Du sta­tut de vic­time à ce­lui de cou­pable…

Vic­time d’une agres­sion en 2012, un Fo­ré­zien dé­nonce des dys­fonc­tion­ne­ments dans la justice

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Faits Divers - Justice - Sé­go­lène Per­ret

Triste mésa­ven­ture que celle ar­ri­vée à An­dré Gran­jon. Les faits re­montent au mois d’août 2012, à Saint-Ro­main-le-Puy.

An­cien at­ta­ché par­le­men­taire du dé­pu­té Hen­ry Bayard et cadre su­pé­rieur de la fonc­tion pu­blique ter­ri­to­riale pen­dant 28 ans, il est vic­time d’une vio­lente agres­sion dans la rue, sans mo­bile, lui qui est re­con­nu comme tra­vailleur han­di­ca­pé de­puis 1982 suite à un ac­ci­dent de voi­ture cau­sé par un chauf­fard ivre.

Al­lant por­ter plainte à la gen­dar­me­rie de Mont­bri­ son, on lui conseille de se rendre d’abord à l’hô­pi­tal car très amo­ché, il souffre d’un trau­ma­tisme crâ­nien. Après trois jours d’hos­pi­ta­li­sa­tion aux ur­gences, le Fo­ré­zien porte plainte à la gen­dar­me­rie.

Les se­maines dé­filent en­suite, sans au­cune convo­ca­tion au tri­bu­nal. S’in­quié­tant au­près de son avo­cate, il s’avère que le « dos­sier a été per­du dans le dé­mé­na­ge­ment du tri­bu­nal de Mont­bri­son à Saint­Étienne… avant d’être fi­na­le­ment mi­ra­cu­leu­se­ment re­trou­vé… mais clas­sé sans suite », le laps de temps écou­lé étant trop im­por­tant et l’agres­seur, pour­tant bien iden­ti­ fié, non pour­sui­vi.

« Le dos­sier ayant été clas­sé sans suite, mon seul re­cours était de le pour­suivre sur citation, m’obli­geant à dé­bour­ser 2.000 € pour la consi­gna­tion », dé­plore An­dré Gran­jon. En avril 2015, l’af­faire est ju­gée de­vant la barre du tri­bu­nal de Saint­Étienne. « On ne m’a ab­so­lu­ment pas de­man­dé de té­moi­gner, l’agres­seur a été re­laxé et moi, condam­né à ver­ser 1.000 € pour ses frais d’avo­cat ». Soit un to­tal de 6.300 € si on ra­joute les frais d’hos­pi­ta­li­sa­tion et d’op­ti­cien. Or, étant dé­jà sur une citation, faire ap­pel est ju­ri­di­que­ment im­pos­sible.

« C’est in­ad­mis­sible que je doive payer alors que je suis la vic­time », dé­plore le Fo­ré­zien qui ajoute : « Mais la justice ne se dé­juge ja­mais. Ce­la dé­montre le laxisme et l’in­com­pé­tence de la ma­gis­tra­ture, ain­si que la peur des pe­tits voyous ».

De­puis, An­dré Gran­jon re­mue ciel et terre pour ob­te­nir ré­pa­ra­tion. Ayant dé­jà ob­te­nu une at­tes­ta­tion de mo­ra­li­té du dé­pu­té Paul Sa­len, il conti­nue de faire jouer ses ré­seaux pour trou­ver une so­lu­tion, bien dé­ci­dé à ne pas bais­ser les bras et ob­te­nir re­con­nais­sance du pré­ju­dice su­bi.

Une as­so­cia­tion de dé­fense des vic­times

« J’ai presque de la chance car je sais m’ex­pri­mer, écrire des cour­riers… D’autres per­sonnes sont cer­tai­ne­ment vic­times de pa­reils dys­fonc­tion­ne­ments ju­di­ciaires mais sont trop dé­mu­nies et sans ca­pa­ci­té de se dé­fendre ». D’où son idée de créer une as­so­cia­tion de dé­fense des vic­times.

AN­DRÉ GRAN­JON. « C’est in­ad­mis­sible que je paye alors que je suis vic­time ».

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