Mar­gue­rite Go­non a lais­sé une em­preinte du­rable dans le Fo­rez

Mar­gue­rite Go­non (1914­1996), his­to­rienne et ré­sis­tante

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Ju­lien Gar­don

Son nom a été don­né à des rues de Cha­zel­les­sur-Lyon et de Mont­bri­son ; à une ave­nue de Saint-Ro­main-le-Puy ; à une salle mu­ni­ci­pale de L’Hô­pi­tal-le-Grand et de Feurs… Mar­gue­rite Go­non lais­se­ra une em­preinte du­rable dans le Fo­rez. Et ce­la pour plu­sieurs rai­sons.

Née à Saint­Étienne en 1914, au dé­but de la pre­mière guerre mon­diale, Mar­gue­rite Go­non a par­ti­ci­pé, en ré­sis­tant, au deuxième conflit mon­dial.

Sous le nom de « Ch­ris­tine », en com­pa­gnie de Georges Gui­chard et du comte de Neuf­bourg, « d’em­blée, nous avons dé­ci­dé de ca­cher des armes à Bi­terne. Au dé­part, nous étions trois. Plus tard, nous étions bien en­ten­du beau­coup plus nom­breux », a­t­elle té­moi­gné dans le do­cu­men­taire de Jean­Mi­chel Bar­jol, Une femme ré­sis­tante .Au lieu­dit Beauvoir, à Ar­thun, les armes étaient ca­chées dans les fermes et les étangs du comte de Neuf­bourg, dont Mar­gue­rite Go­non a dit, plus tard, « ceux qui ne l’ont pas con­nu sont bien mal­heu­reux, parce que c’était un être d’ex­cep­tion ».

Dans cette pé­riode, la jeune ré­sis­tante a « en­vie de mon­ter en An­gle­terre, je ver­rai bien », et ren­contre pour ce­la, à Saint­ Étienne, une nièce de Charles de Gaulle, par la voix de qui le gé­né­ral a de­man­dé de « res­ter sur place pour or­ga­ni­ser les ser­vices de ren­sei­gne­ment (*) ».

La jeune ré­sis­tante obéit alors, « le doigt sur la cou­ture », en par­ti­ci­pant à une dé­lé­ga­tion spé­ciale à la mai­rie de Feurs, où « nous avons pu fa­bri­quer des cartes d’iden­ti­té pour les gens pour­chas­sés et en­suite pour les ma­qui­sards ». Tout en ac­cu­mu­lant les ren­sei­gne­ments, l’équipe or­ga­nise éga­le­ment des pa­ra­chu­tages d’armes, dont des mi­traillettes, ré­cu­père du pa­pier pour faire des jour­naux clan­des­tins et s’équipe d’un poste émet­teur de ra­dio, pour cor­res­pondre avec Londres.

Mar­gue­rite Go­non re­joint l’ar­mée se­crète, dont elle se­ra plus tard l’une des res­pon­sables de la sec­tion de Feurs, à la de­mande du com­man­dant Ma­rey, qui consti­tuait alors les ma­quis. Sa mis­sion : plan­quer les ré­frac­taires au STO (Ser­vice du tra­vail obli­ga­toire) à Bi­terne, puis à Ro­che­fort et à Saint­Georges­sousCou­zan.

Sa ma­lice est éga­le­ment dé­ci­sive lors­qu’il s’agit de li­bé­rer le comte de Neuf­bourg, fait pri­son­nier par la Ges­ta­po, où Mar­gue­rite Go­non se rend tous les jours, pour mon­trer qu’elle n’a pas peur et rien à se re­pro­cher.

Après de longs mois de ré­sis­tance, la Li­bé­ra­tion ar­rive en­fin, et les convic­tions gaul­listes de Mar­gue­rite Go­non sont fortes. Elle et le comte de Neuf­bourg ont d’ailleurs re­çu, quelques an­nées plus tard, en 1948, le gé­né­ral à Ar­thun. Là où tout avait com­men­cé.

Les « Chartes du Fo­rez »

La Li­bé­ra­tion en­fin ar­ri­vée, elle peut re­prendre plus as­si­dû­ment son tra­vail, qu’elle n’a ja­mais vrai­ment aban­don­né. Alors que, avant guerre, elle est ins­ti­tu­trice à Ar­thun, sa pas­sion pour le Moyen Âge l’in­cite à re­joindre l’équipe des « Chartes du Fo­rez » sur les conseils du comte de Neuf­bourg ­ dé­jà ­ qui la fait en­trer à La Dia­na, la so­cié­té ar­chéo­lo­gique et his­to­rique du Fo­rez. « Elle était pas­sion­née par l’his­toire du Fo­rez, sur­tout son his­toire mé­dié­vale, ra­conte Paul Va­lette, qui lui a suc­cé­dé à la pré­si­dence des Amis du mu­sée d’ar­chéo­lo­gie de Feurs. Elle tra­vaillait beau­coup sur la lin­guis­tique, les noms des gens, des lieux. » C’est ce qui l’in­cite à par­ti­ci­per aux « Chartes du Fo­rez », un pro­jet « un peu fou, se­lon l’his­to­rien mont­bri­son­nais Claude Lat­ta, de pu­blier toutes les chartes de leur proe­vince an­té­rieures au XIV siècle, pour les mettre à dis­po­si­tion des his­to­riens et des ama­teurs d’his­toire ». Avec no­tam­ment ses com­pa­gnons de ré­sis­tance, le comte de Neuf­bourg et Georges Gui­chard, l’his­to­rienne ac­com­plit « une oeuvre gi­gan­tesque unique de plus de 20 vo­lumes, une ré­fé­rence pour les mé­dié­vistes, pour­suit Paul Va­lette. Au­cune ré­gion en France n’a une telle com­pi­la­tion de ses textes d’époque. C’est un grand ser­vice ren­du aux his­to­riens. » Et aux Fo­ré­ziens, qu’elle n’a ja­mais sou­hai­té quit­ter et pour qui, dé­ci­dé­ment, Mar­gue­rite Go­non au­ra beau­coup ac­com­pli.

(*) Ar­ticle réa­li­sé avec la par­ti­ci­pa­tion de Vil­lage de Fo­rez, d’où pro­viennent les illus­tra­tions.

Elle obéit aux ordres du gé­né­ral « le doigt sur la cou­ture »

VIL­LAGE DE FO­REZ

DES­SIN. Mar­gue­rite Go­non cro­quée par An­toine Cui­si­nier.

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