Il en­traîne les cracks dans le Fo­rez

Les pro­té­gés de Jean­Pierre Gau­vin se dis­tinguent dans les plus grandes courses

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Vie Départementale - Laetitia Co­hen­det laetitia.co­hen­det@cen­tre­france.com

En­traî­neur au ga­lop, Jean­Pierre Gau­vin a re­pris, voi­ci vingt ans, les écu­ries Be­del à Saint-Cyr-lesVignes. Saô­nois, le « che­val du bou­lan­ger », l’a fait connaître au monde en­tier en 2012. Avec Sil­jan’s Sa­ga, il tient plus pro­met­teur en­core.

U n charme semble opé­rer en sor­tie de Saint­Cyrles­Vignes. Les bogues de mar­rons craquent sous la se­melle. La lu­mière do­rée de l’au­tomne baigne d’im­menses prés clô­tu­rés. Le ha­ras, en ce lun­di soir, bruisse d’une faible ac­ti­vi­té : Sil­jan’s Sa­ga, robe sombre et re­gard fier, ter­mine sa pro­me­nade cré­pus­cu­laire. Au bout de la longe, Jean­Pierre Gau­vin, lu­nettes rondes, sil­houette étique. Par deux fois le por­table à l’oreille, il re­çoit les fé­li­ci­ta­tions d’an­ciens jo­ckeys pas­sés pro­prié­taires.

La ju­ment, dont le pas dé­crit un vaste cercle, est in­dif­fé­rente. Elle a pour­tant réa­li­sé di­manche l’une des plus belles perf’ de sa vie à Chan­tilly dans le prix de l’Arc de Triomphe, ter­mi­nant qua­trième der­rière les pur­sang ir­lan­dais du conglo­mé­rat Cool­more (lire ci­des­sus). Ines­pé­ré pour un pe­tit che­val fo­ré­zien. Du ja­mais vu… ou presque. Sou­ve­nez­vous, il y a quatre ans, l’en­traî­neur, déjà, avait ac­com­pli l’im­pen­sable avec Saô­nois, vain­queur dans le prix du Jo­ckey­Club. La grâce au­rai­telle tou­ché l’écu­rie du doigt ? Non. Les per­for­mances li­gé­riennes ne doivent rien au ha­sard. « Nous avons amé­lio­ré nos mé­thodes, confie Jean­Pierre Gau­vin. Lorsque j’ai re­pris l’écu­rie, en 1993, j’étais dans une course à la sur­vie. Il fal­lait op­ti­mi­ser la struc­ture en mé­ca­ni­sant le tra­vail pour main­te­nir le ba­teau à flots. Et puis nous avons pris un tour­nant il y a quatre ou cinq ans. Je suis re­ve­nu aux bases en pri­vi­lé­giant le temps pas­sé à la piste, les longues ba­lades dans les bois. Un crack peut n’être qu’un bon che­val s’il n’est pas exer­cé au meilleur ni­veau ».

Six frac­tures du bas­sin

Tous les ma­tins, il est en selle, trop avide de sen­sa­tions pour se ré­soudre au sta­tut d’ob­ser­va­teur dé­ta­ché, à pied. Ques­tion de par­cours. Is­su d’une fa­mille de trot­teurs fo­ré­ziens, Jean­Pierre Gau­vin a noué très tôt des liens avec les équi­dés. « J’ai quit­té la Loire pour la Nor­man­die à 14 ans pour in­té­grer une école spé­cia­li­sée dans le trot. Mais à 15 ans, ma pe­tite taille m’a conduit à un es­sai au ga­lop, ici­même, dans ces écu­ries qui ap­par­te­naient au­tre­fois à la fa­mille Be­del ». Il em­brasse alors une car­rière de jo­ckey.

Em­ployé à Saint­Cyr­les­Vignes, il ra­chète un ca­nas­son vic­time d’une ten­di­nite à son men­tor, le « ré­pare » et le dé­crasse sur son temps libre. « J’avais fait prendre à mon père un per­mis d’en­traî­ner pour qu’on puisse le sor­tir en com­pé­ti­tion », sou­ri­til. Man Hood, le pre­mier de ses che­vaux de coeur, rem­porte un quar­té au mee­ting de Vi­chy à 100 contre 1. Une date in­ou­bliable, en­ta­chée, quelques jours plus tard, d’une grosse chute cau­sée par une ju­ment folle. Six frac­tures du bas­sin l’amènent à re­con­si­dé­rer son par­cours pro­fes­sion­nel. Il glisse vers le mé­tier d’en­traî­neur pu­blic, s’ins­talle à Mar­seille avant de ra­che­ter Saint­Cyr­les­Vignes.

L’écu­rie, en vingt ans, a tri­plé le nombre de ses pen­sion­naires. Soixante mon­tures ont leur nom gra­vé dans le bois blanc des boxes et leur pad­dock at­ti­tré. Un luxe re­fu­sé à de nom­breux cracks. Un fac­teur de réus­site, se­lon Jean­Pierre Gau­vin. « Sil­jan’s Sa­ga a son pré bien à elle. Elle bé­né­fi­cie ain­si d’un bon re­pos hi­ver­nal. Sa lon­gé­vi­té en dé­coule pro­ba­ble­ment ». Une autre marque de fa­brique lo­cale. « La car­rière d’un pur­sang est éphé­mère. Quand il signe une grande perf’ à trois ans, sa va­leur est éta­blie et il est envoyé au ha­ras pour la re­pro­duc­tion. Ici, les che­vaux dé­marrent dou­ce­ment. On les fait bien vieillir ». La star li­gé­rienne, doyenne des par­tants di­manche, en est la par­faite illus­tra­tion, elle qui a te­nu tête aux plus jeunes mal­gré ses six an­nées alors que Willy Well, autre chou­chou mai­son, s’était im­po­sé, avant elle, dans un quin­té à l’âge de dix ans.

Dra­pée sous une cou­ver­ture, la cham­pionne ren­trée dans son box sa­lue ses voi­sins de moindre en­ver­gure (Jean­Pierre Gau­vin reste at­ta­ché aux pe­tits pro­prié­taires) mais aus­si la re­lève pro­met­teuse. L’écu­rie fo­ré­zienne, la seule spé­cia­li­sée dans le ga­lop au ni­veau ré­gio­nal et sans égal sur le plan na­tio­nal, hé­berge déjà la pro­gé­ni­ture de Willy Well et s’ap­prête à re­cueillir celle de Saô­nois.

Le soir tombe sur les ma­gni­fiques bâ­ti­ments da­tés de 1928, comme sor­tis d’un film de Ga­ry Ross. Quelques­uns des vingt sa­la­riés ré­sident ici. Jean­Pierre Gau­vin, lui, en­fourche son vé­lo. Il se­ra de re­tour à l’aube pour flat­ter l’en­co­lure de ses meilleurs pou­lains. La vic­toire s’ob­tient à force d’ab­né­ga­tion et de pas­sion.

Un re­tour ga­gnant aux prin­cipes fon­da­men­taux « Ici, les che­vaux dé­marrent dou­ce­ment »

TAN­DEM. Jean-Pierre Gau­vin aux cô­tés de Sil­jan’s Sa­ga au ha­ras de Saint-Cyr-les-Vignes.

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