Paul Du­champt, une vie consa­crée au dé­ve­lop­pe­ment de la fourme

Il est à la tête du Syn­di­cat de la fourme de Mont­bri­son de­puis sa créa­tion, le 15 dé­cembre 1988

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Jean-Fran­çois Ver­net jean-fran­cois.ver­net@cen­tre­france.com

Paul Du­champt a tou­jours dé­fen­du le fro­mage li­gé­rien la­bel­li­sé AOP de­puis 2009. L’agri­cul­teur, ins­tal­lé à Saint-Just-en-Bas, est à l’ori­gine de la créa­tion du Co­mi­té de dé­fense de la fourme de Mont­bri­son en 1988, de­ve­nu de­puis syn­di­cat. Un en­ga­ge­ment to­tal qui té­moigne de sa convic­tion que la fourme re­pré­sente une image de marque pour le ter­ri­toire.

Mont­bri­son se pré­pare à ac­cueillir quelque 50.000 per­sonnes, du ven­dre­di 30 sep­tembre au di­manche 2 oc­tobre, à l’oc­ca­sion des 54e Jour­nées de la fourme et des Côtes­du­Fo­rez (lire en pages 4 et 5 ain­si que le ca­hier cen­tral), qui mettent à l’hon­neur les deux pro­duits AOP (Ap­pel­la­tion d’ori­gine pro­té­gée) du ter­ri­toire. « On est sû­re­ment la ville qui or­ga­nise la plus grosse ma­ni­fes­ta­tion au­tour d’un fro­mage en France », lance Paul Du­champt. Une fier­té pour cet agri­cul­teur de Saint­Just­en­Bas, connu dans le Fo­rez pour son rôle de pré­sident du Syn­di­cat de la Fourme de Mont­bri­son.

Des res­pon­sa­bi­li­tés qu’il a en­rô­lées en 1988, pous­sé à l’époque par Bar­thé­lé­my Mou­lin, conseiller gé­né­ral dans le can­ton de Saint­Bon­net­le­Cour­reau, qu’il qua­li­fie au­jourd’hui comme son « père conseil. Il m’a ou­vert beau­coup de portes. J’ai une grande re­con­nais­sance à son égard. » Le syn­di­cat s’est d’abord ap­pe­lé Co­mi­té de dé­fense de la fourme de Mont­bri­son. La vo­lon­té af­fi­chée était de pro­mou­voir le fro­mage fo­ré­zien, tout en se dé­ta­chant de l’en­com­brante voi­sine qu’était dé­jà la fourme d’Am­bert. En 1972, les deux fro­mages étaient re­con­nus sous une seule et même ap­pel­la­tion d’ori­gine contrô­lée (AOC). Ce n’est que le 22 fé­vrier 2002, à force de per­sé­vé­rance et de té­na­ci­té que le fa­meux fro­mage li­gé­rien a ob­te­nu sa propre AOC, de­ve­nue AOP en mai 2009, comme seule­ment qua­rante­quatre autres fro­mages fran­çais.

Homme dis­cret et mo­deste, Paul Du­champt ne cla­me­ra ja­mais que cette la­bel­li­sa­tion est en grande par­tie le fruit de son tra­vail et de son ab­né­ga­tion. Au­ré­lie Pas­sel, ani­ma­trice au Syn­di­cat de la fourme, le cô­toie très ré­gu­liè­re­ment de­puis onze ans. Pour elle, cet agri­cul­teur de 63 ans est « un homme in­tègre. Il fait tout au sein du syn­di­cat et ça ne lui rap­porte rien. Il consacre énor­mé­ment de temps pour les autres, sans ja­mais se mettre en avant. La fourme de Mont­bri­son, c’est un peu comme son en­fant, lui qui n’a ja­mais été ma­rié », pour­sui­telle.

Le par­cours me­nant jus­qu’à cette la­bel­li­sa­tion n’a pour­tant pas été un long fleuve tran­quille. Sans en­trer dans les dé­tails, Paul Du­champt avoue avoir vé­cu « des mo­ments dif­fi­ciles. J’ai su­bi des at­taques per­son­nelles qui sont al­lées très loin. Heu­reu­se­ment, j’ai été sou­te­nu par des per­sonnes de va­leur dans ces mo­ments­là. Ma té­na­ci­té et ma ré­serve m’ont per­mis de pas­ser ces caps. Dans l’in­té­rêt de la fourme. Mais je ne re­grette rien. C’est une image de marque im­por­tante pour le ter­ri­toire. Si on n’avait pas ob­te­nu le dé­cret en 2002, je me de­mande si la fourme de Mont­bri­son exis­te­rait en­core », as­sure­t­il. La fer­me­ture de Fo­rez Fourme, dé­but 2012 et l’in­cer­ti­tude en­gen­drée au­tour de l’ave­nir de la pro­duc­tion dans les Monts du Fo­rez, fait as­su­ré­ment par­tie de ces pé­riodes éprou­vantes. Pour Au­ré­lie Pas­sel, Paul Du­champt « ar­rive tou­jours à trou­ver les mots justes pour cal­mer les si­tua­tions, mettre les ani­mo­si­tés de cô­té et avan­cer dans l’in­té­rêt com­mun. »

Jean-Yves Bon­ne­foy : « Paul est un pas­sion­né »

C’est sans doute pour ses qua­li­tés fé­dé­ra­trices que Paul Du­champt a tou­jours oc­cu­pé des postes à res­pon­sa­bi­li­tés. Lui qui a re­pris la ferme fa­mi­liale en 1981, lorsque sa mère, veuve, est par­tie en re­traite, a été pré­sident du syn­di­cat agri­cole de sa com­mune pen­dant quinze ans, pré­sident des jeunes agri­cul­teurs du can­ton de Saint­Georges­en­Cou­zan, ad­mi­nis­tra­teur à la FDSEA, à la chambre d’agri­cul­ture ou en­core au contrôle lai­tier de la Loire. Il est éga­le­ment élu à Saint­Just­en­Bas de­puis 2001, d’abord en qua­li­té de troi­sième ad­joint du­rant deux man­dats, puis comme pre­mier ad­joint de­puis 2014.

Des res­pon­sa­bi­li­tés qui viennent rem­plir un em­ploi du temps dé­jà bien char­gé, avec une ex­ploi­ta­tion com­po­sée d’une ving­taine de vaches lai­tières et au­tant de gé­nisses, qu’il a tou­jours gé­rée « en bon père de fa­mille », se­lon ses termes. Le syn­di­cat peut heu­reu­se­ment comp­ter sur l’im­pli­ca­tion des Com­pa­gnons de la fourme, vé­ri­tables am­bas­sa­deurs du fro­mage lo­cal. « C’est une équipe re­mar­quable. Sans eux, on ne pour­rait pas réa­li­ser toutes les ac­tions que nous me­nons un peu par­tout en France. »

Pour Jean­Yves Bon­ne­foy, Grand maître des Com­pa­gnons et conseiller dé­par­te­men­tal, la dé­marche vo­lon­taire de la com­pai­rie est lo­gique. « On les voit ra­mer toute l’an­née, se battre pour dé­fendre la fourme. J’ap­pré­cie beau­coup Paul, que j’ai ren­con­tré en 1995, lorsque j’étais pré­sident du co­mi­té des fêtes de Mont­bri­son. C’est un pas­sion­né, un vo­lon­taire. Il vou­lait im­pli­quer da­van­tage le monde agri­cole dans les Jour­nées de la fourme. On a alors ima­gi­né en­semble l’ins­tal­la­tion d’une jas­se­rie en coeur de ville », se re­mé­more­t­il.

À l’aube des 54e Jour­nées de la Fourme, les vaches se­ront de re­tour en centre­ville de la sous­pré­fec­ture après plu­sieurs an­nées d’ab­sence. Les pro­duc­teurs de lait des Monts du Fo­rez jouent le jeu pour pro­mou­voir la fourme de Mont­bri­son qui, cette an­née en­core, de­vrait battre des re­cords. « En 2015, nous avions ven­du 542 tonnes. Au terme des deux pre­miers se­mestres, nous avons dé­jà ven­du 10 tonnes de plus par rap­port à l’an pas­sé, à la même époque », se ré­jouit Paul Du­champt. Une dy­na­mique éco­no­mique po­si­tive, qui prouve, si be­soin en est, que le fa­meux fro­mage à pâte per­sillée est loin de s’en­croû­ter.

« La fourme de Mont­bri­son, c’est un peu comme son en­fant »

CONVAIN­CU. Lui-même pro­duc­teur de lait à Saint-Just-en-Bas, Paul Du­champt est conscient de l’in­té­rêt éco­no­mique de la fourme de Mont­bri­son pour le ter­ri­toire fo­ré­zien.

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