L’ani­ma­teur so­cial de­ve­nu bour­reau

Ra­chid Kas­sim, dji­ha­diste roan­nais, ap­pa­raît dans une vi­déo où il me­nace la France et dé­ca­pite un homme

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Faits Divers - Justice - Ch­ris­tian Ver­det

Une ma­cabre vi­déo de Daech met­tant en scène deux dji­ha­distes fé­li­ci­tant l’au­teur de l’at­ten­tat de Nice a été pos­tée sur les ré­seaux so­ciaux mer­cre­di 20 juillet. L’un des deux hommes ap­pa­rais­sant sur le film de pro­pa­gande est Roan­nais.

ls se tiennent droit der­rière des « es­pions » que l’on de­vine pa­ra­ly­sés par la peur, ou sous l’ef­fet d’une drogue quel­conque. Dur de sa­voir. L’un des pri­son­niers, ha­billé de ces dé­sor­mais si­nistres com­bi­nai­sons oranges ou rouges que portent les condam­nés à la dé­ca­pi­ta­tion par Daech, psal­mo­die si­len­cieu­se­ment ce qui semble être une prière, tan­dis que l’autre jette à la ca­mé­ra un re­gard à la fois per­du et apeu­ré. Ils savent qu’ils vont mou­rir.

La vi­déo dé­bute, il est fa­cile de le de­vi­ner même sans par­ler arabe, par une « confes­sion » des deux mal­heu­reux. Le film, d’un peu moins de cinq mi­nutes, est tour­né en pleine ville, à Ni­nive, dans le nord de l’Irak. La foule se presse contre les bar­rières, des voi­tures cir­culent, des lampes éclairent les com­merces… C’est la scène sur­réa­liste et ef­frayante d’une exé­cu­tion pu­blique. Puis l’un des dji­ha­distes se met à par­ler, en fran­çais pour « se ré­jouir de l’at­taque de Nice.Ô Mo­ham­med ­ La­houaiej Bou­lehl, au­teur de l’at­ten­tat sur la Pro­me­nade des An­glais le 14 juillet, Ndlr ­ qu’Al­lah t’ac­cepte par­mi les hauts de­grés du pa­ra­dis. »

Des me­naces contre Pa­ris, Nice et Mar­seille

S’adres­sant di­rec­te­ment au pré­sident de la Ré­pu­blique, Fran­çois Hol­lande, qui me­nace d’in­ten­si­fier ses at­taques : « Nous aus­si, on va in­ten­si­fier nos at­taques. » Le deuxième dji­ha­diste prend alors la pa­role, en fran­çais lui aus­si : « Re­garde bien cette scène, Fran­çois Hol­lande, elle va bien­tôt ar­ri­ver sur tes propres ci­toyens dans les rues de Pa­ris, dans les rues de Nice, dans les rues de Mar­seille, dans toute la France, Inch’Al­lah. »

La suite est d’une horreur et d’une vio­lence sans nom. Ar­més d’un poi­gnard cran­té, les deux bour­reaux tranchent la tête des condam­nés. Le pre­mier dji­ha­diste hurle en­suite, comme en transe, la tête en­san­glan­tée de sa vic­time dans les mains : « C’est un mes­sage à la France. Pour chaque mis­sile tom­bé sur nos femmes et nos en­fants, vous al­lez payer. En dé­cla­rant la guerre à l’Is­lam, vous avez dé­cla­ré la guerre à Al­lah. »

Dès la pu­bli­ca­tion de cette ma­cabre vi­déo, des com­men­taires ont com­men­cé à cir­cu­ler sur les ré­seaux so­ciaux : beau­coup de Roan­nais en étaient sûrs, le bour­reau de Daesh, ce­lui qui hurle sa haine à la France, c’est bien Ra­chid Kas­sim, an­cien em­ployé de la Ville de Roanne et ani­ma­teur au centre so­cial du Mou­lin à vent. Un ga­min fou de mu­sique, qui avait sor­ti un al­bum de rap quelques an­nées au­pa­ra­vant, avant de se ra­di­ca­li­ser peu à peu et de to­ta­le­ment dis­pa­raître du pay­sage lo­cal.

« J’ai le sou­ve­nir d’un pa­ra­no pas très bien dans sa tête, ra­conte Mus­ta­pha (*), qui l’a un peu cô­toyé à cette pé­riode. Il n’était pas très net, à une époque où il fai­sait du ka­ra­té il se ba­la­dait avec un ki­mo­no dans la rue. Puis il a eu sa pé­riode rap où il était per­sua­dé d’être le plus grand rap­peur de tous les temps. »

Est­ce la frus­tra­tion de ne pas être re­con­nu comme un grand mu­si­cien qui a pous­sé le jeune homme à vou­loir se faire connaître par d’autres moyens ? Per­sonne ne le sait. Tou­jours est­il qu’à par­tir du mi­lieu de l’an­née 2011, de re­tour d’un voyage en Al­gé­rie, le dis­cours de Ra­chid Kas­sim va se faire pro­gres­si­ve­ment de plus en plus dur. Il se laisse pous­ser la barbe, re­fuse de ser­rer la main aux femmes. À la fin de l’an­née 2012, il quitte le centre so­cial du Mou­lin à vent et an­nonce vou­loir par­tir en Égypte pour pou­voir pra­ti­quer sa re­li­gion. Il dis­pa­raît avec femme et en­fant.

La suite est très floue. On ne sait pas exactement s’il est par­ti en Sy­rie ou di­rec­te­ment en Irak après son sé­jour égyp­tien. Il ré­ap­pa­raî­tra fin 2015 via un Fa­ce­book® où il lance des ap­pels très vio­lents, dans la li­gnée de Daech, ap­pe­lant à « com­battre l’en­ne­mi avec ses moyens ». Com­pre­nez ser­vez­vous de ce que vous pou­vez pour tuer. Beau­coup de ses amis sur le ré­seau so­cial sont des Roan­nais mais, suite à un si­gna­le­ment par une as­so­cia­tion au com­mis­sa­riat de Roanne, la page se­ra fer­mée. Ra­chid Kas­sim ne fe­ra plus par­ler de lui jus­qu’à la triste vi­déo du 20 juillet qui prouve qu’il est bel et bien de­ve­nu un « Sol­dat du Ca­li­fat »… Et un en­ne­mi ju­ré du peuple fran­çais.

(*) Le pré­nom a été mo­di­fié.

« Il n’était même pas croyant avant sa ra­di­ca­li­sa­tion ! »

CAP­TURE VI­DÉO

PRO­PA­GANDE. Ra­chid Kas­sim dé­ca­pite un homme ac­cu­sé d’es­pion­nage après avoir dé­fié la France.

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