« Ce coeur, il faut que je le pro­tège… »

La loi sur le pré­lè­ve­ment d’or­ganes, ba­sée sur le consen­te­ment pré­su­mé, a évo­lué le 1er jan­vier

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Vie Départementale - Jean-Fran­çois Ver­net jean-fran­cois.ver­net@cen­tre­france.com

Un amen­de­ment à la loi Cailla­vet a quelque peu chan­gé la donne. De­puis le 1er jan­vier, la pa­role du dé­funt prime sur celle de la fa­mille quant au sou­hait de faire don de ses or­ganes. Phi­lippe Mes­sa­ger, trans­plan­té car­diaque et Claire Sa­bot, qui a don­né une par­tie de son foie pour sa fille, ra­content leur par­cours…

Phi­lippe Mes­sa­ger a 67 ans. Ce Pon­tram­ber­tois sait que s’il est en­core sur terre au­jourd’hui, il le doit à un do­na­teur qui avait ac­cep­té, de son vi­vant, de faire don de ses or­ganes. ra­tion lourde : « Mon coeur était usé, fa­ti­gué. En 2007, on m’a mis un dé­fi­bril­la­teur et on m’a dit qu’il fau­drait pen­ser à une greffe. On m’a ins­crit sur une liste d’at­tente pen­dant deux ans, se re­mé­more­t­il. Je m’es­souf­flais ra­pi­de­ment. Je suis al­lé deux fois à Lyon en ur­gence vi­tale. Dans ce cas­là, vous êtes prio­ri­taire pen­dant 48 h en cas de trans­plan­ta­tion de coeur com­pa­tible. Mais les deux fois, je suis ren­tré bre­douille. Puis fin 2010, le doc­teur Ro­meyer, à Saint­Étienne, m’a vi­ve­ment conseillé de re­tour­ner à l’hô­pi­tal de Lyon. J’y suis res­té un mois et un coeur est ar­ri­vé. » Sou­la­gé, le sexa­gé­naire a mis deux ans à se re­mettre de cette opé­ra­tion, entre dia­lyses et ré­édu­ca­tion. Au­jourd’hui, Phi­lippe Mes­sa­ger avoue pen­ser « tout le temps à ce coeur. Il faut que je le pro­tège. J’en suis res­pon­sable. Je porte les gènes de cette per­sonne morte, tou­jours vi­vante », té­moigne­t­il.

Claire Sa­bot, 37 ans, comp­table de pro­fes­sion, a pour sa part fait don du lobe gauche de son foie pour sau­ver sa fille, Lu­cie, née en 2005 avec une ma­la­die gé­né­tique, le syn­drome d’Ala­gille. « Nous avions es­sayé beau­coup de choses, mais les ca­naux qui di­rigent la bile étaient obs­trués. J’avais en tête cette pos­si­bi­li­té d’être don­neur vi­vant. »

« L’im­pres­sion d’avoir ré­pa­ré ce qu’on a fait »

Après avoir pas­sé une bat­te­rie d’exa­mens phy­siques et psy­cho­lo­giques et être pas­sée de­vant le pré­sident du tri­bu­nal de grande ins­tance (TGI), condi­tion obli­ga­toire pour as­su­rer que le consen­te­ment est libre et éclai­ré, Claire Sa­bot s’est lan­cée sans hé­si­ter : « On a pro­gram­mé la date de l’opé­ra­tion au 15 juin 2009. Elle a eu lieu le lun­di, je suis res­sor­tie le sa­me­di. Quant à Lu­cie, les mé­de­cins l’ont plon­gée dans un co­ma ar­ti­fi­ciel. Très ra­pi­de­ment, le foie a pris ses fonc­tions. Au­jourd’hui, c’est une pe­tite fille en pleine forme. J’ai eu la chance de pou­voir le faire. J’avais l’im­ pres­sion de ré­pa­rer ce qu’on avait fait, même si je sais qu’on n’y est pour rien dans sa ma­la­die », glisse­t­elle.

Lu­cie a 11 ans. Elle est au col­lège. Hor­mis un trai­te­ment an­ti­re­jet, qu’elle pren­dra à vie et un bi­lan san­guin à réa­li­ser tous les deux mois, elle a une vie nor­male. Comme toute jeune fille de 11 ans. Une part d’in­sou­ciance en moins… ■

« Je porte en moi les gènes de cette per­sonne morte »

DONS ET GREFFES. Mi­chel Guar­ne­ri, res­pon­sable de la sec­tion Loire Sud de l’Adot 42, Phi­lippe Mes­sa­ger, au cô­té de Claire Sa­bot et sa fille Lu­cie.

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