Le dé­pu­té Georges Fe­nech choi­sit la voie de l’in­dé­pen­dance

L’an­cien ma­gis­trat a dit tout haut ce que beau­coup dans son camp pensent en­core tout bas

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Vie Départementale - Lu­do­vic Daim

Le dé­pu­té du Rhône, qui a ti­ré le pre­mier la son­nette d’alarme, s’in­ter­dit dé­sor­mais de par­ler de Fran­çois Fillon. Por­trait.

Il re­fuse d’abor­der le su­jet. « Je me suis ex­pri­mé le pre­mier, le plus fort. J’ai dé­fen­du le plan B de­puis le dé­but. J’ai ap­pe­lé aux can­di­da­tures de Jup­pé, de Ba­roin. Elles ont échoué. Je re­pren­drai la pa­role au soir du pre­mier tour, le 23 avril », pose Georges Fe­nech d’un ton désa­bu­sé par le fra­cas pré­vi­sible de ca­len­driers po­li­tique et ju­di­ciaire en­tre­cho­qués. La prise de po­si­tion an­tiFillon, au mo­ment où le can­di­dat de la droite et du centre n’en était en­core qu’aux pré­mices de ses dé­mê­lés, avait fait dire à un ob­ser­va­teur de la vie po­li­tique lyon­naise, y voyant sans doute une ma­noeuvre, que le dé­pu­té sar­ko­zyste du Rhône était « ma­lin comme un pe­tit re­nard du dé­sert ».

« Je n’ai été le pois­son pi­lote de per­sonne. Il ne s’agis­sait que de sau­ver ma famille po­li­tique et l’al­ter­nance. Et puis mon nom ne s’or­tho­gra­phie pas comme l’ani­mal », rec­ti­fie M. Fe­nech qui re­ connaît tou­te­fois que l’un de ses pro­fes­seurs de maths au ly­cée Pon­sard à Vienne (Isère), lui aus­si adepte de l’iro­nie or­tho­pho­nique, lui in­ti­mait de « ren­trer dans son ter­rier » quand il se mon­trait « un peu tur­bu­lent ». « Fe­nech, c’est un peu les Du­pontDu­rand à Malte d’où nous sommes ori­gi­naires. C’est un nom qui a es­sai­mé de­puis les Croi­sades. » Jus­qu’en Tu­ni­sie où la famille du par­le­men­taire LR s’im­plante en 1850. Les Fe­nech y res­te­ront plus de 200 ans. Jus­qu’en 1963 et l’in­dé­pen­dance. For­tu­né Fe­nech, le père, doit aban­don­ner les vastes champs d’oli­viers, na­tio­na­li­sés, qu’il ex­ploi­tait avec son frère Édouard, à Mah­dia, dans le sud tu­ni­sien. Georges a 8 ans. « Nous sommes re­par­tis de zé­ro. » For­tu­né et sa femme Ma­rie­Anne, « une belle Ita­lienne aux yeux bleus », dé­crit Georges Fe­nech, re­prennent un bar­res­tau­rant, place de la Paix à Gi­vors, à deux pas de l’ac­tuelle per­ma­nence de leur fils. « Nous avons at­ ter­ri dans la ré­gion lyon­naise parce que mon père avait un cou­sin qui s’y trou­vait dé­jà. » Ro­ger Fe­nech est vite de­ve­nu un poids lourd de la po­li­tique lyon­naise, conseiller gé­né­ral, maire du 9e ar­ron­dis­se­ment de Lyon et de La Du­chère, le quar­tier des ra­pa­triés d’Afrique du nord, dé­pu­té, fon­da­teur du Centre des dé­mo­crates so­ciaux (CDS) avec Pierre Mé­hai­gne­rie.

« C’était une sta­ture. Il fai­sait 1,90 m. C’était Ro­ger Ha­nin avec toute la fa­conde pied noir. Il m’a beau­coup ins­pi­ré. J’ai gran­di dans son ombre. » À Gi­vors, dans une ville dé­jà « très cos­mo­po­lite » où « les com­mu­nau­tés ont tou­jours su culti­ver leurs tra­di­tions sans tom­ber dans le com­mu­nau­ta­risme ». Une en­fance six­ties « mo­deste mais joyeuse » ryth­mée par le juke­box du ca­fé fa­mi­lial. Le ly­céen par­fois « tur­bu­lent » donne un étu­diant plein de ta­lent, ad­mis à l’École na­tio­nale de la ma­gis­tra­ture en 1978, qui de­vien­dra un juge d’ins­truc­tion lyon­nais abon­né aux dos­siers sen­sibles, l’as­sas­si­nat du juge Re­naud, le gang des Lyon­nais, la Scien­to­lo­gie, le fi­nan­ce­ment illé­gal de la Fé­dé­ra­tion PS du Rhône... Il vien­dra à la chose pu­blique par le syn­di­ca­lisme et la très droi­tière As­so­cia­tion pro­fes­sion­nelle des ma­gis­trats, dont il de­vien­dra le pré­sident « pour me battre contre le noyau­tage de la jus­tice par le Syn­di­cat de la ma­gis­tra­ture ( clas­sé très à gauche. N.D.L.R. )».

En 2001, Georges Fe­nech se met en dis­po­ni­bi­li­té de la ma­gis­tra­ture pour se pré­sen­ter aux lé­gis­la­tives sur la 11e cir­cons­crip­tion du Rhône. Celle de Gi­vors, un ter­ri­toire au­quel il se dit « vis­cé­ra­le­ment at­ta­ché », qu’il met en avant à la moindre oc­ca­sion, des vins de Con­drieu à la soupe au chou de Saint­An­dré­la­Côte, comme der­niè­re­ment alors qu’il est l’in­vi­té d’Anne Rou­ma­noff sur Eu­rope 1. Il y est élu de­puis 2002. Et compte bien l’être en­core en juin pro­chain.

« La lé­gi­ti­mi­té du suf­frage uni­ver­sel me per­met de faire plus bou­ger les choses que de l’in­té­rieur », ex­plique ce re­trai­té de la ma­gis­tra­ture qui se sent « tou­jours ma­gis­trat ». Il est l’un des pères de la ré­ten­tion de sû­re­té, du bra­ce­let élec­tro­nique, des peines plan­cher et à ce titre l’un des ad­ver­saires fa­rouches de Ch­ris­tiane Tau­bi­ra quand elle était place Ven­dôme. « Fa­rouche sur le plan idéo­lo­gique mais res­pec­tueux de la per­sonne. C’était la meilleure. »

Georges Fe­nech ne veut plus par­ler de Fillon mais le can­di­dat « jus­qu’au bout » re­vient for­cé­ment dans la conver­sa­tion, dans celles qu’il a avec les ci­toyens sur le ter­rain, dans la presse qui fait re­mon­ter qu’il a lui­même em­ployé son ex­femme pour ses re­la­tions pu­bliques « pour 450 € men­suels », a­t­il ré­tor­qué. « Je se­rais un dé­pu­té heu­reux s’il n’y avait pas toutes ces af­faires qui oc­cultent le dé­bat, no­tam­ment sur notre jus­tice qui se clo­char­dise. » ■

Juge abon­né aux dos­siers sen­sibles

THO­MAS PADILLA/MAXPPP

FA­TA­LISTE. Georges Fe­nech s’est fi­na­le­ment ré­so­lu à ac­cor­der son par­rai­nage à Fran­çois Fillon.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.