Ca­si­no : dans le se­cret des crou­piers

Dans un uni­vers qui fait sou­vent rê­ver, le mé­tier de crou­pier n’est pas ce­lui que l’on croit

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Sé­go­lène Per­ret se­go­lene.per­ret@cen­tre­france.com

COU­LISSES. Ma­ni­pu­la­tion, res­pect des règles, re­pé­rage des tri­cheurs, cal­cul men­tal, re­la­tion avec les joueurs… Le mé­tier de crou­pier re­vêt de nom­breuses fa­cettes.

MON­TROND-LES-BAINS. Le ca­si­no Joa a ac­cep­té de nous ou­vrir sa salle de jeux de table le temps d’une soi­rée pour dé­cou­vrir le mé­tier de crou­pier. Re­por­tage.

Le ca­si­no Joa, à Mon­trond-les-Bains, nous a ou­vert sa salle de jeux de table le temps d’une soi­rée. Po­ker, black jack et rou­lette an­glaise : les crou­piers, ac­teurs ma­jeurs des ca­si­nos, as­surent le spec­tacle chaque soir.

l est bien­tôt 20 heures ce jeu­di 21 juillet. Les crou­piers re­joignent leur table de jeu pour l’ins­tal­la­tion et le comp­tage des cartes et des je­tons. Le ma­té­riel, agréé et pré­cau­tion­neu­se­ment ran­gé sous clé, est vé­ri­fié chaque soir. notre clien­tèle », pré­cise Ch­ris­tian Pré­die­ri, res­pon­sable de salle. Ce soir, quatre tables sont ou­vertes : deux de po­ker, une de black jack et une de rou­lette an­glaise. Le bal­let des crou­piers com­mence.

La mé­ca­nique est par­fai­te­ment hui­lée. Cinq crou­piers sont en ser­vice jus­qu’à 4 heures du ma­tin (5 heures le week­end). L’un d’eux passe de table en table pour don­ner la re­lève à ses col­lègues : une pause de 10 mi­nutes toutes les 40 mi­nutes. Ils sont contrô­lés par deux chefs de table, l’un dans la par­tie po­ker, l’autre à la rou­lette an­glaise et au black Jack, sans ou­blier les ca­mé­ras de vi­déo sur­veillance au pla­fond.

Ted­dy est au black jack. Les cartes, dis­tri­buées à une vi­tesse dé­con­cer­tante, semblent vo­ler au­des­sus de la table. De son cô­té, Yvon, le doyen des crou­piers, est à la rou­lette an­glaise. Avec ai­sance, il lance la bille dans le cy­lindre. Ce­la semble simple. « Il faut s’en­traî­ner long­temps au dé­but pour que la bille ne sorte pas », nuance le res­pon­sable de salle. Pen­dant que les joueurs misent, le crou­pier an­nonce suc­ces­si­ve­ment : « Faîtes vos jeux », « les jeux sont faits », « rien ne va plus ».

Les tri­cheurs sous haute sur­veillance

S’il n’est pas avare d’une pe­tite plai­san­te­rie au pas­sage, le crou­pier n’étant pas l’em­ployé in­ac­ces­sible que l’on peut par­fois ima­gi­ner, il doit res­ter concen­tré pour ne pas se trom­per dans le paie­ment des joueurs. Il doit éga­le­ment gar­der l’oeil sur sa table pour re­pé­rer les tri­ cheurs. Dans le cas de la rou­lette an­glaise, on parle de « pous­seur » : le joueur pousse dis­crè­te­ment ses je­tons à l’en­droit ap­pro­prié au mo­ment où la bille s’im­mo­bi­lise. Le crou­pier aus­si est sous étroite sur­veillance ; cer­tains em­ployés mal­hon­nêtes peuvent avoir des com­plices qui « ba­ronnent » : le crou­pier pousse la mise d’un joueur com­plice, sur­nom­mé le « ba­ron », vers une case ga­gnante, ou bien lui change des je­tons en lui ren­dant une somme plus im­por­tante.

« C’est un mé­tier où on se sur­veille tous les uns les autres, sou­ligne Maxime Luc­ciar­di, di­rec­teur gé­né­ral du ca­si­no Joa. Ce­la per­met une hon­nê­te­té op­ti­male et d’évi­ter la ten­ta­tion. » D’où ces gestes qui peuvent pa­raître étranges : lors­qu’un em­ployé de ca­si­no sert la main d’un em­ployé ou d’un joueur, il se tape dans les mains tout de suite après. C’est « faire main blanche » : prou­ver qu’on ne nous a pas­sé au­cun je­ton ou billet dis­crè­te­ment.

Le crou­pier doit aus­si sa­voir se com­por­ter face à dif­fé­rents types de joueurs. Il y a les su­per­sti­tieux qui de­mandent à chan­ger de crou­pier, les mau­vais per­dants, ceux qui gagnent gros, d’autres qui perdent des for­tunes, sans ou­blier les joueurs ac­cros. « Tous les clients ne savent pas perdre de la même ma­nière et nous de­vons nous adap­ter », confirme Jo­na­than Ber­the­lier, crou­pier de 31 ans.

Les dé­pen­dants et les gros per­dants

Pour le joueur dé­pen­dant qui vient tous les soirs, « si on le connaît un peu, on peut lui sug­gé­rer de lais­ser pas­ser quelques jours avant de re­ve­nir mais il reste dé­ci­deur ». Quant aux gros per­dants, pour Ch­ris­tian Pré­die­ri, lui qui a vu les émirs du Ko­weït jouer des for­tunes au ca­si­no d’En­ghien, « cha­cun est libre. Per­son­nel­le­ment, si je n’ai pas l’ar­gent, je ne joue pas », ex­plique le res­pon­sable de salle, qui re­con­naît vo­lon­tiers ai­mer le jeu. « Pour bien faire ce mé­tier, il faut être joueur. » Mais at­ten­tion, pas pen­dant le tra­vail : « Il ne faut pas se prendre au jeu et sa­voir res­ter neutre, même si la banque gagne, car le client va res­sen­tir si le crou­pier est heu­reux de ga­gner », note Jo­na­than Ber­the­lier. Crou­pier, un mé­tier fait de nuances et de sub­ti­li­tés.

L’uni­forme de ri­gueur avec les poches cou­sues

SUR­VEILLANCE. Le chef de table, Fré­dé­ric (à droite) est ga­rant de la trans­pa­rence et du res­pect des règles aux tables de black jack et de rou­lette an­glaise.

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