Le riche hé­ri­tage ar­tis­tique du ré­vé­rend père Cou­tu­rier

ILS ONT MAR­QUÉ L’HIS­TOIRE DU FO­REZ (5/5) Le ré­vé­rend père Ma­rie­Alain Cou­tu­rier (1897­1954)

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Ju­lien Gar­don

Ori­gi­naire du ha­meau d’Es­tial­let, à Mont­bri­son, le père Cou­tu­rier, qui vou­lait ré­vo­lu­tion­ner l’art sa­cré, a mar­qué l’his­toire de l’art (1).

Lors de la pro­chaine ren­trée des classes, les nou­veaux élèves du col­lège Vic­tor­de­La­prade dé­cou­vri­ront cer­tai­ne­ment sa cha­pelle et les oeuvres qu’elle re­celle. Elles ont pour quatre d’entre elles été réa­li­sées par un illustre Mont­bri­son­nais, le ré­vé­rend père Cou­tu­rier.

Né en 1897 à Mont­bri­son, Pierre Cou­tu­rier est le fils de mi­no­tiers au mou­lin d’Es­tial­let où il a gran­di. Après une sco­la­ri­té mont­bri­son­naise et la ter­mi­nale à Saint­Cha­mond, ce jeune homme is­su d’une fa­mille d’ar­tistes dé­cide d’étu­dier la pein­ture. Pous­sé par le peintre sté­pha­nois Jo­seph Lam­ber­ton, il monte ap­prendre cet art à Pa­ris, aux Ate­liers d’art sa­cré, sous la hou­lette de Mau­rice De­nis.

En 1925, Pierre Cou­tu­rier dé­cide de ren­trer chez les Do­mi­ni­cains, au sein des­quels il prend le nom de Ma­rie­Alain, puis il est or­don­né prêtre en Bel­gique, en 1930. Il va en­suite à Rome pour­suivre sa for­ma­tion théo­lo­gique.

Quatre oeuvres dans la cha­pelle du col­lège

C’est dans les an­nées trente qu’il com­mence à peindre des fresques dans des cou­vents do­mi­ni­cains, et oeuvre dans la cha­pelle du pe­tit sé­mi­naire, de­ve­nu par la suite col­lège Vic­torde­La­prade (2).

D’em­blée, en en­trant dans l’édi­fice, l’oeil tombe sur la grande fresque de l’ab­side, 55 mètres, de cou­leur pourpre, au mi­lieu de la­quelle le Ch­rist semble ac­cueillir les vi­si­teurs. « Au­tour de lui, ex­plique Pierre Dre­vet, pas­sion­né d’his­toire lo­cale et an­cien pro­fes­seur au col­lège, se pressent plu­sieurs per­son­nages par­mi les­quels des saints et des hé­ros sor­tis des pe­tits sé­mi­naires de Ver­rières ou de Mont­bri­son. »

Trois autres oeuvres du père Cou­tu­rier, plus mo­destes, ornent les pe­tites cha­pelles la­té­rales : L’An

non­cia­tion réa­li­sée en 1935, La vo­ca­tion de Saint­Louis de Gon­zague re­pré­sen­tée en 1936, et La

Pie­tà, une fresque bros­sée en 1945.

Ami et conseiller des plus grands ar­tistes

Mais l’ar­tiste ne s’est pas conten­té de pra­ti­quer dans sa ville na­tale. « Théo­ri­cien de l’art sa­cré, qu’il vou­lait re­nou­ve­ler » ­ il est d’ailleurs à l’ori­gine en 1935 de la re­vue « Art sa­cré » ­, le père Cou­tu­rier es­time que « l’his­toire des rap­ports entre l’Église et l’Art mo­derne, c’est l’his­toire d’un di­vorce, en tout cas l’his­toire d’une in­com­pré­hen­sion ré­ci­proque à peu près to­tale ». Il tente donc de convaincre ses amis peintres non croyants de s’es­sayer à l’art chré­tien. Il y par­vien­dra avec Ma­tisse et Le Corbusier, res­pec­ti­ve­ment à Vence (Alpes­ma­ri­times) et à L’Arbresle (Rhône), tan­dis qu’il cô­toie et conseille même de grands noms de la pein­ture comme Cha­gall, Pi­cas­so, Lé­ger, ou en­core Braque.

Ses nom­breux voyages lui ont per­mis de lais­ser son em­preinte en Bel­gique, en Suède ou en­core aux États­Unis où il a ré­si­dé et en­sei­gné entre 1940 et 1945. C’est là­bas qu’il a ré­di­gé Art et Ca­tho­li­cisme et des notes qui ont en­gen­dré La Vé­ri­té bles­sée, pu­blié en 1984. Car le père Cou­tu­rier, ar­tiste com­plet, ex­cel­lait aus­si dans l’écri­ture. Mais « on ap­pren­dra bien plus tard à ap­pré­cier son oeuvre », re­grette Pierre Dre­vet.

(1) Ar­ticle réa­li­sé en col­la­bo­ra­tion avec l’as­so­cia­tion Vil­lage de Fo­rez. Les il­lus­tra­tions sont is­sues de la col­lec­tion de Pierre Dre­vet.

(2) La cha­pelle at­te­nante au col­lège a été res­tau­rée sous l’égide de l’as­so­cia­tion des an­ciens élèves du col­lège Vic­tor­de­La­prade, pré­si­dée par Re­né Ta­vaud, spé­cia­liste du père Cou­tu­rier.

Il va à Pa­ris pour étu­dier aux Ate­liers d’art sa­cré

AR­TISTE. Le père Cou­tu­rier en 1936 re­pré­sen­tant la vo­ca­tion de Saint-Louis de Gon­zague, dans la cha­pelle du col­lège Vic­tor-de-La­prade.

OEUVRE. Saint-Louis de Gon­zague, em­me­né par le Ch­rist pour en­trer au no­vi­ciat des Jé­suites.

AMI­TIÉS. Le père Cou­tu­rier (à gauche) avec Le Corbusier, était ami avec les plus grands ar­tistes de son temps.

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