Les ur­gences de nuit pro­fonde en pé­ril

L’an­tenne lo­cale du centre hos­pi­ta­lier du Fo­rez re­doute la dis­pa­ri­tion des ur­gences en nuit pro­fonde

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Forez Est - Jean-Mi­chel Daf­faud

« Les pa­tients qui n’iront plus à Feurs n’iront pas pour au­tant à Mont­bri­son »

La dé­ci­sion de l’Agence ré­gio­nale de san­té de fer­mer l’ac­cueil des ur­gences en nuit pro­fonde (de mi­nuit à 8 heures) sur le site de Feurs dé­plaît pro­fon­dé­ment aux mé­de­cins.

L’ avis po­si­tif de la CSOS (Com­mis­sion spé­cia­li­sée pour l’or­ga­ni­sa­tion des soins) de fer­mer l’ac­cueil des ur­gences en nuit pro­fonde (de mi­nuit à 8 heures) a pro­vo­qué une le­vée de bou­cliers des mé­de­cins concer­nés par cette in­jonc­tion de l’ARS (Agence ré­gio­nale de san­té). « La dé­ci­sion du di­rec­teur tom­be­ra en mars », a pré­ci­sé Ma­rie­An­drée Por­tier, di­rec­trice du Centre hos­pi­ta­lier du Fo­rez.

Le mé­de­cin chef de ser­vice des ur­gences, le doc­teur Fran­çois Gi­baud, s’émeut de cette dé­ci­sion : « En 2016, il y a eu 17.777 pas­sages aux ur­gences de Feurs (dont 1.600 en nuit pro­fonde), soit 400 de plus qu’en 2015. Des chiffres qui s’ex­pliquent par l’ac­crois­se­ment de la po­pu­la­tion et son vieillis­se­ment. » Et de poin­ter du doigt l’in­co­hé­rence de la me­sure : « Si on ferme à mi­nuit, que fait­on des pa­tients que l’on au­ra pris en charge à 23 h 30 et qui souffrent de pa­tho­lo­gies très lourdes ? À mi­nuit, si le mé­de­cin du Smur est ap­pe­lé à l’ex­té­rieur, il n’y au­ra plus qu’un mé­de­cin in­terne à l’in­té­rieur pour les ur­gences dans les ser­vices de l’hô­pi­tal alors que la loi de 2006 im­pose la pré­sence d’un mé­de­cin dans le ser­vice en per­ma­nence. Ce n’est pas gé­rable », peste le doc­teur Fran­çois Gi­baud.

Autre pra­ti­cien très re­mon­té, le mé­de­cin car­dio­logue Georges Krus­zins­ki, qui exerce de­puis plus de 30 ans à l’hô­pi­tal de Feurs. « Ce­la fait des an­nées que je dé­nonce le dé­tri­co­tage de notre éta­blis­se­ment. C’est un pro­jet qui vise à ré­duire le nombre de lits, ce qui au­ra pour consé­quence la di­mi­nu­tion de l’offre de soins pour Feurs, mais aus­si pour tous les ha­bi­tants du bas­sin de vie. Pen­ser qu’obéir aux in­jonc­tions de l’ARS per­met­tra le re­tour à l’équi­libre fi­nan­cier des deux sites de Mont­bri­son et Feurs est une chi­mère. Les pa­tients qui ne vien­dront plus à Feurs n’iront pas pour au­tant à Mont­bri­son. Ils iront à Roanne, Lyon ou Saint­Étienne ! Et à terme, on af­fai­bli­ra les deux sites », an­ti­cipe le mé­de­cin. Il pour­suit : « La fu­sion entre Feurs et Mont­bri­son est une ca­tas­trophe et elle s’est faite au dé­tri­ment de Feurs. Des mau­vaises dé­ci­sions et des in­ves­tis­se­ments dis­pro­por­tion­nés ont été réa­li­sés à Mont­bri­son qui plombent l’équi­libre fi­nan­cier du CHF. Même re­marque au su­jet de la fer­me­ture de la chi­rur­gie à Feurs alors que nous avions un bloc opé­ra­toire tout neuf. »

Les doc­teurs Oli­vier Ni­co­las de Pa­nis­sières, éga­le­ment pré­sident du Co­mi­té de dé­fense du centre hos­pi­ta­lier et Thier­ry Mar­tin de Bal­bi­gny, ne cachent pas non plus leurs in­quié­tudes quant au de­ve­nir du site de Feurs.

Le doc­teur Gi­baud est prêt à dé­mis­sion­ner

« Pour que des mé­de­cins gé­né­ra­listes viennent s’ins­tal­ler sur un ter­ri­toire, il faut une conti­nui­té des soins avec un hô­pi­tal de proxi­mi­té et des pro­fes­sion­nels de san­té as­su­rant des soins de pre­mier ou se­cond re­cours. La re­la­tion entre gé­né­ra­listes et hô­pi­tal est pri­mor­diale pour éta­blir une re­la­tion de confiance. Avant toute dé­ci­sion im­por­tante, il faut réa­li­ser une en­quête mé­di­co­éco­no­mique ou une si­mu­la­tion. »

Une in­quié­tude qui s’est ren­for­cée lors du der­nier conseil com­mu­nau­taire de Fo­rez Est, le vote d’une mo­tion de­man­dant le main­tien des ur­gences la nuit ayant été re­pous­sé au mois de mars. Après la dé­ci­sion de l’ARS ? D’au­tant que les conseillers com­mu­nau­taires fo­ré­ziens, le doc­teur Claude Mont­dé­sert (an­cien mé­de­cin de l’hô­pi­tal) et Jean­Pierre Taite (maire de Feurs) penchent plu­tôt du cô­té de l’ARS. « On de­vrait au contraire avoir leur sou­tien », sou­pirent les quatre mé­de­cins. Le doc­teur Gi­baud as­sure : « Si la dé­ci­sion de fer­mer les ur­gences de nuit pro­fonde est prise, je dé­mis­sion­ne­rai de mon poste de chef de ser­vice. » ■

DÉSAC­CORD. Les mé­de­cins, Thier­ry Mar­tin, Oli­vier Ni­co­las, Fran­çois Gi­baud et Georges Krus­zyns­ki, sont vent de­bout contre la dé­ci­sion de fer­mer les ur­gences de mi­nuit à 8 heures.

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