Li­liane Mal­vol­ti ré­nove les vi­traux des églises fo­ré­ziennes

Li­liane Mal­vol­ti est l’un des 300 maîtres ver­riers en­core en ac­ti­vi­té dans l’Hexa­gone

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Lae­ti­tia Co­hen­det lae­ti­tia.co­hen­det@cen­tre­france.com

Elle a tra­vaillé pour de nom­breuses églises du Fo­rez et des Monts du Lyon­nais. Ins­tal­lée à SaintGal­mier de­puis six ans, Li­liane Mal­vol­ti res­taure les vi­traux an­ciens et crée de nou­velles oeuvres au moyen de plomb et de verre co­lo­ré.

«Le tra­vail, c’est le tra­vail. Pas be­soin de s’ap­pe­san­tir sur le reste ». Li­liane Mal­vol­ti se cabre dès notre ca­le­pin ex­hi­bé : nous ne sau­rons rien de sa vie pri­vée. Pas de fausse pu­deur. La Li­gé­rienne est as­su­rée de son in­si­gni­fiance. Le vi­trail, seul, compte. Soit. Voi­ci donc 20 ans que l’amour du Beau l’a convain­cue d’em­bras­ser une car­rière ar­ti­sa­nale, mo­ti­vée par l’his­toire de l’art et « quelques op­por­tu­ni­tés ».

Ar­ri­vée au mé­tier par « la pe­tite porte », elle fré­quente à ses dé­buts l’ate­lier de Gérard Bourget, peintre sur verre, du cô­té de Cher­bourg, entre en contact avec Fré­dé­ric Pi­vet à Poi­tiers, se frotte aux uni­ver­si­tés d’été du Mans et suit les cours dis­pen­sés par la mai­son de l’ar­chéo­lo­gie à Bor­deaux. « C’était une époque bé­nie, se sou­vien­telle. Il y avait des tas de cur­sus pro­po­sés à tra­vers l’Hexa­gone. J’ai pas­sé des an­nées à cou­rir la France ». Jus­qu’à dis­po­ser d’une par­faite maî­trise tech­nique et d’une im­pres­sion­nante culture his­to­rique ; de quoi se faire un nom dans la pro­fes­sion (il existe quelque 300 maîtres ver­riers en France) « à force de sé­rieux et de per­sé­vé­rance ».

Mé­tier de roi, vie d’es­clave

Saint­Étienne est son pre­mier port d’at­tache. « Vous ne pou­vez pas vous ima­gi­ner les mer­veilles de vi­trail ci­vil dis­si­mu­lées dans les ar­rière­cours de la pré­fec­ture ». Elle s’y éta­blit pen­dant quinze ans avant de dé­mé­na­ger à Saint­Gal­mier en 2011. La com­mune est connue pour avoir abri­té, au XIX siècle, la ma­nu­fac­ture d’un de ses pairs, Alexandre Mau­ver­nay. « Il était épau­lé d’une qua­ran­taine de per­sonnes et sa pro­duc­tion était énorme, ra­conte Li­liane Mal­vol­ti. Ses en­fants ont pris la re­lève sans ren­con­trer le même suc­cès jus­qu’en 1917. La Grande guerre a por­té l’es­to­cade à l’en­tre­prise ». La Li­gé­rienne, elle, a dé­bal­lé ses ou­tils au deuxième étage du cloître, der­rière d’im­menses baies vi­trées don­nant sur la cour du Ca­fé­théâtre. Une belle lu­mière inonde les frag­ments de verre dé­po­li. « J’ai be­soin d’un haut lieu pa­tri­mo­nial pour créer », confie celle qui mul­ti­plie les col­la­bo­ra­tions avec des peintres dont Bre­hed Kaep­pe­lin et Ghys­lain Ber­tho­lon. « Ils m’ap­portent un autre éclai­rage. On tra­vaille à quatre ou à six mains ».

Son art, Li­liane Mal­vol­ti aime à le par­ta­ger. Long­temps, le maître a for­mé des ap­pren­tis avant de plier sous le poids des contraintes, vic­time, aus­si, des trop nom­breux pro­cès in­ten­tés au plomb. « Je n’en­seigne plus », souffle­t­elle, ré­si­gnée, si ce n’est à une dizaine d’élèves pré­sents tous les jeu­dis après­mi­di à l’ate­lier. Ses deux filles ne re­pren­dront ja­mais le flam­beau. L’une a fait car­rière dans le droit, l’autre dans le prêt­à­por­ter. « Je leur ai po­sé un jour la question, sou­rit Li­liane Mal­vol­ti. Elles m’ont dit m’avoir trop vu ga­lé­rer ».

« Mé­tier de roi, vie d’es­clave », se­rine le dicton. Vrai, tant le pro­ces­sus de créa­tion de­meure fas­ti­dieux et so­li­taire. Mise à l’échelle des ma­quettes, tra­cé des plombs sur pa­pier­calque, nu­mé­ro­ta­tion des pièces, ther­mo­for­mage des verres, dé­coupe des plaques, net­toyage des échan­tillons, re­cons­ti­tu­tion du puzzle, mise en pein­ture, deuxième cuis­son (« dans un vi­trail, le verre n’est ja­mais trans­pa­rent, il ébloui­rait trop. Il est trans­lu­cide. On se coupe de l’ex­té­rieur au moyen d’un dé­po­li »), mon­tage, pose… Les jour­nées, sur les gros chan­tiers, n’en fi­nissent plus. D’au­tant qu’il faut com­po­ser, en créa­tion comme en res­tau­ra­tion, avec d’in­com­pres­sibles dé­lais. « On est tout le temps char­rette ! », avoue le maître.

« Nous sommes des di­no­saures »

Rien, ce­pen­dant, ne pour­rait la dé­tour­ner de son la­beur. « Pour moi, ce n’est pas un sa­cri­fice car je me nour­ris des échanges que je noue par ailleurs ». Et elles sont nom­breuses les ren­contres avec les ec­clé­sias­tiques, les élus, les ad­mi­nis­tra­tifs, les ar­tistes… « C’est plus dif­fi­cile pour tous les jeunes des Beaux­arts qui sortent de l’école en pen­sant qu’ils ap­po­se­ront sans dé­lai leur nom au bas d’un vi­trail. Dif­fi­cile de leur ex­pli­quer qu’ils vont de­voir pas­ser trois heures dans un pi­geon­nier, à vingt mètres du sol, dans un cou­rant d’air gla­cial, à mar­cher dans dix cen­ti­mètres d’ex­cré­ments pour dé­mon­ter un pan­neau qu’il fau­dra en­suite net­toyer mor­ceau par mor­ceau. Ce­la n’existe plus, des gens comme nous. Nous sommes des di­no­saures ».

Au moins la Li­gé­rienne ne manque­t­elle pas de tra­vail. Le plomb ayant une du­rée de vie li­mi­tée, tous les vi­traux du XIX siècle, soit 80 % du pa­tri­moine fran­çais, ar­rivent à res­tau­ra­tion. La proxi­mi­té de la ver­re­rie de Saint­Just, à deux pas, l’une des trois der­nières fa­briques de verre co­lo­ré au monde, consti­tue un énorme fa­ci­li­ta­teur. « Cer­tains de mes col­lègues font huit cents ki­lo­mètres, deux fois l’an, pour s’ap­pro­vi­sion­ner au­près de Saint­Go­bain, constate­t­elle. Moi, j’y passe le matin, en ve­nant tra­vailler. Je prends un ca­fé, deux plaques. Je suis sans doute la pro­fes­sion­nelle la plus en­viée au monde ».

La pro­fes­sion­nelle « la plus en­viée au monde »

Les églises de Vi­ri­celles, SaintLaurent­Ro­che­fort, la Bâ­tie d’Ur­fé, la col­lé­giale Notre­Dame, la cha­pelle de la Cha­ri­té à Saint­Étienne, la mai­son SaintJo­seph à Sainte­Foy­lès­Lyon portent toutes, au­jourd’hui, sa patte, bien qu’elle n’en fasse au­cune pu­bli­ci­té, pré­fé­rant s’ef­fa­cer der­rière les grands noms du pas­sé. Chaque fois, l’ob­ses­sion est la même : ma­gni­fier ­et non tra­ves­tir­ l’es­prit des lieux. « Ce qui est in­té­res­sant, en res­tau­ra­tion, c’est de se glis­ser dans le tra­vail de l’autre. Le vi­trail n’est qu’un dé­tail, une par­tie d’un tout. Il ne doit pas s’en dé­mar­quer mais au contraire se fondre dans l’uni­té, en toute har­mo­nie. Res­pec­ter l’ar­chi­tec­ture, la spi­ri­tua­li­té. Fi­na­le­ment, nous, maîtres ver­riers, n’ap­por­tons qu’une toute pe­tite pierre à l’édi­fice. » ■

ATE­LIER. Li­liane Mal­vol­ti a ins­tal­lé son ate­lier au deuxième étage du cloître, à Saint-Gal­mier.

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