Lu­do­vic Rif­ford, un boss des maths

Le Roan­nais d’ori­gine, ma­thé­ma­ti­cien de haut vol, ex­porte sa science dans les pays émer­gents

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Le Portrait - Pierre-Oli­vier Vé­rot pierre-oli­vier.ve­rot@cen­tre­france.com

Nou­veau di­rec­teur du Centre in­ter­na­tio­nal de ma­thé­ma­tiques pures et ap­pli­quées, le Roan­nais Lu­do­vic Rif­ford trans­porte dans les pays en voie de dé­ve­lop­pe­ment son ex­per­tise dans dif­fé­rents champs de la science qu’il af­fec­tionne de­puis le plus jeune âge.

Lu­do­vic Rif­ford n’a pas at­ten­du l’âge de rai­son pour sa­voir bien rai­son­ner. Alors que la plu­part des jeunes en­fants se rêvent pom­piers, as­tro­nautes ou chan­teurs, il a, dès qu’il a été en con­tact, via l’école, avec les chiffres, vou­lu être ma­thé­ma­ti­cien. « J’ai­mais la ré­flexion », syn­thé­tise­t­il au­jourd’hui. Une cu­rio­si­té dans son en­tou­rage où per­sonne n’avait em­bras­sé une telle car­rière. Dès le col­lège, le jeune gar­çon pas­sait une par­tie de son temps libre à pré­pa­rer, pour son plai­sir, des concours de maths. Son pa­pa, Paul, im­pri­meur res­pon­sable de la ro­ta­tive au Pays Roan­nais pen­dant de très longues an­nées, et sa fa­mille n’ont rien fait pour contra­rier une vo­ca­tion aus­si pré­coce. Il faut dire que dans les an­nées 1970­80, les ma­thé­ma­tiques et les sciences étaient consi­dé­rées comme une voie royale vers un ave­nir pro­fes­sion­nel se­rein. Ja­mais pen­dant son cur­sus sco­laire et uni­ver­si­taire le jeune Roan­nais, qui ga­gna Saint­Étienne et le ly­cée Claude­Fau­riel, puis l’École nor­male Su­pé­rieure de Lyon jus­qu’à l’agré­ga­tion, ne dé­via de cette tra­jec­toire très tôt tra­cée. « Je me des­ti­nais da­van­tage à la re­cherche qu’à l’en­sei­gne­ment », ex­plique ce­lui qui se consacre à ces deux oc­cu­pa­tions de­puis des an­nées.

Théo­rie du contrôle

En 2000, il ob­tint une men­tion « très ho­no­rable avec fé­li­ci­ta­tions du ju­ry », à l’Uni­ver­si­té Claude­Ber­nard de Lyon, sur le thème des « pro­blèmes de sta­bi­li­sa­tion en théo­rie du contrôle ». Tout un pro­gramme, dont nous fe­rons l’éco­no­mie de dé­ve­lop­per le conte­nu… « Si l’on sché­ma­tise, ce­la concerne le contrôle des choses en mou­ve­ment en temps réel, en s’ef­for­çant d’en op­ti­mi­ser les cri­tères », es­saie de vul­ga­ri­ser, sans grand es­poir d’y par­ve­nir face à un es­prit moins ra­tion­nel que le sien, le spé­cia­liste. Cette théo­rie du contrôle, l’un des prin­ci­paux do­maines de re­cherche de Lu­do­vic Rif­ford, « s’ap­plique dans dif­fé­rents seg­ments des ma­thé­ ma­tiques », as­sure ce der­nier.

Après un an et de­mi de ser­vice mi­li­taire en tant que co­opé­rant à Pa­doue (Ita­lie)… au sein d’un la­bo­ra­toire de ma­thé­ma­tiques, le jeune Roan­nais prit son pre­mier poste de maître de confé­rence à l’Uni­ver­si­té de Lyon. Il pas­sa en­suite deux ans à l’Uni­ver­si­té d’Or­say, à Pa­ris, avant d’ar­ri­ver à l’Uni­ver­si­té de Nice, où il est en­core en poste, en 2006. « Au dé­but, j’en­sei­gnais beau­coup. Puis, de moins en moins, pour me consa­crer da­van­tage, et presque ex­clu­si­ve­ment, à la re­cherche, té­moi­gnet­il. Il m’ar­rive ce­pen­dant de don­ner des cours, sur des su­jets plus poin­tus où l’on fait ap­pel à mon ex­per­tise, à l’étran­ger. »

Le reste de son temps, Lu­do­vic Rif­ford l’oc­cupe donc à me­ner des re­cherches, le plus sou­vent col­lec­tives, fré­quem­ment avec des équipes étran­gères. Ce qui l’amène à beau­coup voya­ger un peu par­tout dans le monde. Ces tra­vaux font en gé­né­ral l’ob­jet de contri­bu­tions dans des pu­bli­ca­tions fai­sant au­to­ri­té dans le monde en­tier. « Mes re­cherches s’ef­fec­tuent tant dans le do­maine des ma­thé­ma­tiques pures que des ma­thé­ma­tiques ap­pli­quées, avec une pré­di­lec­ tion pour le pre­mier », dé­crit le ma­thé­ma­ti­cien au­jourd’hui âgé de 42 ans. Une ra­pide re­cherche sur in­ter­net per­met de me­su­rer ses ap­ports à la re­cherche ac­tuelle en ma­thé­ma­tiques, à tra­vers ar­ticles, ou­vrages col­lec­tifs ou en­core par­ti­ci­pa­tions à des confé­rences de haut vol.

De­puis le 1er sep­tembre der­nier, Lu­do­vic Rif­ford a ajou­té une ligne pres­ti­gieuse à son cur­ri­cu­lum vi­tae. Tout en conser­vant son poste à l’Uni­ver­si­té de Nice, il a été nom­mé di­rec­teur exé­cu­tif du Centre in­ter­na­tio­nal de ma­thé­ma­tiques pures et ap­pli­quées (CIMPA), une as­so­cia­tion elle­aus­si ba­sée à Nice, qui a pour vo­ca­tion de « pro­mou­voir les ma­thé­ma­tiques dans les pays en voie de dé­ve­lop­pe­ment ». Créée dans les an­nées 1970, fi­nan­cée par la France, l’Es­pagne, la Nor­vège et la Suisse, elle co­or­donne l’ac­tion de ma­thé­ma­ti­ciens bé­né­voles qui se dé­placent dans les pays émer­gents, no­tam­ment en Afrique, pour dé­ve­lop­per la re­cherche et les ap­pli­ca­tions ma­thé­ma­tiques. « On pour­rait se dire qu’il y a peut­être d’autres prio­ri­tés pour ces pays, an­ti­cipe Lu­do­vic Rif­ford. Mais les maths sont à la base de toutes les sciences. Et donc por­teuses de dé­ve­lop­pe­ment. »

« Les ma­thé­ma­tiques sont un lan­gage uni­ver­sel »

Le nou­veau di­rec­teur consacre dé­sor­mais entre deux tiers et trois quarts de son temps à cette nou­velle fonc­tion qui consiste avant tout « à faire tour­ner la ma­chine ». Il voyage en­core plus qu’au­pa­ra­vant et s’im­plique tou­jours en tant qu’in­ter­ve­nant pour cette as­so­cia­tion. « C’est vrai­ment une nou­velle page très in­té­res­sante de mon par­cours, té­moigne­t­il. Je suis tou­jours pas­sion­né par les maths, par la re­cherche, mais peut­être en­core plus, au­jourd’hui, par la trans­mis­sion. » D’au­tant qu’il s’agit d’une mis­sion col­lec­tive, au ser­vice de na­tions qui émergent : « Même si les bud­gets consa­crés aux maths sont moins consé­quents que chez nous dans ces pays, il y a des spé­cia­listes de haut ni­veau par­tout. On se com­prend fa­ci­le­ment, car les ma­thé­ma­tiques sont un lan­gage uni­ver­sel. Il n’y a pas de bar­rière au ni­veau tech­nique. Et on peut voir, sur le ter­rain, l’impact de ce que l’on ap­porte, c’est quelque chose de va­lo­ri­sant. Ce­la prouve que le ma­theux, ce n’est pas seule­ment quel­qu’un qui tente de ré­soudre ou d’ex­pli­quer des équa­tions, en­fer­mé, seul, dans son bu­reau. Il y a un as­pect re­la­tion­nel im­por­tant dans cette dis­ci­pline. »

Par son par­cours et ses at­tri­bu­tions, Lu­do­vic Rif­ford ne cesse d’en ap­por­ter la preuve. ■

PHO­TO : P.-O. VÉ­ROT

ÉCHANGES. Avec la di­rec­tion du Centre in­ter­na­tio­nal de ma­thé­ma­tiques pures et ap­pli­quées, Lu­do­vic Rif­ford a l’oc­ca­sion de trans­mettre son ex­per­tise dans dif­fé­rentes spé­cia­li­tés de sa dis­ci­pline

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