Le tra­vail, sa vie, son bon­heur…

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Zapping - Fré­dé­ric Tho­mas­son Ré­dac­teur en chef

La ci­ta­tion de Saint-Au­gus­tin, dac­ty­lo­gra­phiée sous un por­trait qu’avait ti­ré de lui le pho­to­graphe Jean-Fran­çois Claustre, pour­rait ser­vir d’épi­taphe à la der­nière de­meure de Pierre Bou­li­gaud : « Le tra­vail a été sa vie, son bon­heur, son dé­las­se­ment et il l’a ai­mé jus­qu’à la fin ». Le fon­da­teur du Pays, ce­lui que tout Roanne et ses pairs de la presse heb­do­ma­daire ré­gio­nale ap­pe­laient, sou­vent af­fec­tueu­se­ment, « le Père Bou­li­gaud », s’est éteint ven­dre­di der­nier, dans sa 97e an­née. Ul­time clin d’oeil de cet homme, à l’ap­pa­rence rude, à la voix im­po­sante, aux idées bien tran­chées mais à la franche hu­ma­ni­té et à la for­mule ai­gui­sée : c’est un mer­cre­di, jour de bou­clage de son

Pays, qu’il a in­vi­té tous ceux qui l’ont ai­mé, ad­mi­ré ou plus sim­ple­ment cô­toyé à lui dire adieu. Une conver­sa­tion avec Pierre Bou­li­gaud sur les su­jets qui lui te­naient à coeur - l’éco­no­mie, le rug­by, l’his­toire de France, la concur­rence, Bal­zac, l’opé­ra, le vin de Bor­deaux – n’était ja­mais in­utile. De sa large main, il vous broyait l’épaule pour mieux vous convaincre pen­dant que son in­dex op­po­sé poin­tait le ciel et que ses grands yeux s’écar­quillaient. Sans en avoir l’air, il dis­til­lait des conseils qui fai­saient gran­dir, qui ai­daient à évi­ter les chausse-trappes de la vie. On ne s’en aper­ce­vait ja­mais dans l’ins­tant, mais quelques mois voire quelques an­nées plus tard. Pierre Bou­li­gaud était un homme ex­tra­or­di­naire, au sens ori­gi­nel du terme. Un homme comme on en croise peu dans une vie. Des di­zaines de sa­la­riés du

Pays et de l’Im­pri­me­rie Sul­ly et plu­sieurs gé­né­ra­tions de Roan­nais, ont eu cette chance. Ils ont bien fait de la sai­sir. Le moule est cas­sé.

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