Fac­teur, le nou­vel homme à tout faire

Ils col­lectent les car­tons, livrent les mé­di­ca­ments, ins­tallent des ta­blettes tac­tiles…

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Vie Départementale - Lae­ti­tia Co­hen­det lae­ti­tia.co­hen­det@cen­tre­france.com

La Poste di­ver­si­fie les tâches confiées aux fac­teurs. En 2020, les agents de­vront ef­fec­tuer 20 nou­veaux ser­vices en moyenne chaque se­maine dans le cadre de leur tour­née.

n est créa­tif », sou­rit Clo­tilde Bou­cher, di­rec­trice des pro­jets à La Poste. « Pour sûr, iro­nise Sé­bas­tien Sou­lier, dé­lé­gué gé­né­ral CGT FAPT Loire. Ils ont une idée à la mi­nute. Sur Pa­ris, c’est même un fes­ti­val. Ils ex­pé­ri­mentent dé­jà le por­tage de linge à la blan­chis­se­rie ».

Bien obli­gé se­raient ten­tés de ré­tor­quer les cadres de l’en­tre­prise, confron­tés, de­puis dix ans, au cas­se­tête de la ré­ces­sion. Baisse d’ac­ti­vi­té des bu­reaux (lire par ailleurs) mais aus­si chute dras­tique et conti­nue des vo­lumes de cour­rier. ­ 6 % chaque an­née se­lon Phi­lippe Ma­les­son, di­rec­teur ad­joint de la branche ser­vices cour­rier­co­lis pour la zone Loi­reVal­lée du Rhône.

Du­re­ment tou­chée, La Poste a je­té toutes ses forces dans les ac­ti­vi­tés en dé­ve­lop­pe­ment telles que le cour­rier pu­bli­ci­taire, les re­com­man­dés, les co­lis (un par­ti­cu­lier dis­po­sant d’une boîte nor­mée peut af­fran­chir son pa­quet sur In­ter­net et le dé­po­ser di­ rec­te­ment à l’in­té­rieur ­ il se­ra ré­cu­pé­ré par le fac­teur) ou les pe­tits pa­quets in­ter­na­tio­naux en pro­ve­nance de Chine.

Autre vo­let stra­té­gique : conqué­rir de nou­veaux ter­ri­toires et donc confier de nou­velles mis­sions aux fac­teurs. Les­quelles ? Les ser­vices sont va­riés : de la re­mise com­men­tée (le fac­teur sonne à votre porte pour vous dé­li­vrer un pro­duit pu­bli­ci­taire ap­puyé de quelques bons conseils (900 pres­ta­tions ont été as­su­rées, dans ce cadre, pour l’en­tre­prise Gé­né­ form dans le Fo­rez) au re­cy­clage de pa­piers ré­cu­pé­rés lors des tour­nées en en­tre­prises en pas­sant par l’ad­mi­nis­tra­tion de ques­tion­naires. « On réa­lise de mi­ni­études de mar­ché pour le compte de so­cié­tés, ex­plique Phi­lippe Ma­les­son. Le fac­teur de­vient pres­ta­taire de proxi­mi­té. »

Ce lun­di, Cy­ril Al­lard, fac­teur qua­li­té, sonne au nu­mé­ro 9 de la place du Fo­rez. Odette, 94 ans, a fait l’ac­qui­si­tion d’une ta­blette An­droïd, com­mer­cia­li­sée par le groupe. Conver­tie à l’in­for­ma­tique sur le tard, la Fo­ré­zienne n’eut pas ima­gi­né fran­chir le pas du tac­tile sans as­sis­tance. Cy­ril Al­lard lui consacre 1 h 30 de son temps pour l’ini­tier, en dou­ceur, aux ap­pli­ca­tions mé­téo, pro­gramme TV, jeux, ra­dio et ap­pa­reil pho­to. La silver éco­no­mie : un gros dé­bou­ché pour le groupe qui dé­ve­loppe le por­tage de mé­di­ca­ments (une tren­taine de phar­ma­cies ont sous­crit au ser­vice dans la Loire), ou de courses ali­men­taires (ex­pé­ri­men­té sur Le Chey­lard).

Plus ré­cente, l’offre “Veillez sur mes pa­rents” a ger­mé suite à la ca­ni­cule. Sur le prin­cipe, La Poste s’en­gage à vé­ri­fier l’état de san­té “ap­pa­rent” des plus fra­giles. Cinq mi­nutes ga­ran­ties au do­mi­cile pour 55 eu­ros par mois. « Nos agents ne sont ni des in­fir­miers, ni des doc­teurs, aver­tit Phi­lippe Ma­les­son. En cas de pro­blème, ils contactent la fa­mille. »

Les fac­teurs réa­lisent deux nou­veaux ser­vices par se­maine en moyenne. En 2020, ils de­vront en in­té­grer une ving­taine. La Poste es­père ain­si dé­ga­ger 200 mil­lions d’eu­ros sur le plan na­tio­nal. « Mais pas ques­tion de les trans­for­mer en su­per VRP mul­ti­cartes, nuance Phi­lippe Ma­les­son. Il ne s’agit pas de com­mer­cia­li­ser des vo­lets ou des as­pi­ra­teurs. On reste à la pé­ri­phé­rie du mé­tier. Tous ces ser­vices doivent avoir un lien avec nos va­leurs. »

Le groupe mise sur le ca­pi­tal confiance de ses sa­la­riés. Le fac­teur reste la deuxième per­son­na­li­té pré­fé­rée des Fran­çais der­rière le bou­lan­ger ; la seule qui, as­ser­men­tée, ait un ac­cès illi­mi­té aux ap­par­te­ments de l’Hexa­gone.

Les syn­di­cats, eux, grin­ cent des dents. En soi, la di­ver­si­fi­ca­tion du mé­tier ne les ef­fraie pas. « Quand je tra­vaillais parc des Comtes du Fo­rez, on mon­tait dé­jà du pain et des mé­di­ca­ments aux clients, se sou­vient Sé­bas­tien Sou­lier. La Poste nous dit “OK conti­nuez à le faire, sauf qu’on va le mo­né­ti­ser”. Ad­met­tons, l’idée n’est pas mau­vaise. En­core une fois, nous ne sommes pas pour le sta­tu quo mais nous vou­lons les moyens de tra­vailler. On n’a dé­jà pas le temps, au­jourd’hui, de réa­li­ser nos tour­nées. Oui, la di­mi­nu­tion de tra­fic est réelle. Mais elle n’at­teint pas les pro­por­tions an­non­cées. La di­rec­tion, en fait, an­ti­cipe la baisse. La pla­ni­fi­ca­tion du tra­vail re­pose sur des don­nées hy­po­thé­tiques. Quand j’ai dé­bu­té dans le mé­tier, des or­ga­ni­sa­teurs nous sui­vaient dans nos tour­nées, chro­no­mètre à la main, pour éva­luer le temps pas­sé sur le ter­rain. Ça n’existe plus de­puis dix ans. Les ca­dences ré­sultent de cal­culs théo­riques. C’est comme ça qu’on nous donne 30 se­condes pour li­vrer un re­com­man­dé, que la per­sonne ha­bite au rez­de­chaus­sée ou au qua­trième étage sans as­cen­seur. Quand un col­lègue rentre sans avoir fi­ni de dis­tri­buer une rue, il le vit très mal. Et c’est bien là le plus grand mal dont souffrent les pos­tiers : ne plus pou­voir exer­cer cor­rec­te­ment leur mé­tier. » ■

« Pas ques­tion de trans­for­mer les fac­teurs en su­per­VRP »

« Nous vou­lons les moyens de tra­vailler »

SILVER ECONOMIE. Rat­ta­ché à la pla­te­forme de Saint-JustSaint-Ram­bert, Cy­ril Al­lard ins­talle des ta­blettes An­droïd au do­mi­cile des se­niors.

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