Fo­rez : le loup est­il à nos portes ?

Si­gna­lé à Co­lom­bier puis à Chal­ma­zel, fin 2016, le loup se­rait­il de re­tour dans la Loire ?

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Lae­ti­tia Co­hen­det lae­ti­tia.co­hen­det@cen­tre­france.com

CHAL­MA­ZEL. Deux car­nas­siers ont été si­gna­lés sur les pistes de Chal­ma­zel le 23 dé­cembre. Après vé­ri­fi­ca­tion, les ser­vices de l’Etat ont conclu à deux chiens er­rants...

VI­GI­LANCE. La pré­fec­ture a mis en place une cel­lule de veille en 2009. Ber­gers et au­to­ri­tés re­doutent le re­tour du loup après son ap­pa­ri­tion en Haute­Loire.

Le dé­men­ti est for­mel. Mal­gré les ob­ser­va­tions et le si­gna­le­ment ef­fec­tué voi­ci quelques jours dans les Monts du Fo­rez, il n’y a pas trace de loup dans la Loire. Mais les au­to­ri­tés se tiennent prêtes.

23 dé­cembre 2016. Les web­cams de la sta­tion de Chal­ma­zel filment la pré­sence de deux car­nas­siers de belle sta­ture sur les pistes du Fo­rez. Aus­si­tôt l’in­for­ma­tion court de por­tables en mes­sa­ge­ries. Dans la Loire comme dans le Puy­deDôme, on crie au loup. Une blague ? Vrai­ment ? La pré­fec­ture, con­tac­tée, prend l’af­faire très au sé­rieux.

Des membres de l’ONCFS (of­fice na­tio­nal de la chasse et de la faune sau­vage) sont dé­pê­chés sur place, dans les heures qui suivent. Ils pistent ra­pi­de­ment les deux bêtes qui s’avèrent n’être que deux chiens er­rants. Leur pro­prié­taire est d’ailleurs iden­ti­fié dans la fou­lée. Fausse alerte. La cel­lule de veille de la DDT (di­rec­tion dé­par­te­men­tale des ter­ri­toires), aux abois l’es­pace d’une jour­née, se ren­dort tran­quille­ment.

Huit ans dé­jà que les au­to­ri­tés scrutent un éven­tuel re­tour du loup dans la Loire. Au sixième étage du bâ­ti­ment Grü­ner, à Saint­Étienne, on mise sur l’« an­ti­ci­pa­tion ». Éle­veurs, chas­seurs, lou­ve­tiers, gen­darmes, ex­perts de l’ONCFS sont conviés, une fois l’an, à un bi­lan si­tua­tio­nel. « Nous de­vrons être prêts le jour où ça se pro­dui­ra », confie De­nis Thou­my, chef du ser­vice eau et en­vi­ron­ne­ment à la DDT.

Si au­cun piège pho­to­gra­phique n’a été ins­tal­lé dans les Monts du Fo­rez (de tels moyens sont ré­ser­vés aux ter­ri­toires dé­jà conquis par l’ani­mal), les agents de l’État de­meurent at­ten­tifs au moindre si­gna­le­ment. Après une an­née 2015 par­ti­cu­liè­re­ment calme, 2016 a, par deux fois, agi­té les bu­reaux de l’ONCFS ba­sés à Champ­dieu. L’ap­pa­ri­tion à Chal­ma­zel, voi­ci quinze jours, avait été pré­cé­dée d’une alerte dé­clen­chée à Co­lom­bier dans le Pi­lat. Au centre des in­ter­ro­ga­tions : une pré­da­tion sur un veau. L’en­quête a la­vé Sieur Ysen­grin de tout soup­çon (les ca­rac­té­ris­tiques des mor­sures ont été pas­sées au peigne fin). Mais son ombre plane sur les mas­sifs li­gé­riens.

C’est qu’on a dé­jà re­pé­ré sa trace en 2015 à 80 km à vol d’oi­seau, sur la com­mune de Saint­Pierre­du­Champ, en Haute­Loire. La pré­sence du car­nas­sier est éga­le­ment avé­rée dans le mas­sif du San­cy et de­puis le 2 jan­vier dans la Nièvre (quatre bre­bis ont été tuées à Chou­gny). « Nous sommes face à une es­pèce qui étend son aire de ré­par­ti­tion, ana­lyse Jean­Claude Cor­bel, char­gé de mis­sion es­pèce au parc Li­vra­dois­Fo­rez. Et pas seule­ment en zone de mon­tagne. Les mi­lieux fo­res­tiers et les terres agri­coles sont éga­le­ment concer­nés. La pré­sence de che­vreuils et de san­gliers consti­tue une res­source ali­men­taire pro­pice à l’ins­tal­la­tion de grands pré­da­teurs ».

Im­pos­sible, ce­la dit, d’avan­cer une quel­conque échéance car la dis­per­sion du loup n’a rien de ma­thé­ma­tique. « Le contrôle de l’ex­pan­sion s’est ac­cen­tué ces der­nières an­nées avec les tirs de dé­fense, es­time De­nis Thou­my. La co­lo­ni­sa­tion semble plu­tôt se sta­bi­li­ser. Mais il n’y a pas de lo­gique évi­dente. »

Un réel pro­blème pour la fi­lière ovine

Per­sonne, en tout cas, ne semble pres­sé d’af­fron­ter la bête mal­gré d’évi­dentes re­tom­bées en termes de bio­di­ver­si­té. « Pour la fi­lière ovine (qui dis­pose no­tam­ment de zones d’es­tive à Saint­Bon­net­le­Cour­reau et dans le Pi­lat au crêt de Chaus­sître, N.D.L.R.), ce se­rait un pro­blème sup­plé­men­taire, constate Jean­Claude Cor­bel. La pe­tite goutte d’eau qui pour­rait faire dé­bor­der le vase. Le su­jet est com­pli­qué et l’ima­gi­naire très fort. D’où la né­ces­si­té d’être vi­gi­lant. »

Co­pré­sident du syn­di­cat des éle­veurs de mou­tons de la Loire, Gilles Tixier avoue son in­quié­tude. « Le su­jet, pour l’ad­mi­nis­tra­tion, est ta­bou. Mais c’est un réel tour­ment pour nous. Si le loup fait son ap­pa­ri­tion dans les Monts du Fo­rez, plus per­sonne ne mon­te­ra à l’es­tive de Gar­nier et c’est toute la fi­lière, à terme, qui risque l’ex­tinc­tion. »

Désa­mor­cer les fan­tasmes

Sou­cieuse d’évi­ter les fan­tasmes, la DDT a fait voeu de trans­pa­rence. Si loup il de­vait y avoir, force se­rait d’or­ga­ni­ser constat, in­for­ma­tion, pro­tec­tion, in­dem­ni­sa­tion. Un fu­tur que les au­to­ri­tés es­pèrent loin­tain. Le parc Li­vra­dois Fo­rez, lui, pour­suit ses mis­sions d’ob­ser­va­tion et d’in­for­ma­tion. Un voyage d’études de­vrait être pro­po­sé aux éle­veurs cou­rant 2017, si bud­get al­loué, en Lo­zère, dans le Ver­cors ou le Ver­don, zones sen­sibles par ex­cel­lence. His­toire d’en ap­prendre un peu plus sur un ani­mal à la ré­pu­ta­tion de « grand mé­chant ». ■

Vu fin dé­cembre sur les pistes de ski des Monts du Fo­rez

PHO­TO D’ILLUS­TRA­TION

PHO­TO D’ILLUS­TRA­TION.

CA­NIS LUPUS. La pré­fec­ture a mis en place une cel­lule de veille dans la pers­pec­tive d’un éven­tuel re­tour du loup.

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