Jean Faure ra­conte le Ver­rières-en-Fo­rez d’au­tre­fois

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Montbrisonnais -

Né le 19 no­vembre 1921 à Ver­rières­en­Fo­rez, Jean Faure, 95 ans, est le doyen du pe­tit vil­lage des monts du Fo­rez. Il a gar­dé une mé­moire in­tacte de ses jeunes an­nées pas­sées au bourg et c’est avec plai­sir qu’il se sou­vient de ce temps que les moins de 80 ans ne peuvent pas connaître… Ce­lui de Ver­rières­en­Fo­rez, il y a près d’un siècle.

Chaque fa­mille avait son lo­pin et sa vigne

La vie au vil­lage était bien dif­fé­rente de celle d’au­jourd’hui. Les pay­sans usaient alors de la faux et du vo­lant (la fau­cille) dans les champs. « Au­tour du bourg, cha­cun avait son pe­tit lo­pin de terre. Chaque fa­mille avait aus­si sa vigne, très nom­breuses entre Lé­zi­gneux et Ver­rières et tout le monde fai­sait son vin ».

Au len­de­main de la Pre­mière Guerre mon­diale, alors que beau­coup de jeunes hommes du vil­lage sont morts sur les champs de ba­taille, « mon père, qui a fait toute la guerre, en était re­ve­nu », ra­conte ce­lui qui est « le dernier de la classe 1941 ». Pay­san comme la plu­part des ha­bi­tants, il te­nait aus­si un ca­fé­res­tau­rant sur la place du vil­lage, en face du mo­nu­ment aux Morts, « Chez Du­pin ». « À l’époque, lors­qu’il y avait un dé­cès, les fa­milles of­fraient un pe­tit re­pas après la cé­ré­mo­nie et ça se pas­sait tou­jours chez nous. Ce n’était pas un fes­tin mais la cui­sine de ma tante, la Bap­tis­tine, était ap­pré­ciée ».

Les pe­tits com­merces et les ar­ti­sans étaient nom­breux. « Ver­rières, c’est un pays où il y avait tout, ré­sume le doyen. Le vil­lage comp­tait six ca­fés, deux bou­lan­ge­ries, deux cor­don­ne­ries, un ma­çon, un ma­ré­chal­fer­rant dans la forge, un char­ron (qui fa­bri­quait et ré­pa­rait les roues en bois), un coif­feur (« Zo­zo »), deux dames qui fai­saient la cou­ture (« la Cé­les­tine et la Catherine ») et le père Roux qui était tailleur, avec son ou­vrier (« le Gi­nès ») ». Les pay­sans ame­naient la fa­rine, les oeufs dans les bou­lan­ge­ries où ils payaient « le fai­sage », sou­vent avec des fa­gots de bois. Il y avait aus­si trois bou­chers qui ve­naient le di­manche « car c’était le jour où les gens man­geaient de la viande et ils l’ache­taient après la messe ». Dernier com­merce « tra­di­tion­nel » de l’époque : l’alam­bic, qui s’ins­tal­lait pen­dant deux mois à cô­té de la scie­rie.

L’élec­tri­ci­té dans le vil­lage en 1932

Jean Faure fré­quente l’école de gar­çons jus­qu’en 1932, an­née où il dé­croche son cer­ti­fi­cat d’études, à l’âge de 11 ans. Il y ap­prend le fran­çais car dans le vil­lage, tout le monde parle pa­tois à l’époque ; « Ce­la s’est per­du après la guerre ». « Nous étions nom­breux car en plus des en­fants du vil­lage, la po­pu­la­tion de l’école dou­blait avec les pu­pilles de la Na­tion qui ve­naient de la ré­gion sté­pha­noise et qu’on ap­pe­lait les Ga­gas ».

Cette même an­née, en 1932, l’élec­tri­ci­té fait son ap­pa­ri­tion à Ver­rières. « Avant, on uti­li­sait la lampe tem­pête ». Le doyen garde aus­si en mé­moire les hi­vers par­ti­cu­liè­re­ment froids, pour ne pas dire gla­cials, sur­tout dans ce pe­tit vil­lage culmi­nant à 1.000 mètres d’al­ti­tude. Ce qui n’em­pê­chait pas les en­fants de cou­rir dans la neige avec leurs sa­bots. « On n’avait pas de sou­liers mais on n’était pas plus mal­heu­reux ! » lance Jean Faure, l’oeil ma­li­cieux. L’ar­ri­vée des pre­mières voi­tures l’a éga­le­ment mar­qué. « S’il y en avait une qui sta­tion­nait sur la place du vil­lage, on ar­ri­vait comme une vo­lée de moi­neaux pour la voir ».

Six ca­fés et deux bou­lan­ge­ries, un ma­çon, un coif­feur…

Le bru­no­phone ani­mait les fêtes du 15 août

Quant à la fête pa­tro­nale du 15 août, « je l’ai vue toute ma vie, confie­t­il. Au dé­part, l’ani­ma­tion mu­si­cale était as­su­rée par un bru­no­phone (pia­no mé­ca­nique in­ven­té par la fa­mille Brun à SaintÉ­tienne, N.D.L.R). Ça dan­sait dans les bis­trots et le père Coste ve­nait avec son ma­nège ». ■

DOYEN. Jean Faure a vu le vil­lage évo­luer au fil des ans.

Il est au­jourd’hui l’un des rares à avoir as­sis­té au bap­tême de la grosse cloche de l’église après qu’elle se soit fis­su­rée en son­nant l’ar­rêt des com­bats de la Pre­mière Guerre mon­diale.

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