Le dis­po­si­tif « Ma com­mune, ma san­té » sé­duit dans le Fo­rez

Avec des ta­rifs « agres­sifs », le dis­po­si­tif « Ma com­mune, ma san­té » convainc com­mune après com­mune

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Ro­dolphe Mon­ta­gnier ro­dolphe.mon­ta­gnier@cen­tre­france.com

Saint-Just-Saint-Ram­bert, Bon­son, Su­ry-le-Com­tal, Sa­vi­gneux et bien­tôt Veau­chette… Plu­sieurs mu­ni­ci­pa­li­tés fo­ré­ziennes sont convain­cues de l’in­té­rêt pour leurs ad­mi­nis­trés d’adhé­rer au dis­po­si­tif « Ma com­mune, ma san­té ». Im­pos­sible tou­te­fois de gé­né­ra­li­ser. Il faut étu­dier au cas par cas.

La salle d’at­tente n’est pas comble mais bien rem­plie. Plus un siège pour s’as­seoir et pa­tien­ter. Voi­là près de deux heures qu’a dé­bu­té la per­ma­nence as­su­rée par « Ma com­mune, ma san­té » dans les lo­caux mis à dis­po­si­tion par la Ville de Sa­vi­gneux et le re­pré­sen­tant du dis­po­si­tif n’a pas eu une mi­nute pour souf­fler. La bat­te­rie de son or­di­na­teur vient même de le lâ­cher alors qu’une dou­zaine de per­sonnes at­tend son tour.

Ac­tiom, as­so­cia­tion fon­dée en 2010

Ces Sa­vi­gno­lais, presque ex­clu­si­ve­ment des re­trai­tés, ont tous « en­ten­du par­ler de cette nou­velle mu­tuelle com­mu­nale qui per­met, pa­raît­il, de faire de belles éco­no­mies ». Comme Éliane, an­cienne em­ployée dans une pe­tite en­tre­prise du Fo­rez, qui a « ame­né tous ses pa­piers pour qu’ils me disent com­bien je peux ga­gner. » Tous viennent pour la même chose : voir les ga­ran­ties et les ta­rifs, ou plu­tôt les ta­rifs et les ga­ran­ties, pro­po­sés par « Ma com­mune, ma san­té ».

Cette « so­lu­tion de san­té mu­tua­li­sée » telle qu’elle se pré­sente est née dès 2010 quand Re­naud Be­re­zows­ki, Thier­ry Cha­ma­ ret et Sté­phane Al­bié ont co­fon­dé l’as­so­cia­tion Ac­tion de mu­tua­li­sa­tions pour le pou­voir d’achat (Ac­tiom), ba­sée à Ville­nave­d’Or­non, en Gi­ronde. Ces cour­tiers spé­cia­li­sés dans la pro­tec­tion so­ciale des sa­la­riés ont lan­cé l’opé­ra­tion « Ma com­mune, ma san­té » avec un ob­jec­tif : pro­po­ser, en par­te­na­riat avec les mai­ries et leur centre com­mu­nal d’ac­tion so­ciale (CCAS), des offres de mu­tuelles aux ad­mi­nis­trés, offres qu’ils ont né­go­ciées avec des mu­tuelles par­te­naires (dont Miel, ba­sée à SaintÉ­tienne) via des contrats de groupes et un prin­cipe : se re­grou­per pour ache­ter au meilleur prix et éco­no­mi­ser. Ta­rifs pré­fé­ren­tiels et/ou meilleures pres­ta­tions, en fonc­tion du contrat, de la tranche d’âge concer­née et de la lo­ca­li­sa­tion de l’as­su­ré, le coût peut al­ler jus­qu’à 30 % moins cher.

Les « dé­lais­sés » de l’ANI

Cette pro­messe a pris un peu plus d’épais­seur quand est en­tré en vi­gueur l’ac­cord na­tio­nal in­ter­pro­fes­sion­nel (ANI), en jan­vier 2016, obli­geant toutes les en­tre­prises à mettre en place une com­plé­men­taire san­té pour tous leurs sa­la­riés. Cette gé­né­ra­li­sa­tion a lais­sé de cô­té un cer­tain nombre de per­sonnes : chô­meurs, jeunes, per­sonnes en CDD, in­té­ri­maires, re­trai­tés, fonc­tion­naires… La dif­fi­cul­té crois­sante de l’ac­cès aux soins de leurs ad­mi­nis­trés pour rai­son fi­nan­cière a fi­ni de convaincre les maires qui se sont pen­chés sur le dos­sier.

Dans la Loire, c’est Roche­la­Mo­lière, en pé­ri­phé­rie de Saint­Étienne, qui a si­gné la pre­mière conven­tion avec Ac­tiom. Bien­tôt sui­vie par SaintJust­Saint­Ram­bert puis Saint­Mar­cel­lin­en­Fo­rez, La Fouillouse, Bon­son, Saint­Cy­prien, Su­ry­leCom­tal…

« Il y a quelques an­nées, c’est l’as­so­cia­tion qui al­lait frap­per aux portes des mu­ni­ci­pa­li­tés pour pré­sen­ter ses offres. Au­jourd’hui, le pro­ces­sus s’est in­ver­sé : les mai­ries nous ap­pellent et nous de­mandent de ve­nir leur ex­pli­quer ce que nous pro­po­sons », af­firme Lu­do­vic La­fon, l’un des ré­fé­rents lo­caux d’Ac­tiom qui oeuvre sur une par­tie de la Loire, gé­né­ra­le­ment des cour­tiers en mu­tuelles in­dé­pen­dants qui sont man­da­tés par l’as­so­cia­tion et qui per­çoivent une contri­bu­tion sur la co­ti­sa­tion an­nuelle des as­su­rés.

Des concur­rents qui re­la­ti­visent la réus­site

« Il faut étu­dier et ana­ly­ser chaque si­tua­tion mais dans six à sept cas sur dix, « Ma com­mune, ma san­té » pro­pose une offre plus in­té­res­sante que les mu­tuelles dites « clas­siques », que ce soit en termes de ta­rifs ou de ga­ran­ties », pour­suit Lu­do­vic La­fon. Voi­là comment en un an, ce dis­po­si­tif a sé­duit une ving­taine de com­munes en Loire sud qui sont ve­nues s’ajou­ter à la ving­taine dé­jà adhé­rente dans la fou­lée de Roche­la­Mo­lière. Et comment, chaque jour, « Ma com­mune, ma san­té » prend des clients à ses concur­rents (Eo­vi, Ma­cif, Mat­mut…) dou­ce­ment mais sû­re­ment.

Des concur­rents qui, tou­te­fois, re­la­ti­visent cette réus­site. Après s’être alar­més sur le « risque de créer des contrats au ra­ bais pour des po­pu­la­tions pré­caires fi­nan­ciè­re­ment », ils ont fait leurs cal­culs. Pour eux, le plus gros écueil est que le dis­po­si­tif ne se­rait « pas viable fi­nan­ciè­re­ment. Le prin­cipe même de la mu­tua­li­sa­tion est re­mis en cause avec des co­ti­sants plu­tôt âgés qui ont sou­vent re­cours à leur mu­tuelle et pour des mon­tants sou­vent éle­vés. » La dif­fi­cile ar­ti­cu­la­tion avec l’aide à la com­plé­men­taire san­té (ACS), ré­ser­vée aux per­sonnes dont les res­sources sont lé­gè­re­ment su­pé­rieures au pla­fond d’at­tri­bu­tion de la cou­ver­ture ma­la­die uni­ver­selle com­plé­men­taire (CMU­C), est aus­si évo­quée.

Le nombre de com­munes adhé­rentes en Loire sud a dou­blé en un an

Veau­chette va bien­tôt dé­li­bé­rer

Des concur­rents qui font aus­si re­mar­quer que « Ma com­mune, ma san­té » n’a convain­cu « que » 1.500 com­munes dans toute la France, « es­sen­tiel­le­ment des pe­tites villes de 3.000 à 12.000 ha­bi­tants où la frange de po­pu­la­tion éli­gible n’est pas tou­jours très im­por­tante ». Mais der­niè­re­ment, c’est tout le Dé­par­te­ment du Loi­ret qui a adhé­ré…

À cha­cun de se faire sa propre opi­nion et ses propres cal­culs en fonc­tion de ses ca­rac­té­ris­tiques de cou­ver­ture so­ciale. Sa­chez sim­ple­ment que pour bé­né­fi­cier du dis­po­si­tif, il faut ha­bi­ter la com­mune (ré­si­dence prin­ci­pale ou se­con­daire) ou être com­mer­çant, ar­ti­san, agri­cul­teur ou pro­fes­sion­nel li­bé­ral ins­tal­lé dans la com­mune ou être em­ployé ter­ri­to­rial ou agent mu­ni­ci­pal au sein de la com­mune. Il faut éga­le­ment être membre d’Ac­tiom (12 € de co­ti­sa­tion an­nuelle). Un ta­ri­fi­ca­teur est en ligne sur le site In­ter­net de l’as­so­cia­tion (http://www.ma­com­mu­ne­ma­sante.org).

Le mois pro­chain, Veau­chette de­vrait, à son tour, re­joindre « Ma com­mune, ma san­té ». À qui le tour en­suite ?

PHO­TO D’IL­LUS­TRA­TION

POUR TOUT SA­VOIR. Des cour­tiers man­da­tés par Ac­tiom pro­posent des réunions d’in­for­ma­tion et des per­ma­nences dans les mai­ries ayant op­té pour le dis­po­si­tif.

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