Édouard Mar­tel, l’homme des gouffres

Édouard­Al­fred Mar­tel (1859­1938), pré­cur­seur » de la spé­léo­lo­gie

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Ju­lien Gar­don

AVEN­TURE. Ce scien­ti­fique re­con­nu est consi­dé­ré comme un pré­cur­seur de la spé­léo­lo­gie.

SAINT-THO­MAS-LA-GARDE. Après une vie très riche, il a pas­sé une re­traite dis­crète au châ­teau de la Garde.

Ce­lui qui était consi­dé­ré comme le père de la spé­léo­lo­gie a ter­mi­né sa vie dans le Fo­rez, à Saint-tho­mas-la­Garde, où les ha­bi­tants connais­saient peu ses faits d’arme.

Dans un ar­ticle de La Dé­pêche da­té du 4 sep­tembre 1970, l’an­cien cor­res­pon­dant du jour­nal à Mont­bri­son évoque la fin de vie d’Édouard­Al­fred Mar­tel : « Les ha­bi­tants de SaintT­ho­mas­la­Garde ont co­toyé pen­dant quinze ans ce beau vieillard aux yeux clairs, ce grand sa­vant, sans se dou­ter de sa po­pu­la­ri­té mon­diale. »

L’avo­cat de­vient ex­plo­ra­teur

Ve­nu dans le Fo­rez pour ache­ver tran­quille­ment une exis­tence bien rem­plie, ce per­son­nage est en ef­fet consi­dé­ré comme pré­cur­seur » de la spé­léo­lo­gie.

C’est pour­tant la car­rière de ju­riste qu’il em­brasse en 1886 lorsque, après cinq an­nées pas­sées en tant que clerc d’avoué, il suc­cède à son père comme avo­cat agréé au Tri­bu­nal de com­merce de Pa­ris. Et ce mal­gré les ré­ti­cences du jeune homme, fas­ci­né de­puis son plus jeune âge par « les beau­tés pit­to­resques du sol fran­çais ».

Son temps libre est en­tiè­re­ment consa­cré à ses voyages d’ex­plo­ra­tion, jus­qu’en 1889, lors­qu’il se li­bère de sa pro­fes­sion pour se consa­crer en­tiè­re­ment aux se­crets ca­chés de la na­ture.

Car l’homme des­cend là où per­sonne n’a en­core osé des­cendre. C’est lui qui ré­vèle les pres­ti­gieuses sta­lac­tite de la grotte de Dar­gi­lan, en Lo­zère, mais aus­si la pre­mière ri­vière sou­ter­raine, dans le Gard. Et tant d’autres en­core.

Grâce à des mé­thodes et du ma­té­riel tou­jours plus per­fec­tion­nés ­ no­tam­ment un té­lé­phone por­ta­tif ­, ce­lui que l’on ap­pelle alors « l’homme des trous » des­cend en ef­fet tou­jours plus bas et force « les portes de l’en­fer ». C’est lui qui le pre­mier ex­plore le gouffre de Pa­di­rac, dans le Lot, de­ve­nu de­puis un site tou­ris­tique at­ti­rant chaque an­née des mil­liers de vi­si­teurs.

Au ser­vice de la science

Mais Édouard­Al­fred Mar­tel ne se contente pas d’ar­pen­ter les souterrains. Très sa­vant, l’homme met ses dé­cou­vertes au ser­vice de la science. C’est lui qui dé­montre en ef­fet que « les eaux d’in­fil­tra­tion peuvent vé­hi­cu­ler les germes de graves ma­la­dies épi­dé­miques, no­tam­ment la fièvre thy­phoïde », puis se bat pour ré­cla­mer des me­sures d’hy­giène en rap­port avec cette dé­cou­verte comme le cap­tage des eaux d’ali­men­ta­tion et des mé­thodes de pu­ri­fi­ca­tion de l’eau dans les ré­gions dé­pour­vues de ter­rains fil­trants.

Le tra­vail de sape d’Édouard­Al­fred Mar­tel, sou­te­nu par d’émi­nents spé­cia­listes, abou­tit en 1902 sur « une loi éta­blis­sant des pé­ri­mètres de pro­tec­tion, in­ter­di­sant le jet des ani­maux et d’or­dures dans les abîmes ou pertes de ri­vières ». Des me­sures qui se sont avé­rées ef­fi­caces contre la fièvre thy­phoïde.

Il inau­gure sa propre sta­tue

Mal­gré toutes ses dé­cou­vertes, l’homme a tou­jours su res­ter mo­deste. « Je n’ai pas eu le temps d’être am­bi­tieux », a­t­il af­fir­mé à Jacques Boyer, qui a écrit sur Édouard­Al­fred Mar­tel dans une pu­bli­ca­tion de Vil­lage de Fo­rez. Ce qui ne l’a pas em­pê­ché de re­ce­voir de nom­breuses dis­tinc­tions : grand prix des sciences phy­siques, mé­daille d’or des épi­dé­mies ou en­core ro­sette de la Lé­gion d’hon­neur.

Aus­si, fait as­sez rare, « l’homme des ca­vernes » a eu le pri­vi­lège d’inau­gu­rer lui­même une sta­tue à son ef­fi­gie en 1927. Elle se si­tue dans le Tarn, dans une ré­gion qu’il ap­pré­ciait tout par­ti­cu­liè­re­ment, même si c’est dans le Fo­rez, au châ­teau de la Garde, à Saint­Tho­mas­la­Garde, qu’il s’est éteint en 1938.

Ar­ticle réa­li­sé en col­la­bo­ra­tion avec l’as­so­cia­tion Vil­lage de Fo­rez.

Il des­cend là où per­sonne n’a en­core osé des­cendre

Édouard Mar­tel est in­di­rec­te­ment à l’ori­gine du Mu­sée de la pou­pée de Mont­bri­son.

FI­GURE. Édouard-Al­fred Mar­tel était un homme sa­vant dou­blé d’un aventurier après avoir em­bras­sé une courte car­rière d’avo­cat.

CH­TEAU. La châ­teau de la Garde, à Saint-Tho­mas-la-Garde.

PHO­TO : MU­SÉE D’AL­LARD

POU­PÉES. Le Mu­sée de la pou­pée du Mu­sée d’Al­lard de Mont­bri­son doit son ori­gine au don en 1954 par ses hé­ri­tières, des pou­pées de la col­lec­tion d’Aline de Lau­nay, veuve d’Édouard-Al­fred Mar­tel.

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