Ca­ro­li­na Montes sur des rythmes la­ti­nos

La jeune Ca­la­doise a par­ti­ci­pé au lan­ce­ment du phé­no­mène zumba en France et dans le monde

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Le Portrait - Lu­do­vic Daim

La zumba, cet en­traî­ne­ment phy­sique ins­pi­ré des danses la­tines, pra­ti­qué par des mil­liers de per­sonnes dans toutes les salles de fit­ness de l’Hexa­gone, est par­tie de Ville­franche-sur-Saône grâce à la dé­ter­mi­na­tion d’une jeune im­mi­grée pé­ru­vienne.

Pro­pos ryth­més, phrases ca­den­cées, Ca­ro­li­na Montes fait jo­li­ment dan­ser les mots de Mo­lière sur le tem­po chan­tant de son ac­cent la­ti­no. « J’ai ap­pris le fran­çais avec Claire Cha­zal, mon ex­beau­père et le di­co », ex­plique la jeune femme née à Li­ma, au Pé­rou, il y a 36 ans, et ar­ri­vée à Saint­Jean­des­Vignes il y en a 16. « C’était à Noël 2000. Il fai­sait gris. Il pleu­vait. je n’avais ja­mais vu un cli­mat pa­reil. A 9 heures du ma­tin, je me de­man­dais quand le jour al­lait se le­ver. » Grande voya­geuse (Co­lom­bie, Équa­teur, Vé­né­zue­la, Chi­li), Ca­ro­li­na est tom­bée amou­reuse. D’un Fran­çais dé­bar­qué en ba­teau stop via Mar­seille et les An­tilles, ren­con­tré à Cuz­co, cor­dillère des Andes, et qui la ra­mène dans son Beau­jo­lais des Pierres Do­rées. Il n’y a pas que le cli­mat que Ca­ro­li­na, qui a lâ­ché ses études d’ar­chic­tec­ture, trou­ve­ra rude. « Quand je suis al­lée à l’ANPE à Ville­franche, on m’a dit : “vous êtes une femme, vous n’êtes pas blanche, vous n’êtes pas fran­çaise, al­lez tra­vailler dans le bâ­ti­ment”. »

Ca­ro­li­na se­ra cais­sière chez Ca­si­no pen­dant deux ans, de­vien­dra ma­man d’un pe­tit gar­çon en mai 2001, di­vor­ce­ra en 2006. « Mon ex­ma­ri est res­té mon meilleur ami. Quand nous avons di­vor­cé, nous avons fait un mé­choui. Au Pé­rou, on fait la fête pour tout. On danse pour tout. On vit en dan­sant. » Ca­ro­li­na re­fait sa vie avec un Suis­seAl­le­mand dont elle au­ra trois en­fants, un se­cond gar­çon et deux filles. Après ses gros­sesses, elle passe deux mois dans une salle de sport. Même si elle n’a « ja­mais pris un cours de danse », son tem­pé­ra­ment la pousse à pas­ser du rang d’élève à ce­lui d’en­sei­gnante en pleine ex­plo­sion des danses fit­ness. « Je don­nais des cours d’axé, une danse bré­si­lienne que je pra­ti­quais de­puis l’ado­les­cence. La salle à Bel­le­ville était blin­dée. Le res­pon­sable m’a dit : “mais ce que tu fais, c’est de la zumba”. » En 2009, après l’une des pre­mières for­ma­tions dis­pen­sées par une Amé­ri­caine à Pa­ris, elle dé­croche son di­plôme de pro­fes­seure de zumba. Elle fait alors le tour des salles pour pro­po­ser ses ser­vices. « Non, mer­ci on connaît pas » « lais­sez tom­ber, ça va pas mar­cher », s’en­tend­elle ré­pondre. Sauf chez Cap Sport à Ville­franche. « Le pa­tron n’y croyait pas plus que les autres mais il m’a dit ok. » A son pre­mier cours, il n’y a que trois per­sonnes. La brune en juste au corps fluo et sac à dos pose in­las­sa­ble­ment des flyers sur le pare­brise des au­tos. Is­sue d’une fa­mille de mi­li­taires où « le de­voir prime sur le plai­sir », Ca­ro­li­na Montes est « une achar­née », « une tête de mule ». « Rien, ni per­sonne, ne peut me dis­traire de mon but. » L’ami­tié entre sa soeur et Aï­da Touih­ri, la jour­na­liste ori­gi­naire de Ville­franche, qui consa­cre­ra un re­por­tage té­lé­vi­sé au phé­no­mène zumba que Ca­ro­li­na est en train d’im­plan­ter en France, fe­ra le reste.

Le coup de pouce d’Aï­da Touih­ri

« Le ven­dre­di qui a sui­vi la dif­fu­sion du re­por­tage sur M6, j’avais 68 per­sonnes. » Elle lance la zumba dans la Loire à SaintÉ­tienne et An­dré­zieux, est la pre­mière à faire une mas­ter class sur la dis­ci­pline en Es­pagne, à Du­baï, à Abu Dha­bi, en Au­triche, au Da­ne­mark, en Rus­sie. « J’ai aus­si lan­cé la zumba au Pé­rou, j’al­lais ou­blier. Quelle in­grate », ajoute celle dont la de­mi­soeur est l’at­ta­chée de presse du pré­sident pé­ru­vien en exer­cice, Pe­dro Pa­blo Kuc­zyns­ki. Au­jourd’hui ins­tal­lée à son compte au 76, rue La­mar­tine à Ville­franche, dans un lieu, La Fa­bri­ka, qu’elle a fa­çon­né, Ca­ro­li­na Montes compte près de 700 élèves. « Il n’y a pas d’abon­ne­ment. Je ne fonc­tionne pas sur le concept “c’est votre ar­gent qui m’in­té­resse”. Il y a une adhé­sion de 9 € mais elle donne droit à deux cours gra­tuits. Les gens viennent quand ils veu­ lent. » La Fa­bri­ka qui va ac­cueillir comme pro­fes­seur le dan­seur pro­fes­sion­nel pé­ru­vien Car­los Be­ra­men­di doit de­ve­nir un en­droit qui compte dans le Rhône avec l’or­ga­ni­sa­tion d’évé­ne­ments, de soi­rées. Avec tou­jours la danse en vi­bra­to. « Chez moi, c’est l’Amé­rique la­tine. »

« Au Pé­rou, on fait la fête pour tout, on danse pour tout »

PHO­TO LU­DO­VIC DAIM

MAS­TER CLASS. A Ville­franche, Ca­ro­li­na Montes a ac­cueilli en ré­si­dence des stars de la zumba comme Pe­dro Ca­ma­cho, le prof de Beyon­cé.

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