Da­niel Ma­zet à la re­traite après un de­mi­siècle pas­sé à por­ter se­cours

En­tré chez les sa­peurs­pom­piers vo­lon­taires à l’âge de 16 ans, Da­niel Ma­zet a pris sa re­traite

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Ro­dolphe Mon­ta­gnier ro­dolphe.mon­ta­gnier@cen­tre­france.com

Une page his­to­rique a été tour­née sa­me­di 7 jan­vier. Le lieu­te­nant Jean-Fran­çois Al­lan­drieu a suc­cé­dé au ca­pi­taine Da­niel Ma­zet en tant que chef du centre d’in­cen­die et de se­cours (CIS) de Sury-le-Com­tal. Im­pos­sible pour le dé­sor­mais re­trai­té de res­sor­tir in­demne de près de cinq dé­cen­nies à por­ter se­cours aux autres.

Sûr qu’au vo­lant du nou­veau cam­ping­car qu’il s’est of­fert pour par­cou­rir les contrées en­so­leillées du sud de la France avec son épouse, Da­niel Ma­zet ar­bore un large sou­rire. Il peut en­fin souf­fler et pro­fi­ter un peu. La pas­sa­tion de com­man­de­ment du centre d’in­cen­die et de se­cours (CIS) de Sury­le­Com­tal ef­fec­tuée sa­me­di 7 jan­vier ­ dé­sor­mais, la ca­serne est aux mains du lieu­te­nant Jean­Fran­çois Al­lan­drieu ­ a re­don­né toute sa li­ber­té à un sexa­gé­naire qui a pas­sé près de cinq dé­cen­nies à por­ter se­cours aux autres.

Pre­mière in­ter­ven­tion à 16 ans, mar­qué à vie

Ex­cep­tion­nels en­ga­ge­ment et dé­voue­ment qui ont dé­bu­té dès l’âge de 16 ans. « J’ai quit­té l’école à 14 ans, se sou­vient le na­tif de Saint­Ger­main­La­val qui a dé­cou­vert Sury­le­Com­tal en­fant quand son père, fac­teur, a été nom­mé dans le sud du Fo­rez. J’ai com­men­cé le bou­lot à 14 ans et trois mois, dans la mé­ca­nique, au ga­rage Bar­cet (dé­sor­mais ins­tal­lé ave­nue JeanMou­lin, N.D.L.R.). J’avais be­soin de faire quelque chose de mes mains, même après le tra­vail. Je me suis en­ga­gé en tant que sa­peur­pom­pier vo­lon­taire (SPV) ; un rêve d’en­fant. » Qua­ran­te­six ans plus tard, Da­niel Ma­zet s’est ré­so­lu à quit­ter ce qu’il ap­pelle « une grande fa­mille où les choses ont bien chan­gé mais qui par­tage tou­jours des va­leurs avec des gens ex­tras ». Parce que la vie lui a ap­pris, par­fois du­re­ment, qu’il fal­lait sa­voir sa­vou­rer.

Lors de sa pre­mière in­ter­ven­tion, quelques se­maines seule­ment après son in­cor­po­ra­tion, il est ap­pe­lé sur un ac­ci­dent de la route à Saint­Ro­main­le­Puy. Un homme a per­du la vie au gui­don de son So­lex, heur­té par une voi­ture. « Mon su­pé­rieur m’a de­man­dé d’al­ler ré­cu­pé­rer une de ses bottes. Sauf qu’il y avait un mor­ceau de sa jambe à l’in­té­rieur (si­lence). » Da­niel Ma­zet baisse le re­gard puis re­dresse la tête aus­si­tôt, comme pour chas­ser de son es­prit l’hor­rible image qu’il n’a ja­mais ou­bliée. « J’ai dit que fi­na­le­ment je ne pou­vais pas conti­nuer, que ce n’était pas fait pour moi… mais on m’a dit de m’ac­cro­cher. »

« Ce per­ro­quet se fou­tait de ma gueule »

S’il s’est ef­fec­ti­ve­ment res­sai­si et cram­pon­né, Da­niel Ma­zet conserve de dou­lou­reux sou­ve­nirs de ces qua­rante­six an­nées de ser­vice. Comme ce­lui de cet en­fant d’une dizaine d’an­nées dé­cé­dé dans ses bras avec sa mère hur­lant de dou­leur à ses cô­tés et son père, griè­ve­ment bles­sé et trop cho­qué pour me­su­rer l’am­pleur du drame de la route qui ve­nait de se jouer.

Heu­reu­se­ment, il y a éga­le­ment eu quelques bons mo­ments comme cette in­ter­ven­tion à Bois­set­Saint­Priest pour ten­ter de ré­cu­pé­rer un per­ro­ quet qui s’était échap­pé de sa cage. « Il était dans un arbre et il se fou­tait de ma gueule », se sou­vient le néo­re­trai­té qui en ri­gole en­core. Les for­ma­tions jus­qu’à l’école na­tio­nale su­pé­rieure des of­fi­ciers sa­peurs­pom­piers (En­sosp) sont éga­le­ment à ran­ger au rayon des bons sou­ve­nirs. Même si, à l’époque, « il fal­lait prendre sur ses jours de congés ».

C’est ain­si que Da­niel Ma­zet est de­ve­nu chef du CIS de Su­ryle­Com­tal en suc­cé­dant à Mau­rice Ri­bot en 2003 puis ca­pi­taine en 2010. Sous son man­dat, l’ef­fec­tif a aug­men­té jus­qu’à at­teindre les qua­rante bé­né­voles (dont trois of­fi­ciers, onze sou­sof­fi­ciers et un quart d’ef­fec­tif fé­ mi­nin) pou­vant as­su­mer près d’un mil­lier de sor­ties par an. Les mis­sions hors du dé­par­te­ment pour prê­ter main­forte à des col­lègues lors d’inon­da­tions ou de feux de fo­rêts ou en­core celle me­née lors des Jeux olym­piques d’hi­ver d’Al­bert­ville en 1992 lui ont lais­sé de belles images. Comme ses vic­toires en vé­té­ran au par­cours spor­tif, en 2002 et 2003.

Au­jourd’hui, Da­niel Ma­zet en­tend bien pro­fi­ter plei­ne­ment d’une re­traite mé­ri­tée. Après la mé­ca­nique, la pose de po­teaux élec­triques et le trans­port rou­tier no­tam­ment, le sexa­gé­naire a long­temps tra­vaillé à la Com­pa­gnie des che­mins de fer à voie étroite (CFVE), de­ve­nue So­cié­té de trans­port de l’ag­glo­mé­ra­tion sté­pha­noise (STAS), dans l’ins­tal­la­tion et l’en­tre­tien des lignes aé­riennes. Et lui non plus n’a « pas été épar­gné par les mal­heurs » mal­gré la nais­sance de trois en­fants et le bon­heur d’avoir en­core sa mère, au­jourd’hui âgée de 92 ans.

Deux dé­cen­nies de col­lec­tions mé­ca­niques

Is­su d’une fa­mille de cinq en­fants, il a per­du l’un de ses frères, alors âgé de 22 ans, dans un ac­ci­dent de la route. Il y a quelques an­nées, il a lui­même été vic­time d’un ac­ci­dent vas­cu­laire cé­ré­bral (AVC). « Heu­reu­se­ment que je suis de la par­tie, que j’ai l’ex­pé­rience et l’ha­bi­tude, es­time Da­niel Ma­zet. J’ai im­mé­dia­te­ment pré­ve­nu les se­cours si­non j’au­rais eu beau­coup plus de sé­quelles. » Il en conserve seule­ment une cer­taine rai­deur du bras gauche et une baisse de la vue. Mais cette der­nière se brouille en­core un peu plus quand il évoque un drame sur­ve­nu juste avant Noël dans la fa­mille re­com­po­sée de sa fille, in­fir­mière à Gre­noble…

À Sury, Da­niel Ma­zet est aus­si ce­lui qui a créé la Pouët­Pouët su­ry­quoise en 1996, une as­so­cia­tion connue de tous les col­lec­tion­neurs de voi­tures an­ciennes, ama­teurs de ré­pa­ra­tions ou de ré­cu­pé­ra­tion de pièces rares. Il est lui­même pas­sion­né de vieilles mé­ca­niques et pos­sède une tren­taine de vé­hi­cules an­ciens dont un ca­mion de sa­peur­pom­pier do­té d’une grande échelle de 32 m. Vingt ans qu’il pré­side cette struc­ture qui or­ga­nise no­tam­ment une ex­po­si­tion an­nuelle très cou­rue le qua­trième week­end de sep­tembre et qui tien­dra son as­sem­blée gé­né­rale à la salle Es­pa­ce­ren­contre à Sury­le­Com­tal, le 10 fé­vrier pro­chain, à par­tir de 19 heures. Là aus­si, Da­niel Ma­zet ne re­chi­gne­rait pas à pas­ser la main mais il fait les choses tel­le­ment bien et avec tel­le­ment de coeur que per­sonne n’ose pré­tendre à lui suc­cé­der. ■

« Mon co­lo­nel, vous avez sou­hai­té que je fasse une an­née sup­plé­men­taire mais pour une fois, je n’ai pas obéi »

PHO­TO : RO­BERT FURNON

SUC­CES­SION. Le ca­pi­taine Da­niel Ma­zet a cé­dé son poste de chef de centre après treize ans de di­rec­tion et 45 ans de sa­peur-pom­pier vo­lon­taire (SPV) au lieu­te­nant Jean-Fran­çois Al­lan­drieu qui est se­con­dé par l’ad­ju­dant Da­niel Pe­ron­net.

PHO­TO : RO­BERT FURNON

AU RE­VOIR. Le dé­pu­té et ami Di­no Ci­nié­ri, le sous-pré­fet de Mont­bri­son, Ré­mi Ré­cio, le pré­sident du Conseil dé­par­te­men­tal de la Loire, Ber­nard Bonne et le di­rec­teur ad­joint du Ser­vice dé­par­te­men­tal d’in­cen­die et de se­cours (Sdis) de la Loire, le co­lo­nel Pa­trick Le­buy, sont ve­nus sa­luer le dé­part à la re­traite du ca­pi­taine Da­niel Ma­zet.

DA­NIEL MA­ZET. 46 ans de ser­vice, 13 ans de com­man­de­ment.

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