Un ta­toueur qui a la vi­tesse dans la peau

Franck Bes­set re­ce­vra en no­vembre, à Di­jon, le tro­phée ATD qui le consa­cre­ra cham­pion de France

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Le Portrait - Ch­ris­tian Ver­det

Le ta­toueur de la rue Bour­gneuf, à Roanne, a plus d’une corde à son arc. En trois ans de pra­tique du dragster, il s’est his­sé au plus haut ni­veau de la dis­ci­pline. Re­gard croi­sé sur les deux vies d’un jeune homme de 41 ans.

Franck Bes­set est un homme de dé­fis. Un ga­min qui s’est for­mé au ta­too, une dis­ci­pline rare à l’époque, avec Alex, son pre­mier pa­tron, qui avait ai­mé ses pein­tures et ses grafs. Alors quand il a re­pris Wes­tern de­si­gn, l’ate­lier de son maître d’ap­pren­tis­sage en juillet 1999, pour en faire Cra­zy gang Tat2 ­ un nom fi­na­le­ment moins connu que son pré­nom. En ef­fet, à Roanne, on va se faire ta­touer « Chez Franck »­, nul doute qu’il élar­gi­rait vite son champ du pos­sible : « J’ai fait pas mal de conven­tions ta­toos en France et en Eu­rope au dé­but. Je suis al­lé en Ita­lie, en Suisse, en Es­pagne. A l’époque, il n’y avait ni Fa­ce­book, ni in­ter­net. Pour se faire connaître, il fal­lait bou­ger ! », se sou­vient­il.

Pa­ral­lè­le­ment, Franck in­vite d’autres ta­toueurs dans sa bou­tique ; lui­même est « guest » (*) chez ses confrères, par­fois. « Je me suis ins­pi­ré de beau­coup de gens. Ain­si, j’ai dé­ve­lop­pé mon style, même si dans mon tra­vail je re­trouve les per­sonnes qui m’ont ai­dé. De la même fa­çon, main­te­nant, je re­con­nais ma patte dans le tra­vail de mes ap­pren­tis. C’est la trans­mis­sion ». Ben et Éme­line, tous deux en for­ma­tion chez le pa­tron de la rue Bour­gneuf de­puis deux ans, ac­quiescent aux pro­pos : « Je les ai­guille (sic) tou­jours un peu, mais ils sont au­to­nomes, ils ta­touent. »

Ce que dé­plore le qua­dra­gé­naire au­jourd’hui, c’est le manque d’éga­li­té dans le mé­tier : « On ne bé­né­fi­cie pas du sta­tut d’ar­tiste, alors for­cé­ment, on est tra­vailleurs in­dé­pen­dants, avec les charges lourdes, comme le RSI, qui vont avec. Alors que d’autres se dé­clarent au­to­en­ tre­pre­neurs, avec moins de frais, ce qui amène à des in­com­pré­hen­sions, no­tam­ment sur les prix qui ne peuvent pas être les mêmes se­lon les sta­tuts et les charges qui en dé­coulent. » Car Franck in­siste sur un point, il est un chef d’en­tre­prise : « Je suis ou­vert du mar­di au sa­me­di, de 9 heures à mi­di et de 14 heures à 19 heures. Bien sou­vent, le soir, je tra­vaille sur les pro­jets des clients et le lun­di est consa­cré à la banque, à la comp­ta­bi­li­té. Ça me fait de bonnes se­maines ! »

Rien d’éton­nant donc, avec un em­ploi du temps aus­si char­gé, que le ta­toueur veuille prendre l’air de temps en temps. Son exu­toire, il l’a trou­vé il y a trois ans, dans la con­cep­tion et la com­pé­ti­tion de dragster.

« Le dragster, je suis ça de­puis mon ado­les­cence. Quand j’étais ga­min, je traî­nais avec « John­ny », du club roan­nais Ser­gent

Pep­pers cus­tom club, qui m’em­me­nait voir les concen­tra­tions de drag­sters. Les hot­weels, ces en­gins mons­trueux, tout mo­teur de­hors, ça me fas­ci­nait. C’était mon rêve amé­ri­cain à moi, et je me suis dit que si un jour j’en avais la pos­si­bi­li­té, je fe­rais du dragster. »

L’ap­pel du rêve amé­ri­cain

Un jour de 2013, le rêve est de­ve­nu réa­li­té. Avec pas mal de ga­lères la pre­mière sai­son, mais « à coeur vaillant rien d’im­pos­sible », dit le vieil adage po­pu­laire. « J’ai com­men­cé à tra­vailler avec Yo­han Teis­seyre, de Saint­An­dré­d’Ap­chon, qui s’est pro­po­sé pour faire ma mé­ca­nique, ra­conte Franck. Après une an­née as­sez chao­tique, on avait mon­té un mo­teur sur ma voi­ture, une Che­vro­let No­va, mais il nous a pé­té à la fi­gure lors d’un es­sai sur la piste de l’aé­ro­drome de Saint­Lé­ger ». Le dé­cou­ra­ge­ment pointe son nez dès la pre­mière sai­son. Heu­reu­se­ment, en 2014, les deux com­pères ren­contrent Cy­ril Per­ret, qui de­vient leur homme pro­vi­den­tiel. Cy­ril fait du dragster de­puis dix ans et il voit bien que les dé­bu­tants sont au plus bas. Lui aus­si a dû pas­ser par là : « Il nous a ap­por­té son ex­pé­rience, se rap­pelle le ta­toueur. Grâce à lui, on a consti­tué un mo­teur com­plet et re­vu le châs­sis. »

Du coup, la deuxième sai­son se passe plu­tôt bien. Franck ter­mine sixième au clas­se­ment ATD. D’autres évo­lu­tions suivent. La Che­vro­let est bi­chon­née du­rant l’hi­ver sui­vant : le chas­sis est en­tiè­re­ment re­fait, les ré­glages af­fi­nés… Le monstre dé­ve­loppe 800 che­vaux sous le ca­pot, pour un poids de 1.034 kg. Le tra­vail est payant. Le 18 sep­tembre der­nier, Franck Bes­set se classe 1 sur 36 concur­rents, du cham­pion­nat de France ATD, avec 261 points et une vi­tesse de 229 km/h en 9 se­condes et 4 dixièmes, et deuxième de la Hill’s race en Ita­lie. Un pal­ma­rès qui ne l’em­pêche pas de nour­rir dé­jà d’autres pro­jets : « Je vou­drais ga­gner du poids sur la voi­ture, lui mettre plus de che­vaux et cou­rir à Ho­cken­heim, la plus grande course d’Eu­rope. » Un homme de dé­fis, dé­fi­ni­ti­ve­ment.

« L’échange fait que tu ap­prends et que tu ar­rives à dé­ve­lop­per ton propre style. »

PHO­TO C. VER­DET

FIER­TÉ. « Au­jourd’hui, cer­taines per­sonnes du mi­lieu qui nous pre­naient pour des to­cards après la pre­mière sai­son viennent nous sa­luer ».

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