La Ré­gion crée une « po­lice de la langue »

Le Con­seil ré­gio­nal veut im­po­ser sa loi sur la pro­blé­ma­tique des tra­vailleurs dé­ta­chés

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Vie Départementale - Philippe Cros

La Ré­gion a confir­mé, le 9 fé­vrier, la mise en place d’une obli­ga­tion de par­ler fran­çais sur les chan­tiers. Même s’il reste des doutes sur son ap­pli­ca­tion, la vo­lon­té po­li­tique por­tée par Laurent Wau­quiez est claire.

La Ré­gion Au­ver­gneR­hône­Alpes vient d’in­ven­ter la « po­lice de la langue ». Une bri­gade d’au moins trois agents ré­gio­naux char­gés de vé­ri­fier, sur les chan­tiers, l’usage de la langue fran­çaise « suf­fi­sante à com­prendre les consignes de sé­cu­ri­té ».

Laurent Wau­quiez, pré­sident (Les Ré­pu­bli­cains) de la Ré­gion, re­con­naît qu’il s’abrite der­rière des ar­gu­ments de sé­cu­ri­té pour par­ve­nir à ex­clure les tra­vailleurs étran­gers des chan­tiers de la Ré­gion et de ses par­te­naires. « Quand on a 25 % des tra­vailleurs de notre ré­gion qui sont dé­ta­chés, il faut ré­agir », as­sure­t­il. Le Con­seil ré­gio­nal, qui a éga­le­ment créé une obli­ga­tion de four­nir une at­tes­ta­tion sur l’hon­neur pour les em­ployeurs et qui pré­pare une charte avec le BTP, an­nonce des sanc­tions à la suite de contrôles.

« Comment al­lez­vous contrô­ler le ni­veau de fran­çais, on va pas­ser des tests ? », s’in­ter­roge Ali Ben­med­ja­hed (PRG, Ain). « C’est in­ap­pli­cable, es­time An­dréa Ko­ta­rac (Ras­sem­ble­ment ci­toyens, éco­lo­gistes, so­li­daires, Rhône). Qui va contrô­ler qu’ils parlent bien fran­çais ? On va faire une conven­tion avec l’Aca­dé­mie fran­çaise ? » Pour JeanF­ran­çois De­bat (PS, Ain), « c’est dis­cri­mi­na­toire. Est­ce à la Ré­gion de faire la po­lice de la langue ? C’est le rôle de l’em­ployeur. »

Laurent Wau­quiez as­sume : « Oui, nous al­lons faire une “po­lice de la langue fran­çaise” », a­t­il lâ­ché en séance. La dé­li­bé­ra­tion a été sou­te­nue par Pa­trick Mi­gno­la, vice­pré­sident Mo­Dem, parce que « le tra­vail dé­ta­ché est le can­cer du BTP » et parce que « nous as­sis­tons à un ef­fon­dre­ment des com­pé­tences, à force de rem­pla­cer des tra­vailleurs fran­çais par des étran­gers car ils sont moins chers », a in­di­qué l’élu sa­voyard.

Se­lon le pré­sident de la Ré­gion, l’ac­tion lo­cale prime face aux ef­fets de la di­rec­tive eu­ro­péenne sur le tra­vail dé­ta­ché de 1996, qui en­traîne au­jourd’hui « une concur­rence dé­loyale ».

« On ap­pli­que­ra des sanc­tions, pré­vient Laurent Wau­quiez. On pour­ra aus­si ap­pe­ler les en­tre­prises et leur dire : “Ne ve­nez plus nous voir”. Un tra­vailleur, quand il est en France, il doit par­ler fran­çais. Nous al­lons al­ler jus­qu’au bout de ce que va nous per­mettre la loi. C’est un su­jet de longue ha­leine, ce se­ra plus ou moins dif­fi­cile. C’est une lutte, une prio­ri­té et je veux que l’on soit à l’avant­garde. »

Si elle ap­plique son rè­gle­ment à la lettre, la Ré­gion pour­rait s’ex­po­ser à des re­cours. Seul moyen de vé­ri­fier la fai­sa­bi­li­té de sa me­sure. ■ BIO­DI­VER­SI­TÉ

« En France, un tra­vailleur doit par­ler fran­çais »

PHO­TO D’ILLUSTRATION

SÉ­CU­RI­TÉ. Il fau­dra par­ler fran­çais de­main pour tra­vailler sur les chan­tiers de la Ré­gion. Un im­pé­ra­tif d’ordre sé­cu­ri­taire, d’après le pré­sident.

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