­jours une pen­sée pour elle. Je lui fai­sais une pe­tite dé­di­cace pour son an­ni­ver­saire. »

Le consul­tant a per­du sa ma­man en mars der­nier à l’âge de 89 ans. Cette mère re­pré­sen­tait qua­si­ment le seul lien ac­tuel entre Jean­Marc Fer­re­ri et Pouilly­sous­Char­lieu. « Il a cou­pé pas mal de ponts avec la ré­gion », constate Pa­trick La­garde, qui ha­bite non loin du do­mi­cile fa­mi­lial des Fer­re­ri. « Quand il ve­nait, il se mon­trait très dis­cret. »

L’an­cien foot­bal­leur par­tage au­jourd’hui sa vie entre ses nom­breux dé­pla­ce­ments et son do­mi­cile de Sa­na­ry­sur­Mer dans le Var.

Sa­me­di, veille de la fi­nale, il re­join­dra le stade de France pour com­men­ter l’un des matches les plus im­por­tants de car­rière de consul­tant. Entre deux pro­non­cia­tions de joueurs, ses pen­sées iront pro­ba­ble­ment à sa ma­man. Et par re­bond à Pouilly­sous­Char­lieu...

(*) Au­jourd’hui, le club ne compte que des équipes en­ga­gées en loi­sirs.

« J’avais tou­jours une pen­sée pour elle »

PHO­TO PAUCE/M6

CAR­RIÈRE. À 53 ans, Jean-Marc Fer­re­ri s’épa­nouit dans le monde du foot­ball. L’an­cien mi­lieu of­fen­sif com­men­te­ra la fi­nale de l’Eu­ro di­manche 10 juillet. « J’ai été cham­pion d’Eu­rope avec Mi­chel Pla­ti­ni. Si la France va en fi­nale et rem­porte la com­pé­ti­tion, j’au­rais eu la chance de la ga­gner deux fois : sur et en de­hors du ter­rain. La boucle se­ra bou­clée », confie-t-il.

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