Brillié, un de­mi­siècle de sa­ga fo­ré­zienne pour ce joyau de l’hor­lo­ge­rie

Cet an­cien fleu­ron de l’hor­lo­ge­rie fran­çaise a ex­ploi­té un site à Montbrison dans les an­nées 80

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Ro­dolphe Mon­ta­gnier ro­dolphe.mon­ta­gnier@cen­tre­france.com

La ré­cente ou­ver­ture du groupe sco­laire Brillié a rap­pe­lé que la so­cié­té le­val­loi­sienne a ex­ploi­té une usine dans la sous­pré­fec­ture de la Loire dès le dé­but du XXe siècle. Ses hor­loges, ré­fé­rence de pré­ci­sion, ont équi­pé et équipent en­core de nom­breux mo­nu­ments, dans le Forez et en France.

Si d’aven­ture vous ve­niez à prendre un train en gare des Bé­né­dic­tins à Li­moges, gare de l’Est ou gare Mont­par­nasse à Pa­ris, en gare de Saint­Étienne­Châ­teau­creux ou en­core à Montbrison, ou si vous cher­chiez l’heure dans le hall de l’Ins­ti­tut na­tio­nal des sciences ap­pli­quées (In­sa) à Lyon ou en­core si vous ve­niez à pas­ser de­vant l’Hô­tel­de­Ville d’Agen, pre­nez quelques se­condes pour ad­mi­rer l’un des ves­tiges du pa­tri­moine mont­bri­son­nais.

Une ré­fé­rence de l’hor­lo­ge­rie fran­çaise

Tous ces bâ­ti­ments sont en ef­fet équi­pés d’une hor­loge Brillié, un nom qui fut une ré­fé­rence de l’in­dus­trie hor­lo­gère fran­çaise au siècle der­nier et qui a long­temps ex­ploi­té un site de pro­duc­tion dans la sous­pré­fec­ture de la Loire. Une ex­po­si­tion, réa­li­sée par la Ville de Montbrison et vi­sible ce sa­me­di, en mai­rie, à l’oc­ca­sion des Jour­nées du pa­tri­moine, per­met de re­vivre la sa­ga d’une en­tre­prise créée en 1897 ou 1898 à Le­val­lois­Per­ret par deux amis, Charles Vi­greux et Lu­cien Brillié.

La so­cié­té est à l’ori­gine de l’ap­pli­ca­tion de l’élec­tri­ci­té à l’hor­lo­ge­rie mo­nu­men­tale. Grâce à cet in­gé­nieur né dans une fa­mille ori­gi­naire de l’Yonne, fi­nie la cor­vée qui im­po­sait le re­mon­tage ma­nuel des poids par des cor­dages. Les deux hommes dé­ve­loppent par ailleurs un sys­tème de dis­tri­bu­tion de l’heure ba­sé sur le prin­cipe d’une hor­loge mère (ou ré­gu­la­trice, ou émet­trice) fonc­tion­nant avec un ba­lan­cier à im­pul­sions élec­tro­ma­gné­tiques, ca­pables de pi­lo­ter tout un ré­seau d’hor­loges filles (ou se­con­daires, ou ré­cep­trices).

La fa­bri­ca­tion de l’hor­loge par­lante en 1933

La grande pré­ci­sion et la ré­gu­la­ri­té par­faite de ce sys­tème as­sure le dé­ve­lop­pe­ment et la pros­pé­ri­té de l’en­tre­prise pen­dant un de­mi­siècle. La So­cié­té na­tio­nale des che­mins de fer (SNCF), les Postes, té­lé­graphes et té­lé­phones (PTT), des in­dus­triels comme Mi­che­lin, Ca­si­no ou Peu­geot vont de­ve­nir clients d’une so­cié­té qui, dans les an­nées 60, « contrôle 80 % du mar­ché fran­çais de l’hor­lo­ge­rie in­dus­trielle et em­ploie près de 300 per­sonnes sur ses deux sites de Montbrison et Le­val­lois­Per­ret », pré­cise l’un des pan­neaux d’ex­po­si­tion.

Brillié s’était im­plan­tée dans le Forez aux pré­mices du pre­mier conflit mon­dial. Le site mont­bri­son­nais a connu son heure de gloire après la Se­conde Guerre mon­diale, entre 1950 et 1970, alors qu’il em­ployait une cin­quan­taine de sa­la­riés.

En 1933, les Ate­liers Brillié frères (qui ont per­du Charles Vi­greux, dé­cé­dé en 1908, et ont ac­cueilli Hen­ri, l’un des frères de Lu­cien dis­pa­ru lui en 1911), s’étaient fait une ré­pu­ta­tion en créant la pre­mière hor­loge par­lante op­tique de l’Ob­ser­va­toire de Pa­ris, sur une idée du di­rec­teur de l’époque, Er­nest Es­clan­gon. Elle est en­core en ser­vice en France en com­po­sant le 36.99.

La pre­mière hor­loge par­lante ma­gné­tique, elle, a équi­pé les bases mi­li­taires fran­çaises et de nom­breux cen­traux té­lé­pho­niques dans le monde en­tier. Leurs créa­tions ont four­ni la plu­part des grandes ad­mi­nis­tra­tions, les ports, les écoles, les églises… D’où les nom­breuses hor­loges en­core vi­sibles dans plu­sieurs lieux pu­blics de l’Hexa­gone.

Les Ate­liers Brillié ont comp­té près de 300 sa­la­riés avant que n’ap­pa­raissent les pre­mières dif­ fi­cul­tés en 1974. La conjonc­ture éco­no­mique et l’ap­pa­ri­tion de l’élec­tro­nique dans l’hor­lo­ge­rie ont pous­sé l’en­tre­prise jus­qu’au re­dres­se­ment ju­di­ciaire. Elle a fi­ni par se scin­der en deux en­ti­tés en 1981 : la SA Brillié sys­tèmes à Le­val­lois qui a dis­pa­ru en 1987 et la So­cié­té co­opé­ra­tive de pro­duc­tion (Scop) Brillié à Montbrison, re­prise en 1996 par la so­cié­té isé­roise Gor­gy ti­ming. Le groupe sco­laire inau­gu­ré à la der­nière ren­trée, sur le site de l’an­cienne usine, per­pé­tue un nom qui fut connu dans le monde en­tier.

Brillié s’était im­plan­tée dans le Forez aux pré­mices du pre­mier conflit mon­dial

Des traces vi­sibles un peu par­tout dans le Forez

Sa­chez en­fin que les fa­meuses et ré­pu­tées hor­loges Brillié sont éga­le­ment vi­sibles à plu­sieurs en­droits dans la sous­pré­fec­ture de la Loire (sur la fa­çade de l’Hô­tel­de­Ville, place Gre­nette, au fron­ton du pa­lais de jus­tice, place Eu­gène­Baune, près du Pont Saint­Jean, au col­lège Vic­tor­de­La­prade ou en­core rue de la Ré­pu­blique…), dans l’an­cienne gare de Champ­dieu, à la mai­son de re­traite de Saint­JusSaint­Ram­bert…

Sa­chez éga­le­ment que c’est aus­si à Brillié que nous de­vons l’in­ven­tion des sys­tèmes de contrôle et de ges­tion des par­kings pu­blics et pri­vés, de pro­tec­tion contre le vol et l’in­tru­sion, d’ex­tinc­tion de l’éclai­rage pu­blic et… les ho­ro­da­teurs qui équipent nos rues.

PA­TRI­MOINE. Une nou­velle hor­loge Brillié a ré­cem­ment été ins­tal­lée dans les lo­caux de l’Hô­tel-de-Ville de Montbrison.

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