Ils forment les meilleures de toutes

Ton­dues, dres­sées, mises en beau­té, les vaches, à Pa­ris, jouent les tops mo­dèles

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Lae­ti­tia Co­hen­det lae­ti­tia.co­hen­det@cen­tre­france.com

Cinq vaches Prim’Hosl­tein, sur les 2,5 mil­lions que compte la France, ont été sé­lec­tion­nées dans la Loire pour le Salon de l’agri­cul­ture.

La ferme des dé­lices, qui s’illustre de­puis long­temps dans les concours, livre ses se­crets de pré­pa­ra­tion des ani­maux.

Sé­lec­tion­né une nou­velle fois pour re­pré­sen­ter la Loire à Pa­ris, le GAEC de Saint-Cyr-les-Vignes lève le voile sur la pré­pa­ra­tion d’une vache en vue du pres­ti­gieux salon de l’agri­cul­ture.

u charme, de l’élé­gance, de la fé­mi­ni­té. » Trois qua­li­tés es­sen­tielles à la vic­toire. Lio­nel Vial jauge ses bêtes d’un oeil ex­pert. Le ma­tin même, un vé­hi­cule a quit­té Saint­Cyr­les­Vignes pour re­joindre la ca­pi­tale, em­por­tant à son bord Co­pa Her­ta, pen­sion­naire du GAEC, sé­lec­tion­née pour dé­fendre les cou­leurs lo­cales au salon de l’agri­cul­ture. L’une des rares élues de France (lire ci­des­sus). La cham­pionne étant ab­sente, les re­gards se tournent vers Lu­cky, jeune gé­nisse iso­lée dans la cour de ferme pour nous ser­vir d’exemple. Une Prim’Hol­stein, comme 179 de ses congé­nères. « C’est la vache la plus ré­pan­due dans le monde, an­nonce Lio­nel Vial. Elle est 100 % lai­tière et s’adapte par­tout. »

Ca­pable de pro­duire 35 litres de lait par jour en moyenne, la Prim’Hol­stein est d’abord no­tée sur son ren­de­ment. Un cri­tère éco­no­mique contrai­gnant, un peu comme les concours de miss ac­ces­sibles sur men­su­ra­tions. « Il faut une note mi­ni­ mum de 87/100, ex­plique Lio­nel Vial. Le salon opère un pre­mier tri in­for­ma­tique à l’échelle na­tio­nale puis une com­mis­sion se dé­place à deux re­prises pour ne gar­der que les meilleures ». Com­mence alors pour l’éle­veur le tra­vail de mise en beau­té.

Lio­nel s’at­taque à la tonte. « Chez les lai­tières, on re­cherche de la fi­nesse (les juges éva­lue­ront quatre pro­prié­tés mor­pho­lo­giques : l’épais­seur du ta­lon, signe de ro­bus­tesse, la for­ me du bas­sin, pro­pice à la dé­li­vrance, la pro­fon­deur de corps, té­moin d’une bonne oxy­gé­na­tion, l’at­tache et l’ir­ri­ga­tion de la ma­melle, N.D.L.R.). Lu­cky a la cuisse et le jar­ret épais. Je vais user d’une lame plus courte pour la mettre en va­leur. Sa mai­greur “na­tu­relle” est le pro­duit de la sé­lec­tion. Elle en­glou­tit 50 kg d’ali­ments chaque jour. Mais tout ce qu’elle mange est trans­for­mé. Chez les bêtes à viande, que l’on re­trouve au co­ mice de Feurs par exemple, c’est l’in­verse. » Il s’agit alors de sou­li­gner leur bonne chère. « Cer­tains ar­rosent leurs vaches l’hi­ver car le froid fa­vo­rise la pousse des poils. »

La can­di­date, la­vée à quatre ou cinq re­prises, est condi­tion­née avant le grand jour. « Ici, les ani­maux sont au calme. Ils n’ont que le chant des oi­seaux pour leur te­nir com­pa­gnie. Mais à Pa­ris, avec la foule… Nous dif­fu­sons de la mu­sique ta­pa­geuse pour les ha­bi­tuer à l’ani­ma­tion. »

Dix à quinze heures de dres­sage sont in­dis­pen­sables ; la bête doit dé­fi­ler avec style. « Le pré­sen­ta­teur, ha­billé en noir et blanc se­lon le rè­gle­ment, est lui aus­si for­mé, glisse Lio­nel Vial. Par sa ges­tuelle, il peut clai­re­ment don­ner un coup de pouce à sa vache ». L’éle­veur, qui compte par­mi les qua­rante juges ha­bi­li­tés en France, maî­trise le cé­ré­mo­nial à la per­fec­tion.

« Une vic­toire ne s’im­pro­vise pas, confie son as­so­ciée Cé­line Gi­raud. Le tra­vail se conduit sur des gé­né­ra­tions et les suc­cès, bien sou­vent, se concré­tisent d’abord à l’échelle dé­par­te­men­tale ». Les Vial ont dé­cro­ché leur pre­mier ru­ban en 1968 avec Prin­cesse. Vingt prix ont ré­com­pen­sé de­puis leurs ef­forts jus­ qu’au sacre de Fa­vie Iséo, pre­mière de sa ca­té­go­rie l’an der­nier, au salon de l’agri­cul­ture.

Le GAEC n’en tire au­cun avan­tage fi­nan­cier. Mais une fier­té cer­taine. « C’est notre pre­mière rai­son de concou­rir, glisse Cé­line Gi­raud. On a de belles vaches, on a en­vie de les mon­trer. » « Les concours nous per­mettent aus­si d’af­fi­ner nos choix, com­plète Lio­nel Vial. On en pro­fite pour dis­cu­ter avec d’autres éle­veurs. On échange des tuyaux sur les tau­reaux qui font de belles gé­nisses (le GAEC a re­cours à l’in­sé­mi­na­tion ar­ti­fi­cielle et choi­sit donc ses mâles re­pro­duc­teurs sur ca­ta­logue, N.D.L.R.). C’est aus­si l’oc­ca­sion de nous re­mettre en ques­tion. L’an der­nier, nous avions chan­gé nos mé­thodes d’ali­men­ta­tion. Nos gé­nisses avaient des re­tards de crois­sance. Nous nous en sommes aper­çus en com­pé­ti­tion. Et puis il y a le cô­té convi­vial et fes­tif. »

Sans ou­blier le gain de no­to­rié­té et la va­lo­ri­sa­tion, in­di­recte, du trou­peau par rap­port aux cours du mar­ché. Une cé­lé­bri­té éphé­mère mais ô com­bien sa­vou­rée (l’an der­nier, les fa­milles Vial et Gi­raud avaient sa­bré le champagne) dans un sec­teur connu pour ses grandes dif­fi­cul­tés. ■

La vic­toire : un tra­vail de longue ha­leine

FERME DES DÉ­LICES. Lio­nel Vial et Lu­cky. L’éle­veur de Saint-Cyr-les-Vignes est is­su d’une longue li­gnée de com­pé­ti­teurs.

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