« J’ai vé­cu douze ans à Sainte­Eu­gé­nie »

« Ma­guy » Ri­gaud et sa fa­mille ont été lo­ca­taires de l’an­cienne au­mô­ne­rie au­jourd’hui ré­ha­bi­li­tée

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Ro­dolphe Mon­ta­gnier ro­dolphe.mon­ta­gnier@cen­tre­france.com

MOINGT.

« Ma­guy » Ri­gaud avait huit ans quand ses pa­rents ont em­mé­na­gé dans l’an­cienne au­mô­ne­rie du Clos Sainte­Eu­gé­nie, alors pro­prié­té de Ma­rie­Thé­rèse Bau­dot.

TÉ­MOI­GNAGE.

La no­na­gé­naire garde un sou­ve­nir in­tact de l’ap­par­te­ment de quatre pièces qui n’avait pas l’eau cou­rante mais jouis­sait de l’élec­tri­ci­té et d’un jar­din.

En­fant puis ado­les­cente, « Ma­guy » Ri­gaud a vé­cu dans l’au­mô­ne­rie du clos Sainte-Eu­gé­nie dans les an­nées 30 et 40. Sa fa­mille louait un ap­par­te­ment de quatre pièces au rez-de-chaus­sée, « sans eau cou­rante mais avec l’élec­tri­ci­té et un grand jar­din » à la pro­prié­taire de l’époque, Ma­rie-Thé­rèse Bau­dot.

Elle vous parle d’un temps que les moins de soixante ans ne peuvent pas connaître et elle n’a rien ou­blié. Le dé­mé­na­ge­ment de Sa­vi­gneux pour Moingt car « c’était de­ve­nu trop pe­tit pour mes pa­rents, mes deux frères, ma soeur et moi », « les quatre pièces de la nou­velle lo­ca­tion au rez­de­chaus­sée », ave­nue Ther­male, « la cui­sine, la chambre pour mon père et ma mère, une pour mes frères et une plus pe­tite au fond, une sorte de dé­bar­ras où je cou­chais avec Marthe, ma soeur. À l’étage du des­sus, il y avait une autre fa­mille, les Clau­zel, puis un grenier en­core au­des­sus. »

La bou­tasse pour l’eau et pour rin­cer le linge

« Ma­guy » Ri­gaud a vé­cu pen­dant douze ans dans l’an­cienne au­mô­ne­rie du Clos Sainte­Eu­gé­nie. Le bâ­ti­ment, ac­co­lé à la cha­pelle éri­gée à la fin du XIIIe siècle ou au dé­but du XIVe et au­jourd’hui ré­ha­bi­li­té, est de­ve­nu un es­pace d’ac­cueil pour un site clas­sé Mo­nu­ment his­to­rique entre 1990 et 1992. « Ma­guy » se sou­vient d’un ap­par­te­ment où « les plan­chers étaient en bois et les murs ta­pis­sés. Il n’y avait pas l’eau cou­rante qu’il fal­lait al­ler cher­cher à la bou­tasse (un pe­tit étang ré­duit au­jourd’hui à sa por­tion congrue, N.D.L.R.), là où ma mère al­lait rin­cer le linge, mais il y avait l’élec­tri­ci­té. D’ailleurs, il y a tou­jours le comp­teur. Il n’a pas bou­gé. »

Comme les Clau­zel, les Du­mas étaient lo­ca­taires de Ma­de­moi­ selle Ma­rie­Thé­rèse Bau­dot. La fille de Mar­gue­rite Sir­van­ton avait hé­ri­té des an­ciens thermes ro­mains qui ont suc­ces­si­ve­ment abri­té un prieu­ré bé­né­dic­tin dé­pen­dant de La Chaise­Dieu, en Haute­Loire, les mo­niales de Sainte­Claire, ain­si qu’une ma­nu­fac­ture de pas­se­men­te­rie avant de de­ve­nir une ha­bi­ta­tion par­ti­cu­lière, trans­for­mée en de­meure bour­geoise par la fa­mille Neuf­bourg­Sir­van­ton dans la se­conde moi­tié du XIXe siècle. « Ma­guy », elle, parle du « châ­teau, de la châ­te­laine, La Bau­dot, de sa fille et du jar­di­nier qui fai­sait aus­si of­fice de chauf­feur ­ il la­vait les voi­tures dans les ga­rages, à cô­té du Rex ci­né­ ma ­ et d’homme à tout faire ».

An­cienne em­ployée chez GéGé

L’an­cienne lo­ca­taire des lieux se sou­vient du grand jar­din qu’en­tre­te­nait son père, de­vant l’ap­par­te­ment. « Il y avait de tout, des pommes de terre, des ca­rottes, des to­mates… », se rap­pelle celle qui n’a pas ou­blié non plus que « les toi­lettes étaient de­hors, tout au bout du parc. Fal­lait pas être pres­sée », s’amuse une femme qui au­ra 92 ans dans quelques mois alors que sa mé­moire semble en avoir cin­quante de moins.

« Le chauf­fage au bois », « l’hu­mi­di­té des pièces », les courses ef­fec­tuées à L’Étoile blanche à Moingt « chez qui on payait au mois », l’im­mense cave et les al­lers et re­tours, à pied, quatre fois par jour pour re­joindre l’école de Sa­vi­gneux, le jour où il a fal­lu lais­ser les lits pour faire dor­mir les sol­dats de l’oc­cu­pant al­le­mand et le Sully, ce fa­meux or­meau qui au­tre­fois trô­nait à l’en­trée de la cha­pelle… les sou­ve­nirs re­viennent vite et dé­filent chez cette no­na­gé­naire qui a vé­cu dans l’an­cienne au­mô­ne­rie de Sain­teEu­gé­nie de 8 à 20 ans.

« Ma­guy » Ri­gaud a six pe­tits­en­fants et trois ar­riè­re­pe­tites­filles

Son père « tra­vaillait chez Gar­nier, le fa­bri­cant de vo­lets, (en­tre­prise de­ve­nue Éta­blis­se­ments Gar­nier dé­cou­page­em­bou­tis­sage, ZI de Vaure, N.D.L.R.) » alors que sa mère « fai­sait quelques mé­nages ». « Ma­guy », elle, a com­men­cé à tra­vailler « dès l’âge de 14 ans, aux pou­pées GéGé. Je sor­tais les pièces des moules. Il n’y avait que ça à l’époque mais heu­reu­se­ment qu’ils étaient là. Nous y avons toutes tra­vaillé. »

« Ma­guy » a en­suite fon­dé son propre foyer dans un pe­tit ap­par­te­ment, rue Ri­voire, à Montbrison. Elle a eu trois en­fants, dont Serge qui se sou­vient lui aus­si quand la fa­mille al­lait « boire le cho­co­lat chez les grands­pa­rents », à Sainte­Eu­gé­nie, il y a un de­mi­siècle.

SOU­VE­NIR. « Ma­guy » Ri­gaud a ha­bi­té au rez-de-chaus­sée de l’an­cienne au­mô­ne­rie du clos Sainte-Eu­gé­nie.

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