Le ser­vice pu­blic au­rait-il des li­mites ?

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Vie Départementale -

La di­rec­tion vante son mo­dèle so­cial, les syn­di­cats in­voquent un plan de li­cen­cie­ments dé­gui­sé.

La Poste ne li­cen­cie pas. Ce­la dit, les dé­parts en re­traite et les ren­vois dis­ci­pli­naires ne sont pas rem­pla­cés. Louis Sou­lier, se­cré­taire gé­né­ral CGT FAPT Loire (pre­mier syn­di­cat de la branche), fait les comptes. « Le groupe a per­du 100.000 em­plois en dix ans. Pour le dé­par­te­ment, ce­la re­pré­sente 80 postes en moins chaque an­née rien que chez les fac­teurs. Si ça, ce n’est pas un plan so­cial dé­gui­sé… »

Un ac­tion­na­riat pu­blic…

Le dé­lé­gué, sans sur­prise, parle de « stress, de fa­tigue, d’épui­se­ment phy­sique et mo­ral ». Une vague de sui­cides, à l’au­tomne 2016, a d’ailleurs contraint le groupe à lâ­cher du lest dans les né­go­cia­tions na­tio­nales sur les condi­tions de tra­vail. À vou­loir al­ler trop loin, trop vite, la di­rec­tion re­nie­rait sa mis­ sion de ser­vice pu­blic. « Em­ployer le mot en réunion de­vient pra­ti­que­ment une in­sulte », re­grette Sé­bas­tien Sou­lier.

Sauf que l’en­tre­prise, so­cié­té ano­nyme de­puis 2010, n’a pas vo­ca­tion à jouer les phi­lan­thropes. « Nos ac­tion­naires (la Caisse des dé­pôts et consi­gna­tions et l’État, N.D.L.R.) sont pu­blics, certes, mais ce sont nos pro­duits et nos pro­duits seule­ment qui nous ré­mu­nèrent, rap­pelle Clo­tilde Bou­cher, di­rec­trice des pro­jets. Or notre ac­ti­vi­té glo­bale di­mi­nue de 20 % tous les trois ans. »

… mais des en­jeux pri­vés

La cour des comptes es­time à 500 mil­lions d’eu­ros la perte an­nuelle de chiffre d’af­faires. « Il reste tout de même en­core 849 mil­lions d’eu­ros de bé­né­fice net, constate Sé­bas­tien Sou­lier. Le ré­sul­tat en 2016 a même pro­gres­sé de 33,6 % par rap­port à 2015. Pour une en­tre­prise en crise, cer­tains doivent nous en­vier… » ■

« Nous avons aus­si dé­ve­lop­pé les mai­sons de ser­vice au pu­blic, glisse Clo­tilde Bou­cher. Il en existe trois dans la Loire à Bel­mont, La Pa­cau­dière et Saint­Just­en­Chevalet. Là, nous avons fait le choix de main­te­nir un bu­reau et de l’ou­vrir à d’autres ser­vices de l’État : Pôle em­ploi, la caisse d’al­lo­ca­tions fa­mi­liales, la Sé­cu­ri­té so­ciale. » Tous ac­ces­sibles via… un poste in­for­ma­tique. « Des co­quilles vides, s’es­claffe Sé­bas­tien Sou­lier. Les usa­gers ont plus vite fait de consul­ter les sites web en ques­tion de­puis leur do­mi­cile ! » Sauf à ne pas dis­po­ser d’ac­cès In­ter­net, ré­torque la di­rec­tion qui se flatte d’ai­der à ré­duire la frac­ture nu­mé­rique.

À dé­lé­guer une grande par­tie de son ac­cueil his­to­rique, La Poste se plie à une éton­nante gym­nas­tique : elle doit en­tre­te­nir son ré­seau, pal­lier, lorsque ce­la se pré­sente, les fer­me­tures de com­merce et for­mer ses dé­lé­ga­taires. « Nous avons ima­gi­né tout un dis­po­si­tif à leur in­ten­tion, ex­plique Clo­tilde Bou­cher. La prise en charge tech­nique et l’équi­pe­ment (ba­lance, smart­phone, si­gna­lé­tique) res­tent à notre charge et nous les ac­com­pa­gnons lors de la mise en place. Nous opé­rons un sui­vi, avant, pen­dant et après l’ou­ver­ture. Plu­sieurs agents, chez nous, se chargent d’ani­mer ces par­te­na­riats. Ce­la a per­mis de créer de nou­veaux mé­tiers. »

Un mou­ve­ment de fond tra­verse l’en­tre­prise. La

COM­PLEXE. Dif­fi­cile, se­lon la cour des comptes, de « trou­ver le bon équi­libre entre le rythme des trans­for­ma­tions et le main­tien d’un cli­mat so­cial sa­tis­fai­sant ».

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