Ru­dolph, der­nier bat­teur d’ar­mures

À 28 ans, Ru­dolph, ré­si­dant à Châ­tel­neuf, est sans doute le plus jeune bat­teur d’ar­mures de France

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Jean-Fran­çois Ver­net jean-fran­cois.ver­net@cen­tre­france.com

MOYEN ÂGE. An­cien membre de la troupe mé­dié­vale l’Ost du Phé­nix, il fa­brique des ar­mures pour les re­cons­ti­tu­tions et les pra­ti­quants d’arts mar­tiaux his­to­riques.

CH­TEL­NEUF. À 28 ans, Ru­dolph fait par­tie des tout der­niers bat­teurs d’ar­mures de France. Une ma­nière, pour cet au­to­di­dacte, d’as­sou­vir son amour de l’his­toire.

Il est l’un des quatre der­niers bat­teurs d’ar­mures de France. Ins­tal­lé à Châ­tel­neuf, Ru­dolph s’est lan­cé dans cette ac­ti­vi­té en au­to­di­dacte, par amour de l’his­toire et pour la pré­ser­va­tion du pa­tri­moine cultu­rel.

«J e suis pas­sion­né d’his­toire de­puis que je suis tout ga­min. Plus par­ti­cu­liè­re­ment par la che­va­le­rie, avec son idéal de jus­tesse et de jus­tice. Tout le monde peut de­ve­nir che­va­lier, c’est une ques­tion de mé­rite. » Jean et pull­over noir, fou­lard en soie noué au­tour du cou, le jeune homme est bat­teur d’ar­mures. Un mé­tier d’un autre temps qu’il exerce dans un mo­deste lo­cal, par­ta­gé avec le gé­rant d’une en­tre­prise spé­cia­li­sée dans le bois, sur les hau­teurs de Châ­tel­neuf.

Ru­dolph, pseu­do­nyme sous le­quel il of­fi­cie, ti­ré du nom que por­taient ses an­cêtres au Moyen Âge, a long­temps fait par­tie de la troupe l’Ost du Phé­nix, à Mon­trond­les­Bains, qui or­ga­nise la fête mé­dié­vale tous les deux ans au châ­teau de la com­mune. Au­près d’eux, il s’est spé­cia­li­sé dans la re­cons­ti­tu­tion d’évé­ne­ments his­to­riques du mi­lieu du XIVe siècle. D’abord en se fa­bri­quant sa propre ar­mure. « Ça m’a tou­jours in­té­res­sé de réa­li­ser moi­même ce que je peux ache­ter. Non pas par sou­ci d’éco­no­mie, mais pour fa­bri­quer du haut de gamme, pré­cise le jeune homme de 28 ans. Ce­la m’a ame­né à ap­prendre sur le tas. »

Cet au­to­di­dacte réa­li­sait les chaus­sures, les robes de ces gentes dames et une grande par­tie des cos­tumes de la troupe. « Je fai­sais ce­la en loi­sir, avec un très bon ami, Meilleur ou­vrier de France en bi­jou­te­rie, qui tra­vaille très bien le bois. Nous étions com­plé­men­taires », se re­mé­more Ru­dolph.

Des gan­te­lets ex­po­sés dans un mu­sée, en Suisse

L’idée de se mettre à son compte, tout en pour­sui­vant son ap­pren­tis­sage a pro­gres­si­ve­ment fait son che­min. Il a lan­cé son en­tre­prise le 10 fé­vrier 2015, après plu­sieurs ex­pé­riences pro­fes­sion­nelles en in­té­rim qui se sont ré­vé­lées in­fruc­tueuses et dé­mo­ti­vantes. « J’ai tra­vaillé à la ver­re­rie de Veauche, puis dix­huit mois dans une en­tre­prise lyon­naise qui a dé­ci­dé, du jour au len­de­main, de ne plus m’ap­pe­ler. J’ai alors com­pris que les usines mi­saient sur des “em­ployés Klee­nex®”. C’est à ce mo­ment­là que j’ai dé­ci­dé de tra­vailler pour moi », ra­conte ce­lui qui a d’abord dé­bu­té une ac­ti­vi­té dans la sou­dure à SaintCy­prien.

Le dé­clic s’opère à la suite d’une quête in­fruc­tueuse de gan­te­lets. « Je n’ai trou­vé que deux fa­bri­cants en Po­logne et ce qu’ils pro­dui­saient ne me conve­nait pas. J’ai donc es­sayé, avec le peu de ma­té­riel que j’avais à l’époque, de les réa­li­ser moi­même. Par la suite, le con­ ser­va­teur d’un mu­sée suisse, si­tué au sein du châ­teau de Chil­lon, s’est in­té­res­sé à ma pro­duc­tion et me les a ache­tés afin de les ex­po­ser », se sou­vient, non sans fier­té, le plus jeune des quatre bat­teurs d’ar­mures ren­cen­sés en France. Ce sa­voir­faire, Ru­dolph l’ac­quiert à la force du poi­gnet et grâce à une cu­rio­si­té te­nace dont il ne se sé­pare ja­mais. « Je dois sa­voir tra­vailler aus­si bien l’acier, le cuir, que l’or­fè­vre­rie ou la cou­ture. Il faut aus­si sa­voir pa­tron­ner un mo­dèle. En fait, on confec­tionne des ha­bits de mé­tal. C’est au­tant un tra­vail de car­ros­sier que de cou­tu­rier. »

Dès son lan­ce­ment, les com­mandes s’en­chaînent. « En 2015, j’ai tra­vaillé pour le 600e an­ni­ver­saire de la ba­taille d’Azincourt ou en­core pour le pro­jet Gal­lois de Fou­gières ­ consi­dé­ré comme le pre­mier gen­darme fran­çais, mort au com­bat ­ au­quel ne par­ti­cipent que les gen­darmes, en ac­ti­vi­té ou re­trai­tés. En fai­sant ce mé­tier, j’es­time que contri­bue à pré­ser­ver notre pa­tri­moine cultu­rel et his­to­rique. C’est im­por­tant. »

« On fait des ha­bits de mé­tal. C’est au­tant un tra­vail de car­ros­sier que de cou­tu­rier »

« Pas plus lourd qu’un pa­que­tage de mi­li­taire »

En gé­né­ral, les com­mandes sont pré­cises. Chaque cui­rasse, jam­bière ou plas­tron qu’il conçoit doit cor­res­pondre à une cer­taine époque. Ce­la tombe bien, Ru­dolph sait par­fai­te­ment da­ter chaque type d’ar­mure. « Je tra­vaille mes créa­tions dans le style du mi­lieu du XIV au dé­but du XVe siècle, ce qui équi­vaut à peu près à la guerre de Cent ans », ré­sume­t­il.

Pas évident tou­te­fois de vendre des ar­mures à Mon­sieur Tout­le­monde en ce dé­but de XXIe siècle. En plus des re­cons­ti­tu­tions mé­dié­vales, Ru­dolphe réa­lise des ar­mures pour ceux qui pra­tiquent des arts mar­tiaux his­to­riques en tour­noi et ceux qui font du Bé­hourd, un sport de com­bat mé­dié­val né­ces­si­tant le port d’une ar­mure. « Elles ne doivent pas être trop mas­sives, entre 25 et 35 kg. Ce n’est fi­na­le­ment pas bien plus lourd que le pa­que­tage d’un sol­dat en Af­gha­nis­tan, com­pare le bat­teur. Elles doivent aus­si être en acier trem­pé, pour avoir un ef­fet res­sort face à un coup d’épée ou de hache. » Avouez que n’im­porte quel mo­dé­liste ne pour­rait pas en dire au­tant sur ses créa­tions… ■

BAT­TEUR D’AR­MURES. Ru­dolph, en­tou­ré de cer­taines de ses créa­tions au sein de son ate­lier, à Châ­tel­neuf.

PHO­TO DR

ART. Des gan­te­lets du XIVe siècle réa­li­sés sur-me­sure.

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