Un agri­cul­teur « à la bourre »

CERVIÈRES Pri­son avec sur­sis pour ce­lui qui avait pro­vo­qué un ac­ci­dent

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Faits Divers - Justice - Ro­dolphe Mon­ta­gnier ro­dolphe.mon­ta­gnier@cen­tre­france.com

Aler­té que ses vaches di­va­guaient, un agri­cul­teur de Chabreloche avait pris sa voi­ture alors qu’il ve­nait d’ar­ro­ser le suc­cès de son fils à un concours de la­bour. Il avait pro­vo­qué un violent face à face et fait un bles­sé grave, en sep­tembre 2015.

Le pré­ve­nu a la tête basse. S’il pointe le nez vers le bout de ses chaus­sures, c’est qu’il ne peut pas sou­te­nir le re­gard de la sub­sti­tut du Pro­cu­reur de la Ré­pu­blique. Ma­rianne Ber­théas s’est mise de­bout alors que sa po­si­tion dans la salle d’au­dience du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de SaintÉ­tienne, lé­gè­re­ment sur­éle­vée, lui confère dé­jà une forme de su­pé­rio­ri­té.

Quatre per­sonnes im­pli­quées

« Si j’ai bien com­pris, votre pre­mier ré­flexe alors que vous ve­nez de pro­vo­quer un ac­ci­dent et qu’il y a des vic­times, c’est d’es­sayer de vous dé­char­ger… », lance la ma­gis­trate du par­quet. Lui s’en­fonce un peu plus en­core ­ si c’est pos­sible ­ dans le col de sa veste. Elle est la loi, l’ordre et le res­pect. Tout ce qu’il a bê­te­ment bou­le­ver­sé un jour de sep­tembre 2015. La honte se lit sur le vi­sage du qua­dra­gé­naire, mais l’homme ne par­vient pas à l’ex­pri­mer. Alors la sub­sti­tut du pro­cu­reur pré­fère s’ar­rê­ter là.

Il y a en­vi­ron un an, les se­cours sont ap­pe­lés sur la route entre Noirétable et Chabreloche. Deux voi­tures viennent de se té­les­co­per dans un vi­rage, à Cervières. L’un des deux conduc­teurs est griève­ ment bles­sé. Il n’a pas pu évi­ter le choc. À la sor­tie d’un vi­rage, il s’est re­trou­vé face à un autre vé­hi­cule qui avait quit­té sa tra­jec­toire. Sa femme qui était à ses cô­tés et sa belle­mère, oc­to­gé­naire as­sise à l’ar­rière, en sont sor­ties in­demnes. Ou presque.

Abla­tion de la rate

Lui n’a pas eu cette chance. Éva­cué vers l’hô­pi­tal d’Am­bert, il a su­bi une splé­nec­to­mie, une abla­tion de la rate. Quinze jours d’hos­pi­ta­li­sa­tion dont une se­maine en soins in­ten­sifs. Ar­rêt de tra­vail d’un mois. Et pour com­pen­ser l’ab­sence du rôle im­mu­ni­taire de la rate, « prise d’an­ti­bio­tiques pen­dant quatre ans », ré­vé­le­ra son avo­cate, Isa­belle Grange, qui évoque éga­le­ment « une dé­pres­sion ré­ac­tion­nelle ». Il s’est por­té par­tie ci­vile et ré­clame plu­sieurs mil­liers d’eu­ros de pro­vi­sions.

Cet ac­ci­dent, il le doit au qua­dra­gé­naire qui com­pa­rait ce lun­di 22 août ; un agri­cul­teur ac­com­pa­gné de sa femme et de son fils. Ce jour­là, l’homme avait jus­te­ment fê­té le suc­cès de sa pro­gé­ni­ture à un concours de la­bour. « Quatre ou cinq verres », as­sure le pré­ve­nu, qui ex­pli­que­ra aux en­quê­teurs qu’il ne de­vait pas prendre sa voi­ture et que sa femme de­vait ve­nir le cher­cher. Mais il a été aver­ti que ses vaches avaient quit­té leur pré et qu’il fal­lait ve­nir ras­sem­bler le trou­peau.

Avec 0,50 mil­li­gramme d’al­cool par litre d’air ex­pi­ré, il a fi­ni par mordre sur le bas­cô­té à droite, perdre le contrôle de son vé­hi­cule et se dé­por­ter sur la voie de gauche…

Une de­mande in­dé­cente

Mi­ra­cu­leu­se­ment in­demne à la sor­tie de ce violent face­à­face, il s’est em­ pres­sé de de­man­der à la femme de sa vic­time si un ar­ran­ge­ment n’était pas pos­sible avant que les gen­darmes n’ar­rivent : « Si vous pou­viez dire que ma femme était au vo­lant, elle se­ra vite là… » « Me­su­rez­vous l’in­dé­cence de la de­mande, hu­mai­ne­ment par­lant ? », lâche l’avo­cate de la par­tie ci­vile, qui de­mande une ex­per­tise mé­di­cale pour son client.

L’agri­cul­teur a tout re­con­nu, même sa pi­teuse ten­ta­tive d’ac­com­mo­de­ment. « Je vou­drais com­men­cer par m’ex­cu­ser car n’avais pas le droit d’en­trer en con­tact avec ma vic­time », com­mence­t­il à la barre avant d’ex­pli­quer qu’il n’a « pas in­sis­té, con­trai­re­ment à ce qui est dit, pour l’ar­ran­ge­ment ». « Mon client n’a pas d’ex­cuses mais des re­grets », glisse son avo­cat, Me Ar­naud Re­me­dem.

Le pré­ve­nu a éco­pé de trois mois de pri­son avec sur­sis et quatre mois de sus­pen­sion du per­mis de conduire. Confor­mé­ment aux ré­qui­si­tions faites par le mi­nis­tère pu­blic.

Il tente de s’ar­ran­ger avec la femme de sa vic­time en­core en­cas­trée

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