« Un dos­sier dif­fi­cile et sur­tout tra­gique »

Le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique a re­quis une amende de 200.000 € à l’en­contre de Feurs­mé­tal et Val­di

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Faits Divers - Justice - Jean-Fran­çois Ver­net jean-fran­cois.ver­net@cen­tre­france.com

Le pro­cès a du­ré près de neuf heures, lun­di 26 sep­tembre, au tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Saint-Étienne. Une longue au­dience au terme de la­quelle le pro­cu­reur An­dré Merle a re­quis une amende de 200.000 € à l’en­contre de Feurs­mé­tal et Val­di, mises en cause dans l’ex­plo­sion tra­gique du 25 juin 2011 qui a coû­té la vie à Jacques Tis­sot et Da­mien Ja­mot.

Cinq ans et trois mois. Les fa­milles de Jacques Tis­sot et Da­mien Ja­mot, tra­gi­que­ment dis­pa­rus dans l’ex­plo­sion du 25 juin 2011 dans les lo­caux de Val­di loués par Feurs­mé­tal, ont long­temps at­ten­du cette au­dience au pé­nal, de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel.

« C’est un dos­sier dif­fi­cile, com­pli­qué mais sur­tout tra­gique, qui a de­man­dé des an­nées d’ins­truc­tion », a com­men­té le pré­sident du tri­bu­nal, Ro­land Cuer. Deux ex­per­tises suc­ces­sives ont été né­ces­saires pour connaître les causes exactes de ce dra­ma­tique ac­ci­dent et les res­pon­sa­bi­li­tés de Feurs­mé­tal et Val­di, qui se re­jettent la faute de­puis cinq ans.

« Les pho­tos sont vrai­ment im­pres­sion­nantes. Le toit, si­tué à plus de 20 mètres de haut, a été souf­flé, dé­vas­té. La puis­sance est telle que des mor­ceaux de mé­tal ont été re­trou­vés à plus de 100 mètres du site », a com­men­té le pré­sident Ro­land Cuer. Comment ce­la est­il ar­ri­vé ? Une ex­per­tise évoque l’écla­te­ment d’un tuyau consé­cu­tif à une cor­ro­sion da­tant de plu­sieurs an­nées. « L’ac­ci­dent était évi­table par des contrôles ré­gu­ liers. Il y a un dé­faut d’en­tre­tien et de sur­veillance », af­firment les deux ex­per­tises.

Les deux per­sonnes mo­rales ac­cu­sées pou­vaient en­ta­mer la « par­tie de ping­pong », comme l’a dé­crit le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique, An­dré Merle, pour ten­ter de re­je­ter la faute sur l’autre. « L’en­tre­tien était à la charge de l’ex­ploi­tant, donc de Val­di », a lan­cé le re­pré­sen­ tant de Feurs­mé­tal. « En tant que lo­ca­taire, nous n’uti­li­sions que deux pi­quages. La so­cié­té Val­di consi­dère qu’elle n’a la maî­trise du fluide que s’il y a une vanne. Ce n’était pas de notre res­sort. Face à une fuite d’eau, il au­rait fal­lu cou­per l’eau… »

« Des ar­gu­ments Ponce Pi­late »

Se­lon les ex­perts, la cor­ro­sion des ca­na­li­sa­tions est évi­dente. « Le pi­quage, contre le mur est res­té entre les mains de l’ex­pert. C’était pour­ri », s’agace le pro­cu­reur. Les ex­perts confirment le manque d’en­tre­tien et d’in­ves­tis­se­ment dans les ins­tal­la­tions. Un point que sou­lève le syn­di­cat CGT qui s’est por­té par­tie ci­vile dans cette af­faire de­puis de nom­breuses an­nées, et qui a été confir­mé par le CHSCT. L’ab­sence ou l’ob­so­les­cence de do­cu­ment unique d’éva­lua­tion des risques pro­fes­sion­nels, pour­tant obli­ga­toire, a éga­le­ment été poin­tée du doigt par le tri­bu­nal.

Il a fi­na­le­ment fal­lu at­tendre le té­moi­gnage de Ma­rie­An­drée De­nis, com­pagne de Jacques Tis­sot, pour que l’as­pect hu­main soit abor­dé : « Je ne sou­haite à per­sonne d’an­non­cer à deux en­fants la mort de leur père. Ces ac­ci­dents au­raient pu et dû être évi­tés. Quand à vos ap­pels de dé­ci­sions ju­di­ciaires, c’est juste odieux, usant, violent et in­hu­main », a­t­elle lâ­ché à l’en­contre des re­pré­sen­tants des en­tre­prises. Dans son ré­qui­si­toire, le pro­cu­reur a qua­li­fié les ar­gu­ments de la dé­fense de « Ponce Pi­late. C’est un peu scan­da­leux comme at­ti­tude. Cette ins­tal­la­tion a 40 ans. Per­sonne ne se pose la ques­tion, ni le pro­prié­taire du site, ni l’uti­li­sa­teur, de sa­voir s’il va fal­loir faire un in­ves­tis­se­ment ? Quand vous voyez l’état de cor­ro­sion et de rouille dans le­quel c’est… Il fal­lait faire quelque chose mais des an­nées avant cet ac­ci­dent. J’in­cri­mine les deux en­tre­prises et consi­dère les deux per­sonnes mo­rales cou­pables des faits re­pro­chés. Je de­mande une amende de 200.000 €. » Les avo­cats de Feurs­mé­tal et Val­di ont cha­cun plai­dé pour la re­laxe.

L’af­faire a été mise en dé­li­bé­ré au jeu­di 24 no­vembre à 13 h 30.

Un ac­ci­dent évi­table se­lon les ex­per­tises

LON­GUEUR. Les fa­milles et an­ciens col­lègues de tra­vail de Jacques Tis­sot et Da­mien Ja­mot, tra­gi­que­ment dis­pa­rus dans une ex­plo­sion, at­ten­daient ce pro­cès de­puis plus de cinq ans.

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