Le bar-épi­ce­rie Donjon a dé­fi­ni­ti­ve­ment fer­mé ses portes

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Pays D'astrée -

Ca­thy et Yves Donjon ont fer­mé leur bar­épi­ce­rie sa­me­di 31 dé­cembre 2016. Pour la pre­mière fois de­puis 32 ans, il n’a pas ou­vert le jour de l’an. C’est une fer­me­ture dé­fi­ni­tive qui marque la fin des com­merces au bourg de L’Hô­pi­tal­sous­Ro­che­fort mais aus­si pour SaintLaurent­Ro­che­fort et Les Dé­bats­Ri­vière­d’Or­pra.

Ca­thy et Yves avaient re­pris la bou­tique le 1er jan­vier 1985, à la suite de Mo­nique Tho­mas qui avait choi­si de quit­ter l’épi­ce­rie pour de­ve­nir pri­meur sur les mar­chés.

Une ome­lette re­nom­mée

Ca­thy et Yves se sont vite in­té­grés au village, tou­jours très im­pli­qués dans la vie de la com­mune. Ils ont d’ailleurs fait construire une mai­son à L’Hô­pi­tal en 1999, après avoir ha­bi­té dans le lo­ge­ment si­tué audessus de l’épi­ce­rie. Avec le sou­tien d’Yves, Ca­thy a fait par­tie de l’équipe li­tur­gique et du Sou des écoles : leurs deux gar­çons étaient ins­crits dans les écoles du RPI (re­grou­pe­ment pé­da­go­gique in­ter­com­mu­nal). Elle a aus­si été conseillère mu­ni­ci­pale pen­dant plus de dix ans et pré­side au­jourd’hui l’as­so­cia­tion Acle­va (Arts, cul­ture et loi­sirs en Val­lée d’An­zon) qu’elle a lan­cée il y a six ans.

Le com­merce Donjon était à la fois un ca­fé très cha­leu­reux, un lieu de ren­dez­vous pour une ome­lette re­nom­mée, une épi­ce­rie com­plète avec des pro­duits lo­caux, des fruits frais et des pro­duits de la vie cou­rante, un dé­pôt de pain et de gaz, et aus­si un point jour­nal. La clien­tèle était res­tée très va­riée : des per­sonnes âgées qui fai­saient par­tie des clients les plus fi­dèles et dont les courses étaient un ri­tuel mais aus­si des jeunes, des gens en dé­pan­nage, d’autres qui avaient be­soin de dis­cu­ter, des hommes qui n’ai­maient pas les grandes sur­faces et en­fin des en­fants qui ve­naient vi­der les stocks de bon­bons. Loin d’être des clients pour Ca­thy et Yves, « c’étaient plu­tôt des amis, des co­pains ».

Le couple ren­dait avant tout ser­vice à la po­pu­la­tion lo­cale. Ain­si, les aides à do­mi­cile de L’Hô­pi­tal et aus­si de Saint­Laurent et des Dé­bats ve­naient y faire leurs achats, leur fac­ture étant éta­blie une fois par mois seule­ment. Des mai­ries et as­so­cia­tions lo­cales s’y ap­pro­vi­sion­naient pour les cas­se­croûte et les vins d’hon­neur, la can­tine du RPI pour le pain ; en échange Ca­thy et Yves étaient tou­jours dis­po­nibles pour un dé­pan­nage.

Mais voi­là, la dis­po­ni­bi­li­té a un coût : « On se saigne pour gar­der cette convi­via­li­té », le com­mer­ ce étant ou­vert tous les ma­tins, et fer­mé seule­ment deux après­mi­di par se­maine. Des ho­raires de plus en plus à ral­longe, les soirs et di­manche mi­di, dans l’at­tente de l’ul­time client. Ca­thy aurait ai­mé dé­ve­lop­per da­van­tage la res­tau­ra­tion mais il aurait fal­lu mettre la cui­sine aux normes. Ces der­niers temps, le com­merce ne per­met­tait plus de four­nir un sa­laire dé­cent et la dé­ ci­sion de fer­me­ture dé­fi­ni­tive s’est im­po­sée à l’au­tomne.

En­core plu­sieurs ca­fés il y a quelques an­nées

Au dé­but de l’aven­ture, il y avait pour­tant quatre ca­fés dans un pé­ri­mètre très res­treint : Ca­thy et Yves par­ta­geaient la clien­tèle avec le bis­trot­épi­ce­rie chez Cha­broud à SaintLaurent et les res­tau­rants rou­tiers chez La­berge puis chez Syl­viane et « Jean­not » le long de l’an­cienne na­tio­nale. Les clients ve­naient nom­breux des com­munes voi­sines et même de la plaine du Fo­rez. Mais au fil des an­nées, la clien­tèle a di­mi­nué, les autres com­merces ont fer­mé sans trou­ver suite.

Yves conti­nue l’épi­ce­rie am­bu­lante

Au mi­lieu des an­nées 1990, Yves s’était lan­cé dans l’épi­ce­rie am­bu­lante pour com­plé­ter l’ac­ti­vi­té ; de­puis 2010, il fai­sait aus­si le mar­ché à Saint­Di­dier les di­manches ma­tins. Pen­dant ses tour­nées, c’est Ca­thy qui te­nait seule le bar et l’épi­ce­rie.

En quelques an­nées, Ca­thy et Yves ont as­sis­té à la fer­me­ture de l’école de L’Hô­pi­tal et l’ou­ver­ture de nou­velles grandes sur­faces à proxi­mi­té. Ils ont aus­si vu le nombre de messes di­mi­nuer et at­ti­rer moins de monde : trois rai­sons ma­jeures de la baisse de la clien­tèle.

Ca­thy et Yves ont été les pre­miers té­moins de l’évo­lu­tion du monde ru­ral, du chan­ge­ment de gé­né­ra­tions, des nou­veaux modes de consom­ma­tion de la so­cié­té et de l’aug­men­ta­tion du coût de la vie. On se rap­pelle des pré­soi­rées d’au­tre­fois le sa­me­di soir où les jeunes avaient l’ha­bi­tude de se re­trou­ver au ca­fé avant d’al­ler au bal : « Ils étaient par­fois une tren­taine », se sou­vient Ca­thy. À ce­la s’ajoutent les contraintes fi­nan­cières de plus en plus pe­santes qui ont pous­sé le couple à ar­rê­ter la vente du ta­bac il y a deux ans. Or, l’ac­ti­vi­té du ta­bac fai­sait aus­si tour­ner le ca­fé : on ve­nait de loin et tard et on en pro­fi­tait pour prendre un pe­tit verre.

Une page se tourne

« Pour moi, ça va être dur », mur­mure Ca­thy. Elle se console sur son époux qui pour­suit l’épi­ce­rie am­bu­lante et pour­ra conti­nuer à voir les clients et leur rendre ser­vice : sur ré­ser­va­tion, Yves pour­sui­vra même la li­vrai­son des bou­teilles de gaz et de votre heb­do­ma­daire Le Pays Fo­rez­Coeur de Loire. Ca­thy veut se don­ner le temps de la re­con­ver­sion. Ses proches, fa­mille et amis, la sou­tiennent. Grâce aus­si à son ac­ti­vi­té de mas­sages ayur­vé­diques re­laxants, elle pour­ra conti­nuer à échan­ger ses pra­tiques et ai­der les autres, sa pas­sion ma­jeure. Ca­thy est une bat­tante ; avec son éter­nel sou­rire, cette pe­tite femme droite et in­tègre veut main­te­nant al­ler de l’avant. ■

« On se saigne pour gar­der cette convi­via­li­té »

CA­THY ET YVES. Au coeur du village de l’Hô­pi­tal, les époux Donjon ont te­nu avec pas­sion le bar épi­ce­rie pen­dant 32 ans.

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