Une vie pas­sée à s’oc­cu­per des autres

Entre l’Afrique cen­trale et Roanne, Ma­ri­nette Gi­rard s’est consa­crée au bé­né­vo­lat

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Portes Du Forez L'actu - Mo­nique Per­bet

Âgée au­jourd’hui de 89 ans, Ma­ri­nette Gi­rard a beau­coup voya­gé pour al­ler à la ren­contre de l’autre. Avec une grande bien­veillance

Née à Crain­tilleux, Ma­ri­nette Gi­rard reste néan­moins une amou­reuse in­con­di­tion­nelle de la « Grand Cour », place Si­mand à An­dré­zieux­Bouthéon.

C’est là qu’elle a gran­di, de 6 à 13 ans, chez sa grand­mère, dans une ferme. Comme elle aime le dire, Ma­ri­nette a l’âge de ses ar­tères et de son coeur. « À 89 ans, j’ai fait trente­six mé­tiers et qua­rante mi­sères. J’ai bour­lin­gué, fait l’école, soi­gné des ma­mans et des nou­veau­nés… Toute ma vie je me suis oc­cu­pée des autres et je conti­nue. Je suis un cul­ter­reux et fière de l’être. »

Après un par­cours de vie ex­traor­di­naire Ma­ri­nette re­vient sur ses terres, afin d’ajou­ter un der­nier vo­let à un grand livre de sou­ve­nirs. Ti­tu­laire du bre­vet, elle a com­men­cé des études d’in­fir­mière puis bi­fur­qué vers un mé­tier d’édu­ca­trice. « J’ai fait l’école dans les mai­sons fa­mi­liales de l’époque, dans des col­lèges pri­vés qui re­ce­vaient des filles adop­tées. J’ai exer­cé à Mar­cel­lin­Champagnat, à SaintÉ­tienne et à Mon­ta­nay, dans l’Ain. Je me suis oc­cu­pée d’ado­les­cents en or­phe­li­nat à Bal­mont, près de Neuville sur Saône (Rhône). J’ai cô­toyé Raoul Follereau, le par­rain du foyer sté­pha­nois du même nom, dont j’ai par­ti­ci­pé à la créa­tion. »

Au Tchad, « des an­nées ex­tra­or­di­naires »

Avec des amies de connais­sance, Ma­ri­nette est en­suite par­tie en Afrique cen­trale, au Tchad, pen­dant quatre ans. « Nous étions dans la brousse comme pre­miers mis­sion­naires. Pas payés, mais nour­ris et lo­gés, point fi­nal. C’était sen­sa­tion­nel. Nous avons vé­cu des an­nées ex­tra­or­di­naires avec des eth­nies dif­fé­rentes. Il y avait les “Gam­bay”, les “Lé­lé”, les “Moun­dang”, les “Peuls” qui font de l’éle­vage. Nous étions à la fron­tière ca­me­rou­naise, à Pa­la, dans un dio­cèse qui vient de fê­ter ses 50 ans. »

C’est là que notre aven­tu­rière a été mise face à une cer­taine réa­li­té. « Après 12 à 14 km dans la brousse, des femmes qui ve­naient d’ac­cou­cher se pré­sen­taient un en­fant sur les bras, avec le cor­don om­bi­li­cal non cou­pé. J’ai vu une femme épi­ lep­tique com­plè­te­ment brû­lée par un so­leil de 40° à l’ombre. Elle était ar­ri­vée al­lon­gée sur un char ti­ré par des boeufs. »

Dix ans au foyer du Ri­vage, à Roanne

Au terme de son contrat puis au con­tact des grands im­meubles et des voi­tures lyon­nais, Ma­ri­nette et ses amies ont pris une dé­ci­sion. « Nous sommes re­par­ties de suite. Pour ce se­cond dé­part, nous avions choi­si l’Afrique du Nord et la grande Ka­by­lie, où nous avons fait l’école. J’ai par­ti­ci­pé à des ac­cou­che­ments dans un douar, groupe de sept pe­tits vil­lages. »

De re­tour en France, Ma­ri­nette pour­suit ses ac­tions en di­rec­tion de l’autre. Elle ouvre alors un centre ANEF (As­so­cia­tion na­tio­nale d’en­traide fé­mi­nine) créé par l’épouse de Fran­çois Mi­che­lin. « Avec l’aide de Jean Au­roux, de Roanne, je me suis aus­si oc­cu­pée pen­dant 12 ans de mères cé­li­ba­taires. J’ai vu 125 bé­bés. Ce n’était pas simple. Il fal­lait, à l’époque “des blou­sons noirs”, gé­rer filles et gar­çons. Dans le même temps j’ai fait trois an­nées d’uni­ver­si­té et ob­te­nu un mas­ter en sciences so­ciales. Je n’avais en ef­fet pas les di­plômes re­quis pour la di­rec­tion d’un éta­blis­se­ment. Je fai­sais le bou­lot, mais je n’avais pas la paie. » À l’aube de la re­traite, la Fo­ré­zienne a ren­con­tré une foule de per­son­nages, dont Bri­gitte Bar­dot, soeur Em­ma­nuelle, l’ab­bé Pierre. « À 54 ans, je me suis dit “j’ar­rête”. J’ai eu des en­fants et ai dé­ci­dé d’ar­rê­ter de cou­cher en cam­ping ou autres lieux im­pro­bables. Il ne manque qu’un vo­let à ma car­rière, ce­lui des per­sonnes âgées. »

Ma­ri­nette, qui sou­hai­tait faire un doc­to­rat en sciences so­ciales, n’en a pas eu le temps. Elle est res­tée en­core dix ans au foyer du Ri­vage, à Roanne, où elle in­ter­vient comme pré­si­dente du Conseil d’orien­ta­tion et de sur­veillance des Ehpad. Sans faire de bruit, elle s’oc­cupe au­jourd’hui de de­man­deurs d’asile. « Je ne suis pas toute seule. Bien d’autres per­sonnes agissent au­tour de moi », com­mente cette dame au grand coeur.

D’abord in­fir­mière, elle se tourne vers le mé­tier d’édu­ca­trice

VOYA­GEUSE. Ma­ri­nette vient de re­par­tir pour un voyage hu­ma­ni­taire, en Rou­ma­nie.

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