Avec An­dré Grange dans le sillage des der­niers ba­te­liers

Fa­bri­quées sur les bords de Loire, les ram­bertes ont contri­bué à l’es­sor de la ville

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Ju­lien Gar­don

L’his­toire des ram­bertes est in­ti­me­ment liée à celle de la com­mune ain­si qu’à l’his­toire de la fa­mille du Pon­tram­ber­tois An­dré Grange.

Pas­sion­né par la gé­néa­lo­gie de­puis quelques an­nées, An­dré Grange a re­mon­té sa li­gnée sur plu­sieurs siècles. Elle est com­po­sée de ba­te­liers jus­qu’en 1850, an­née de l’ap­pa­ri­tion du che­min de fer. Et de la dis­pa­ri­tion des ram­bertes de la Loire.

Le pre­mier des an­cêtres connus d’An­dré est Jean Grange qui, au dé­but du XVIIIe siècle, a été l’un des pre­miers à se lan­cer dans la construc­tion d’em­bar­ca­tions et la car­rière de ba­te­lier. Après que les gorges de la Loire ont été ou­vertes pour lais­ser pas­ser les ram­bertes. « Il fal­lait ache­mi­ner du char­bon jus­qu’à Pa­ris via Roanne mais cela était im­pos­sible par voie flu­viale entre Bal­bi­gny et Ville­rest. Alors quand la voie a été dé­ga­gée sur ordre du roi, les res­pon­sables de na­vi­ga­tion ont fait ve­nir des char­pen­tiers en ba­teaux, des ba­te­liers, qui ont fa­bri­qué des ram­bertes. »

D’abord de 19 mètres de long, ces der­nières ont, une di­zaine d’an­nées plus tard, me­su­ré 27 mètres, per­met­tant d’aug­men­ter les charges et de ga­gner du temps. Et de l’argent. Ce qui a per­mis de beau­coup em­bau­cher. Cela a été le cas de Jean Grange, fils de vi­gne­ron, qui a com­men­cé par trans­por­ter du char­bon jus­qu’à Roanne en tant que ma­ri­nier avant de mon­ter une en­tre­prise de construc­tion de ram­bertes avec l’argent ga­gné. « Le mé­tier était dif­fi­cile et dan­ge­reux donc très bien payé. » De nom­breux ac­ci­dents et beau­coup de morts sont en ef­fet sur­ve­nus sur ces frêles em­bar­ca­tions, no­tam­ment au ni­veau du saut du Per­ron, à Ville­rest.

Mais l’es­sor des ram­bertes contri­bue à ce­lui de la ville où l’éco­no­mie tour­nait au­pa­ra­vant au­tour des ma­raî­chers et des vi­gne­rons. Les em­bauches se mul­ti­plient tan­dis que les af­fai­ res de l’aïeul d’An­dré Grange sont fa­ci­li­tées par son en­tre­gent. « Le par­rain de sa pre­mière fille était apo­thi­caire tan­dis que sa mar­raine était l’épouse du di­rec­teur de na­vi­ga­tion de la Loire. Il y avait beau­coup d’« huiles » dans son en­tou­rage. »

L’âge d’or, puis des contre­coups

Par­mi ses re­la­tions nouées au gré de ses al­lers­re­tours entre Saint­Ram­bert et Roanne fi­gure un cer­tain Ber­ry­La­barre, is­su d’une fa­mille de ma­ri­niers, tout comme Mel­let­Man­dard. Tous deux sont ve­nus de Roanne pour faire for­tune dans le com­merce de char­bon, contri­buant ain­si à l’es­sor des ram­bertes.

« À leur apo­gée, 800 per­sonnes tra­vaillaient dans la construc­tion de ram­bertes dans le quar­tier des Barques, pour­suit An­dré Grange. Elles trans­por­taient alors entre 200 et 250 ma­ri­niers au to­tal. » C’est l’âge d’or des ram­bertes qui su­bi­ront par la suite quelques contre­coups.

L’un d’entre eux sur­vient 40 ans après l’écrou­le­ment en 1750 d’un pont en pierres da­tant du Moyen­Âge. Si les ba­teaux ont conti­nué à na­vi­guer au­des­sus des ruines du­rant cette pé­riode, une grosse crue a char­rié les cailloux du fond, créant un bar­rage et blo­quant le pas­sage. La Loire a en­suite dé­vié de son lit, dé­mo­lis­sant le chantier où étaient fa­bri­quées les ram­bertes, aux Barques. Soixante­seize mai­sons de ma­ri­niers sont éga­le­ment dé­truites, contrai­gnant ces der­niers à chan­ger de quar­tier et à mi­grer che­min… des Ba­te­liers, là où ceux­ci tra­vaillent. Et où vit An­dré Grange.

L’apo­gée en 1827, le dé­clin en 1850

Par ailleurs, au fil du temps, le bois ser­vant à la fa­bri­ca­tion, le sa­pin, se fait de plus en plus rare. D’abord ré­cu­pé­ré à Chambles, il l’est en­suite à Saint­Bon­net­le­Châ­teau puis à Us­so­nen­Fo­rez et la ra­ré­fac­tion pro­gres­sive mène jus­qu’à la Chaise­Dieu, en Haute­Loire.

L’apo­gée de 1827, quand le re­cord de vente de char­bon ex­plose, laisse la place au dé­but du dé­clin. À par­tir de la moi­tié du siècle, quand chaque ram­berte peut sup­por­ter jus­qu’à 40 tonnes de houille, l’ar­ri­vée du che­min de fer ra­len­tit l’ac­ti­vi­té des ram­bertes. Mais pas to­ta­le­ment. « Au dé­but, les che­vaux ti­raient les wa­gons trans­por­tant le char­bon mais cela n’était pas tout à fait sa­tis­fai­sant. Puis la ma­chine à va­peur est ar­ri­vée mais elle ne fonc­tion­nait pas très bien. » Quand la tech­nique s’est avé­rée au point, en re­vanche, « tout par­tait du che­min de fer », les ma­ri­niers ces­sant cette ac­ti­vi­té pro­gres­si­ve­ment, no­tam­ment l’ar­rière­grand­père d’An­dré Grange. « Mais il a conti­nué à fa­bri­quer des ba­teaux pour les pay­sans qui avaient des terres de chaque cô­té de la Loire », conclut son des­cen­dant.

Beau­coup de ses ex­confrères iront, quant à eux, tra­vailler aux che­mins de fer, d’autres dans les mines à Saint­Étienne, quand cer­tains pour­sui­vront leur car­rière dans la pas­se­men­te­rie. « Mais ils n’étaient pas mal­heu­reux, ils étaient à l’aise fi­nan­ciè­re­ment. » Les restes de l’âge d’or des ram­bertes…

LES AMIS DU VIEUX SAINT-JUST-SAINT-RAM­BERT

CHANTIER. Le quar­tier des Barques était ce­lui où étaient fa­bri­quées les ram­bertes.

TA­BLEAU. Les ram­bertes ont même ins­pi­ré des ar­tistes peintres. LES AMIS DU VIEUX SAINT-JUST-SAINT-RAM­BERT

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