Ro­ger Bar­bier re­monte le fil de l’his­toire

À Bus­sières, le guide par­tage son sa­voir sur les mé­thodes de tis­sage de 1800 à nos jours

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Le Portrait - Maï­té Bar­bier e ac­tion.pays-roan­nais@cen­tre­france.com

Le Mu­sée du tis­sage et de la soie­rie ac­cueille, à Bus­sières, plus de 3.000 vi­si­teurs chaque an­née. Ils viennent dé­cou­vrir l’évo­lu­tion du tis­sage et de la soie­rie lyon­naise.

Ro­ger Bar­bier pré­vient d’em­blée les pro­me­neurs, au dé­but de la vi­site du Mu­sée du tis­sage et de la soie­rie : « Moi, je ne suis pas tis­seur ! Les autres guides, eux, sont du mé­tier. » Pour­tant, il connaît le tis­sage et son évo­lu­tion sur le bout des doigts, des an­nées 1800 jus­qu’à nos jours. Et il sait même ma­nier les dif­fé­rentes ma­chines à tis­ser. D’ailleurs, la vi­site de la pièce dé­diée aux ma­chines com­mence avec une ini­tia­tion au tis­sage. Ro­ger Bar­bier montre com­ment fonc­tionnent les bases : « Le tis­sage consiste à croi­ser des fils, con­trai­re­ment au tri­cot, par exemple, pour le­quel il faut faire des boucles. »

En ap­puyant avec le pied sur une pé­dale du mé­tier à tis­ser, Ro­ger Bar­bier écarte les fils en deux par­ties avant de glis­ser au mi­lieu le fil de trame, qui donne la cou­leur. Il lâche en­suite la pé­dale et ra­bat le fil avec le peigne, et ain­si de suite jus­qu’à créer un tis­su avec des mo­tifs. Ce­la pa­raît as­sez simple. « Mais ça se com­plique beau­coup en­suite, avec d’autres tech­niques et d’autres ma­chines », an­nonce le guide.

Ce re­trai­té de 71 ans a, en fait, tou­jours connu le tis­sage, grâce à sa fa­mille. « J’ai bai­gné de­dans dès mon plus jeune âge. Beau­coup de membres de ma fa­mille étaient tis­seurs. Quand j’étais en­fant, j’al­lais ai­der les tis­seurs à l’usine. »

Ro­ger Bar­bier est ori­gi­naire de Bus­sières. Il a quit­té son vil­lage pour tra­vailler au sein d’une so­cié­té d’élec­tri­ci­té, avant d’y re­ve­nir pour sa re­traite. Et c’est là qu’on a de­man­dé son aide au mu­sée. « J’ai com­men­cé par la tré­so­re­rie, puis j’ai été se­cré­taire, et en­suite pré­sident. Au­jourd’hui, je suis vice­pré­sident. » Le mu­sée, Ro­ger Bar­bier l’a tou­jours connu. « Il a été créé en 1977. Au dé­but, il était écla­té chez plu­sieurs tis­seurs. Ils se ren­daient compte que les ma­chines évo­luaient et que les plus an­ciennes étaient dé­truites. Alors ils ont vou­lu les ré­cu­pé­rer. »

Le tis­sage fai­sait vivre des fa­milles

Le mu­sée vit aus­si de dons, des an­ciens mé­tiers à tis­ser aux plus ré­cents. En 1998, la com­mune a ra­che­té une an­cienne usine tex­tile, qui est en­suite de­ve­nue le Mu­sée du tis­sage et de la soie­rie. La vi­site com­mence par la dé­cou­verte de l’ori­gine des fils, et les dif­fé­rents tis­sus… On peut aus­si ob­ser­ver une ex­po­si­tion de créa­tions à base de den­telle, par les clubs, no­tam­ment ce­lui de Bus­sières. Ro­ger Bar­bier ex­plique l’âge d’or du tis­sage et tout ce que ce­la ap­por­tait aux fa­milles. « Avant, ici, tout le monde était tis­seur. Ça a fait vivre des gé­né­ra­tions, et ça conti­nue, au­jourd’hui, à nour­rir plu­sieurs fa­milles. » Le guide ra­conte même qu’au XIXe siècle, les en­fants tra­vaillaient tout en haut des ma­chines à tis­ser, pour ai­der les hommes. « Ils ga­gnaient un peu d’ar­gent pour leurs fa­milles. Mais quand est ar­ri­vée l’élec­tri­fi­ca­tion, en 1911, beau­coup d’em­plois ont été sup­pri­més. » Il ap­prend aux vi­si­teurs les dif­fé­rents (et nom­breux) mé­tiers liés au tis­sage, dont beau­coup ont été sup­pri­més avec l’évo­lu­tion de la tech­no­lo­gie.

Les vi­sites s’en­chaînent

L’élec­tri­fi­ca­tion a per­mis, au fil des an­nées, de pro­duire plus de tis­sus, et plus ra­pi­de­ment. Ro­ger Bar­bier pré­sente une ma­chine des an­nées 1930 qui compte 2.640 fils dif­fé­rents, puis une de 1950 qui tisse à une vi­tesse de 150 km/h. « La der­nière ma­chine a été fa­bri­quée au Ja­pon en 1990. Au­jourd’hui, la France ne construit plus de ma­chines à tis­ser. » La vi­site se ter­mine par un pas­sage dans la bou­tique où l’on trouve toutes sortes de créa­tions.

Quelques mi­nutes plus tard, Ro­ger Bar­bier en­chaîne dé­jà avec la vi­site sui­vante. Pas ques­ tion de faire at­tendre les vi­si­teurs trop long­temps. Le guide passe en­vi­ron quatre jours par mois au mu­sée pour ac­cueillir toutes sortes de groupes. « Je pense que c’est im­por­tant de par­ler de ce qu’ont fait nos an­ciens. Si on est là, c’est parce qu’eux ont été là avant nous. »

« J’ai com­men­cé par la tré­so­re­rie, puis j’ai été se­cré­taire, pré­sident et vice­pré­sident »

PHO­TO M. B.

MÉ­TIERS. Le guide pré­sente le fonc­tion­ne­ment des dif­fé­rentes ma­chines et pro­pose des dé­mons­tra­tions.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.