Duel au tuyau d’as­pi­ra­teur et à l’arme blanche

Un couple pour­sui­vi pour vio­lences ré­ci­proques

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Ro­dolphe Mon­ta­gnier ro­dolphe.mon­ta­gnier@cen­tre­france.com

En mai der­nier, une tren­te­naire avait agres­sé son concu­bin à l’arme blanche. Sept points de su­ture pour sa vic­time, ivre au mo­ment des faits et contrainte de se dé­fendre avec un tuyau d’as­pi­ra­teur.

«Si j’ai bien com­pris, vous êtes en­core en­semble… Et bien vous avez du cou­rage car vous êtes en dan­ger l’un et l’autre. »

Ro­land Cuer a plan­té le dé­cor. De­vant le pré­sident du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Saint­Étienne, une femme et un homme pour­sui­vis pour des vio­lences ré­ci­proques. En mai der­nier, une dis­pute, qui n’était pas la première en quatre ans de vie par­ta­gée, a failli tour­ner au drame.

Une ca­nette de bière ca­chée sous l’évier

Quand ils sont ar­ri­vés dans cet ap­par­te­ment de Saint­Just­Saint­Ram­bert, aux alen­tours de 20 heures, ap­pe­lés par une voi­sine in­quié­tée par le bruit et les cris, les gen­darmes ont dé­cou­vert « du sang un peu par­tout », dixit le juge. Une femme est en pleurs et un homme pré­sente une plaie im­por­tante à l’avant­bras. Dans l’évier, un cou­teau avec une lame en cé­ra­mique, « un ob­jet re­dou­table », com­mente le pré­sident du tri­bu­nal.

Les deux pré­ve­nus sont à peu près d’ac­cord sur le dé­rou­le­ment des faits. L’homme avait re­joint l’ap­par­te­ment de sa concu­bine une heure plus tôt. Cette der­nière était sor­tie pour la­ver sa voi­ture au pied de l’im­meuble. À son re­tour, elle avait dé­cou­vert une ca­nette de bière sous l’évier. Puis une autre éga­le­ment dis­si­mu­lée dans son ap­par­te­ment. Son com­pa­gnon n’était ma­ni­fes­te­ment pas dans son état nor­mal.

« J’étais en co­lère, ex­plique la Pon­tram­ber­toise qui cherche du tra­vail dans le sec­teur so­cial. Ce­la fai­sait dé­jà une di­zaine de jours qu’il bu­vait dans mon dos. J’ai dé­cou­vert plu­sieurs autres ca­nettes. Il m’a pous­sée sur le lit. J’ai vu rouge. » Elle lui jette une ca­nette à la fi­gure. Il la lui ren­voie. Elle change de pièce, il la suit pas à pas. Elle va dans la cui­sine, se sai­sit d’un cou­teau et me­nace l’homme qui re­fuse de par­tir comme le lui de­mande sa com­pagne. Elle pique, une fois, deux fois, trois fois… Lui n’a que l’as­pi­ra­teur sous la main pour se pro­té­ger.

« Une re­la­tion de couple pa­tho­lo­gique »

« Il m’a don­né le pre­mier coup », ex­plique la pré­ve­nue. « Je n’ai fait que me dé­fendre », ré­torque le pré­ve­nu qui tra­ver­sait une pé­riode dif­fi­cile suite à la perte de son tra­vail. Cure et trai­te­ment n’ont pas réus­si à le sor­tir de la dé­pres­sion. Ce jour­là, il avait 1,20 mil­li­gramme d’al­cool par litre d’air ex­pi­ré, soit 2,40 grammes d’al­cool par litre de sang.

« Vous avez une re­la­tion de couple pa­tho­lo­gique avec des vio­lences ré­cur­rentes, note Anne Bois­gi­bault, mais je vois aus­si que vous avez en­ta­mé une thé­ra­pie en­semble dès 2014. Je crois qu’il vous faut une peine qui vous fasse ré­flé­chir l’un et l’autre », conclut la sub­sti­ tut du pro­cu­reur de la Ré­pu­blique qui re­quiert huit mois avec sur­sis pour la pré­ve­nue et quatre mois avec sur­sis pour son com­pa­gnon ain­si que deux cents eu­ros d’amende pour cha­cun. Elle s’en re­met au tri­bu­nal quant à la pos­si­bi­li­té de leur in­fli­ger un sur­sis­mise à l’épreuve (SME).

Maître So­phie Ma­thieu dé­fend l’homme. Elle trouve cette « pro­cé­dure bien étrange » et sou­ligne que la pré­ve­nue n’a pré­sen­té « au­cune lé­sion phy­sique alors qu’elle pré­tend avoir été frap­pée la première… En re­vanche, les gi­clées de sang ne laissent au­cun doute : mon client a été tou­ché et il s’est sim­ple­ment dé­fen­du », es­time celle qui plaide la re­laxe.

Un pas­sé dou­lou­reux

Même conclu­sion pour Me Laure Sa­lo­mon qui dé­fend les in­té­rêts de la plai­gnante qui est aus­si pré­ve­nue. « Ma cliente était aga­cée, bles­sée, après avoir dé­cou­vert ces ca­nettes. Il faut aus­si pré­ci­ser que son père est un an­cien al­coo­lique. C’est dou­lou­reux pour elle. Il me pa­raît dif­fi­cile de dif­fé­ren­cier le cas de ces deux per­sonnes car je crains que ce­la ne les ren­voie pas à leur res­pon­sa­bi­li­té. »

C’est pour­tant ce qu’a fait le tri­bu­nal. La femme a éco­pé de quatre mois de pri­son avec sur­sis alors qu’il a choi­si de re­laxer le pré­ve­nu.

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