Joan­ny Durand a don­né vie aux mo­nu­ments aux Morts

Joan­ny Durand (1886­1955)

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Ju­lien Gar­don

Na­tif de Boën, l’ar­tiste était très at­ta­ché à son pays où il a réa­li­sé de nom­breux mo­nu­ments aux Morts.

C’est en 2009, lors de la ré­no­va­tion du mo­nu­ment aux Morts de Lei­gneux, leur vil­lage, que les époux Ba­by se sont in­té­res­sés à son créa­teur. Ce couple d’ins­ti­tu­teurs à la re­traite a alors dé­cou­vert Joan­ny Durand, un per­son­nage do­té de « beau­coup de ta­lents ».

Tou­jours par­mi les bons élèves

Né rue Ronde (main­te­nant rue du 11­No­vembre) à Boën en 1886, Joan­ny Durand est par­ti dès l’âge de deux ans à Sain­tÉ­tienne, où sont père a dé­mé­na­gé pour des rai­sons pro­fes­sion­nelles. Tou­jours par­mi les bons élèves, il a in­té­gré le ly­cée Fau­riel puis l’école des Beaux­arts sté­pha­noise, alors ap­pe­lée École ré­gio­nale des arts in­dus­triels où, de 1901 à 1904, il ap­prend le des­sin et la gra­vure sur armes. En sor­tant de l’école, il ef­fec­tue un stage en Es­pagne où il ap­ prend la da­mas­quine qui consiste à in­té­grer un fil d’or ou d’ar­gent sur une sur­face mé­tal­lique afin de créer des mo­tifs. « Un vrai tra­vail d’ar­tiste », es­time Da­niel Ba­by.

Après les études, il s’en­gage dans l’ar­mée où il peut res­ter une seule an­née au lieu de trois, pro­fi­tant d’une loi concer­nant les ou­vriers d’art. Le temps de de­ve­nir ca­po­ral avant d’ob­te­nir une bourse de la part de la Ville de Saint­Étienne puis de mon­ter s’ins­tal­ler à Pa­ris, à l’âge de 20 ans, pour peau­fi­ner son savoir au­près de Maître In­jal­bert, « un grand bon­homme » qui l’éva­lue tou­jours de ma­nière po­si­tive. D’ailleurs, le jeune Joan­ny Durand rem­porte des concours en 1909 et 1910 avant de par­tir au front en 1914, dans la Marne, où il est bles­sé dès le pre­mier com­bat par des éclats d’obus et de balles qui lui oc­ca­sionnent qua­torze bles­sures. Après une an­née de conva­les­cence à Cou­tances, dans la Manche, où « il se lie avec de nom­breux ar­tistes lo­caux », il re­monte à Pa­ris « où il n’est pas fa­cile d’être ar­tiste à l’époque. Mais il y re­trouve de nom­breux ca­ma­rades et ap­prend de nou­velles tech­niques et l’acte de créa­tion. Pa­ris lui a sur­tout ou­vert l’es­prit. »

Aus­si, la carte d’an­cien com­bat­tant lui ouvre des portes et Joan­ny Durand conçoit de nom­breux mo­nu­ments aux Morts. « Des mo­nu­ments pa­ci­fistes », pré­cise Ma­rie­Claude Ba­by, qui trônent dé­sor­mais au coeur de villages comme Sainte­Agathe­laBou­te­resse, Ce­zay, Sail­sous­Cou­zan, Saint­Ram­bert, Cha­zelles­sur­Lyon, Lei­gneux… « Son tra­vail était très in­ti­miste, pour­suit Da­niel Ba­by. Par exemple, à Lei­gneux, les per­son­nages re­pré­sentent son père et sa mère qu’il res­pec­tait énor­mé­ment. Il ai­mait bien se mettre en scène. »

« Il a créé un jour­nal à ses frais »

Il faut dire que Joan­ny Durand avait du ta­lent. Ou plu­tôt des ta­lents. Bustes, sta­tuettes, sur­mou­lage de por­traits, cé­ra­miques, mé­dailles, pla­quettes, bois gra­vé, serre­livres, gra­vures… L’homme maî­tri­sait son art. Et bien d’autres en­core.

« Comme il était très at­ta­ché à son pays, il a créé un jour­nal à ses frais. » Ain­si, Le Cour­rier du Li

gnon et de la Loire avait pour but de don­ner des nou­velles aux Li­gé­riens ex­pa­triés. L’homme a éga­le­ment fait de la ra­dio, ani­mant une émis­sion sur la dé­fense du pa­tri­moine. Il a chan­té dans des ca­ba­rets des chan­sons qu’il a lui­même écrites. Il a chan­té dans un film éga­le­ment et a ani­mé des confé­rences… « Il pou­vait par­ler pen­dant des heures. »

L’hu­mour était éga­le­ment, à en croire les époux Ba­by, une de ses qua­li­tés. « Avec des amis, il a mon­té une as­so­cia­tion phi­lan­thro­pique à des­ti­na­tion des en­fants. En­semble, ils ont fait un pa­ri sti­pu­lant que des plâtres qu’il a réa­li­sés se­raient ex­ po­sés au Louvre. L’un d’eux a réus­si à po­ser une sta­tuette qui est res­tée une se­maine dans le mu­sée sans que per­sonne ne s’en aper­çoive. Ils sont en­suite al­lés la ré­cu­pé­rer de ma­nière os­ten­sible, pour que les gardes les voient et croient à un vol. »

En dé­pit d’une vie pa­ri­sienne riche et mou­ve­men­tée, Joan­ny Durand garde un lien té­nu avec son Fo­rez, fai­sant de nom­breux al­ler­re­tour. En 1937, il fait ré­no­ver la mai­son de ses pa­rents à Bou­te­resse où il est re­ve­nu quand la Se­conde Guerre mon­diale a écla­té. Il ob­tient alors un poste de pro­fes­seur à l’école des Beaux­arts de Sain­tÉ­tienne puis tra­vaille comme cor­rec­teur dans le jour­nal lo­cal.

À la re­traite, un jour­na­liste lui a de­man­dé ce qu’il fai­sait de ses jour­nées. L’ar­tiste, qui pos­sé­dait des vignes, lui a ré­pon­du : « Je fais du pi­nard ! » Mais Joan­ny Durand, qui s’est tour­né vers la lit­té­ra­ture, écri­vait énor­mé­ment. Par­fois même en pa­tois.

Homme de ta­lents et de dis­tinc­tions, no­tam­ment celle d’Of­fi­cier de la Lé­gion d’hon­neur, Joan­ny Durand est dé­cé­dé en 1955, à l’âge de 69 ans.

« Pa­ris lui a sur­tout ou­vert l’es­prit » Of­fi­cier de la lé­gion d’hon­neur

L’ar­tiste Joan­ny Durand a conçu de nom­breux mo­nu­ments sur le ter­ri­toire. Comme ici à Lei­gneux (à gauche) et à Boën-sur-Li­gnon.

MO­NU­MENTS AUX MORTS.

AR­TISTE. Joan­ny Durand.

COUPLE. Ma­rie-Claude et Da­niel Ba­by se sont in­té­res­sés de près à la vie et à l’oeuvre de l’ar­tiste.

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