Guillaume Paire donne de la voix

Chan­teur lyrique, le Roan­nais joue des rôles de ba­ry­ton sur les scènes na­tio­nales et in­ter­na­tio­nales

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Le Portrait - Char­lène Tré­fond char­lene.tre­fond@cen­tre­france.com

S’il joue les grands rôles de l’opé­ra sur les plus belles scènes de France et au-de­là, Guillaume Paire s’at­tache aus­si à dif­fu­ser le ré­per­toire de l’art lyrique au­près d’un pu­blic aver­ti ou no­vice en la ma­tière.

«Va au bout de ta pas­sion et si tu as l’oc­ca­sion de faire un bou­lot qui te plaît, ne te pose pas de ques­tions, fais­le. »

Si Guillaume Paire mène au­jourd’hui une brillante car­rière de chan­teur lyrique ­ pro­me­nant sa voix de ba­ry­ton d’opé­ra en opé­ra ­ il le doit à ses pa­rents qui n’ont ces­sé de le sou­te­nir et de l’in­ci­ter à « suivre [ses] rêves ». Chez les Paire, fa­mille « plu­tôt mo­deste » où le père de­vait tra­vailler dur et em­bau­cher à l’aube pour ga­gner son pain, on n’était pas de ceux qui re­non­çaient. « Grâce à mes pa­rents, j’ai com­pris que si on était sou­te­nu, il était pos­sible de se battre contre le dé­ter­mi­nisme. Que les bar­rières n’exis­taient pas tant qu’on se don­nait la peine. Alors j’ai eu la niaque. »

« Il fal­lait quand même que j’ap­prenne à chan­ter »

La toute pre­mière fois qu’il monte sur les planches, Guillaume Paire n’est qu’un môme. À l’époque, son père est chan­teur ama­teur au sein d’une troupe lo­cale. « J’ado­rais le suivre dans ses ra­dio­cro­chets. » Ce que le « ti­mide » Guillaume pré­di­lec­tionne tout par­ti­cu­liè­re­ment, c’est cet ins­tant où, une fois le ri­deau tom­bé, il peut à son tour, « comme un vrai chan­teur », se his­ser sur scène. C’était il y a plus de vingt ans mais l’émo­tion est en­core per­sis­tante. « C’était as­sez in­ex­pli­cable, comme une li­bé­ra­tion », se sou­vient le ba­ry­ton. Fi­na­le­ment, c’est grâce à mon père que j’ai mis le pied dans la mu­sique. »

C’est en classe de sixième, dans les rangs de « l’école de la Ré­pu­blique », que Guillaume Paire dé­couvre le ré­per­toire de l’opé­ra. Élève au col­lège Jean­de­La­Fon­taine à Roanne, il par­ti­cipe à un ate­lier de pra­tique ar­tis­tique et dé­croche le pre­mier rôle dans

Martin Sque­lette. « C’était as­sez fou, sou­rit le chan­teur. Je n’avais au­cune connais­sance et je me re­trou­vais à chan­ter au théâtre mu­ni­ci­pal de Roanne. » Cette pre­mière ex­pé­rience le mo­tive à pour­suivre et ex­plo­rer le chant. Ado­les­cent, il re­joint alors di­verses troupes lo­cales : la re­vue ap­chon­naise, l’Ami­cale laïque de Roanne puis le groupe Equi­nox qu’il crée avec des co­pains qui, comme lui, ont un goût pro­non­cé pour la mu­sique. « Et un beau jour, je me suis dit qu’il fal­lait quand même que j’ap­prenne à chan­ter. » Fé­ru et opi­niâtre, Guillaume Paire fait sa classe de pre­mière au ly­cée Ho­no­ré­Ur­fé à Saint­Étienne où il suit l’op­tion mu­sique et dé­croche le concours d’en­trée au conser­va­toire. « La jour­née j’étais en cours, le soir au conser­va­toire, ex­plique le chan­teur lyrique. C’était un rythme éprou­vant mais for­ma­teur pour la suite. »

Le jeune homme ­ qui n’a ja­mais pris un seul cours de sol­fège et de chant ­ fait alors « la pre­mière grande ren­contre de sa vie », celle de Toni Ra­mon, à l’époque di­rec­teur de Ra­dio France et pro­fes­seur au conser­va­toire de Saint­Étienne. « Le plus grand ser­vice qu’il m’ait ren­du, au­de­là de m’ap­prendre ce qu’était un mu­si­cien, c’est d’avoir re­fu­sé de me don­ner mon di­plôme de troi­sième cycle », confie le ba­ry­ton.

Parce qu’il as­pire à « exer­cer sa ré­flexion en tant qu’homme, ci­toyen et ar­tiste », Guillaume Paire, tout en per­sé­vé­rant dans le chant, en­tame des études de phi­lo­so­phie à Lyon. « J’avais be­soin qu’on me guide et qu’on m’ai­guille. La phi­lo m’a ai­dé à trou­ver ma place dans la so­cié­té. » Ces an­nées à la fac sont aus­si l’oc­ca­sion pour lui d’être un étu­diant en­ga­gé. Pen­dant près d’un an, il tient avec sé­rieux et dé­voue­ment son rôle de président à l’Union na­tio­nale des étu­diants de France (Unef ).

For­mé à Genève et à Ve­nise

Une fois cette pa­ren­thèse phi­lo­so­phique re­fer­mée, Guillaume Paire fait son en­trée à la Haute École de mu­sique de Genève dans la classe de Gilles Ca­che­maille qui a la même exi­gence avec ses élèves qu’avec des ar­tistes pro­fes­sion­nels. « Je ve­nais du monde des Bi­sou­nours, sou­rit le Roan­nais. Quand il m’a an­non­cé qu’il fal­lait tout re­prendre à zé­ro, j’ai pris une grosse claque. » Pour la pre­mière fois, le chan­teur s’in­ter­roge : « Est­ce que je veux vrai­ment faire ce mé­tier ? ».

Guillaume Paire re­pense alors à tous les ef­forts et sa­cri­fices ef­fec­tués pour en ar­ri­ver là. « La pas­sion », et « un peu de fier­té » aus­si le font s’obs­ti­ner à chan­ter. « Je me suis dit que je ne pou­vais pas lâ­cher main­te­nant. Que c’était trop bête de tout aban­don­ner si près du but. » Pa­ral­lè­le­ment aux cours du conser­va­toire, le chan­teur se per­fec­tionne alors au­près de Sher­man Lowe à Ve­nise et, « pour ga­gner un peu de sous », tra­vaille dans le Choeur de l’opé­ra de Genève. « J’ai cô­toyé de grands ar­tistes que j’ai pris le temps d’ob­ser­ver, note le chan­teur. C’est aus­si comme ça que j’ai ap­pris mon mé­tier. En re­gar­dant ceux qui sont pas­sés avant moi. »

Guillaume Paire fait « l’ap­pren­tis­sage de la vie » lors­qu’il re­joint la troupe de l’opé­ra de Rouen de 2010 à 2012. Le Roan­nais qui jouait le pre­mier rôle de Martin

Sque­lette vingt ans au­pa­ra­vant sur la scène du théâtre mu­ni­ci­pal, in­ter­prète dé­sor­mais le rôle de ba­ry­ton de Pa­pa­ge­no dans

Die Zau­ber­flöte, le Maire dans Je­nu­fa, l’Im­pre­sa­rio dans Vi­va la

Mam­ma ain­si que le Ba­ron Dou­phol dans La Tra­via­ta à l’Opé­ra royal de Ver­sailles. « Un spec­tacle se ter­mi­nait, on en com­men­çait déjà un autre. C’était une ex­pé­rience ma­gique à vivre. Une chance in­croyable. »

Après avoir in­ter­pré­té di­vers rôles au Théâtre de la Mon­naie de Bruxelles et à l’opé­ra de Lau­sanne, le Roan­nais re­vient à la source en 2015. « J’avais be­soin de re­trou­ver mes ra­cines », confie­t­il. En­tou­ré d’ar­tistes avec qui il a tra­vaillé sur di­vers pro­jets ar­tis­tiques, il dé­cide de créer

l’as­so­cia­tion Les va­rié­tés ly­riques à Roanne, là où tout a com­men­cé. « J’avais en­vie de trans­mettre à mon tour, confie­t­il. D’ou­vrir la porte de l’opé­ra au grand pu­blic roan­nais dans le seul but de lui prou­ver que cet art­là n’est pas pous­sié­reux et ac­ces­sible à tous. » (lire par ailleurs).

Guillaume Paire a tou­jours cru que lors­qu’il dé­cro­che­rait son tout pre­mier rôle, ce se­rait « la consé­cra­tion », l’ac­com­plis­se­ment d’un rêve de gosse, le cou­ron­ne­ment après de longues an­nées d’études mu­si­cales. « Je me suis trom­pé, ri­gole le chan­teur. Ce pre­mier rôle m’a juste fait prendre conscience qu’un chan­teur lyrique n’en fi­nit ja­mais d’ap­prendre, jus­qu’à son der­nier souffle. »

PHO­TO C. VERDET

DE L’OPÉ­RA AU BASKET. Cette an­née, Guillaume Paire se­ra Ro­bert dans Dé­dé de Ch­ris­ti­né, André dans Gosse de riche au théâtre Tré­vise de Pa­ris et di­ri­ge­ra La Belle-Hé­lène d’Of­fen­bach. Dans son em­ploi du temps char­gé, le chan­teur compte bien trou­ver des cré­neaux pour fou­ler le ter­rain de basket du club de Len­ti­gny où il a ré­cem­ment re­pris une li­cence. « J’es­père aus­si aller voir jouer La Cho­rale, s’en­thou­siasme-t-il. Je suis hy­per heu­reux de l’équipe de cette sai­son. »

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