« Il ne condui­ra plus ja­mais »

Deux pié­tons ren­ver­sés sur un pas­sage pro­té­gé

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Faits Divers - Justice - Ro­dolphe Mon­ta­gnier ro­dolphe.mon­ta­gnier@cen­tre­france.com

Il y a un an, un au­to­mo­bi­liste pon­tram­ber­tois, han­di­ca­pé suite à une rup­ture d’ané­vrisme, avait ren­ver­sé une mère et son en­fant sur un pas­sage pro­té­gé. Les vic­times avaient dis­pa­ru de son champ de vi­sion.

Il y a for­cé­ment er­reur sur la per­sonne. L’homme qui s’avance dif­fi­ci­le­ment à la barre du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de SaintÉ­tienne ne peut pas être im­pli­qué dans un ac­ci­dent de voi­ture. Ou alors comme vic­time mais pas comme pré­ve­nu. Et pour­tant…

La par­tie gauche du corps pa­ra­ly­sée

Son bras gauche pa­ra­ly­sé et sa main re­cro­que­villée l’obligent à s’ap­puyer sur une bé­quille mais c’est bien lui qui, le 16 mars 2016, était au vo­lant de la voi­ture qui, en mi­lieu d’après­mi­di, a ren­ver­sé deux pié­tons en­ga­gés sur un pas­sage pro­té­gé, à Saint­Just­Saint­Ram­bert.

Quelques se­condes avant le choc, le quin­qua­gé­naire a vu cette femme ac­com­pa­gnée de trois en­fants sur le trot­toir. Il était per­sua­dé qu’ils étaient res­tés sur le bas­cô­té quand le choc s’est pro­duit. Elle a pen­sé que, compte te­nu de la vi­tesse mo­dé­rée à la­quelle ar­ri­vait le vé­hi­cule, elle avait le temps de tra­ver­ser. Et qu’au pire, il ra­len­ti­rait pour les lais­ser fi­nir leur tra­ver­sée. Elle ne pou­vait pas sa­voir qu’au vo­lant se trou­vait un han­di­ca­pé qui les a lit­té­ra­le­ment per­dus de vue.

Il y a quelques an­nées, le pré­ve­nu pos­sé­dait une conces­sion au­to­mo­bile et em­ployait une di­zaine de per­sonnes. Une rup­ture d’ané­vrisme est ve­nue bou­le­ver­ser le quo­ti­dien d’un homme ma­rié et père de trois en­fants. S’il est res­té en vie, il a per­du l’usage d’une par­tie gauche de son corps. Des mois d’hos­pi­ta­li­sa­tion lui ont aus­si fait perdre son en­tre­prise tan­dis que sa femme l’a quit­té. Il s’est bat­tu pour res­ter suf­fi­sam­ment au­to­nome.

Une vue à 120 de­grés au lieu de 180

« Compte te­nu de ses dif­fi­cul­tés pour mar­cher, son per­mis de conduire re­pré­sen­tait un en­jeu consi­dé­rable, ex­pli­que­ra son avocat. Il a re­pris des le­çons et re­pas­sé son exa­men. » Son vé­hi­cule a été en­tiè­re­ment équi­pé pour lui per­mettre de conser­ver ce mi­ni­mum de li­ber­té. Ce jour­là, il re­ve­nait d’ailleurs de faire chan­ger ses pneus. Si cette mère et son pe­tit gar­çon de cinq ans ont échap­pé à son at­ten­tion, c’est que son ac­ci­dent de san­té lui a ôté une par­tie de sa vue. Il n’y voit plus qu’à 120 de­grés au lieu de 180. Les pié­tons se sont re­trou­vés dans cet angle mort de 60 de­grés.

Même s’il ne rou­lait pas vite comme en at­teste l’ab­sence de marques sur sa car­ros­se­rie, l’im­pact a fait des dé­gâts : frac­ture du pé­ro­né, en­torse du ge­nou et che­ville plâ­trée pour la mère, sans né­gli­ger le choc psy­cho­lo­gique. Elle a cru que son pe­tit gar­çon de cinq ans était mort. Il a sim­ple­ment été lé­gè­re­ment tou­ché. Son frère et un co­pain, eux, sont par­ve­nus à évi­ter la col­li­sion. Tous re­ve­naient de l’en­traî­ne­ment de foot du mer­cre­di après­mi­di.

Quatre mois et de­mi d’ar­rêt de tra­vail pour cette femme de mé­nage qui s’est por­tée par­tie ci­vile et d’im­por­tants troubles du som­meil pour son pe­tit gar­çon. Leur avo­cate de­mande une ex­per­tise mé­di­cale pour la femme et 3.000 € de pro­vi­sion ain­si que 4.000 € de dom­mages et in­té­rêts au titre du pré­ju­dice moral pour l’en­fant.

« Une simple dis­pense de peine »

« Mon­sieur doit prendre conscience de son état mé­di­cal, re­prend Jean­Phi­lippe Bel­per­ron. Il n’a plus la même vi­tesse de ré­ac­tion, la même ai­sance. Il doit faire preuve de sur­con­cen­tra­tion au vo­lant. Sa faute existe mal­gré son han­di­cap mais les vic­times doivent sa­voir qu’il n’est pas « pas­sé à tra­vers les gouttes » et que son per­mis de conduire est va­lable et contrô­lé. » Même si après l’ac­ci­dent, un ex­pert a es­ti­mé qu’« il ne doit plus conduire ». Le sub­sti­tut du pro­cu­reur de la Ré­pu­blique re­quiert quatre mois de sus­pen­sion du sé­same rose et 135 € d’amende.

« Mon client a été ca­tas­tro­phé par ce qui est ar­ri­vé, en­chaîne son avocat. Il n’a plus conduit de­puis et ne condui­ra plus ja­mais. Une dis­pense de peine me semble adap­tée ».

Le tri­bu­nal, pré­si­dé par Ma­rine Men­nes­son a sui­vi les ré­qui­si­tions du mi­nis­tère pu­blic. Il a éga­le­ment ac­cor­dé 1.000 € à la pe­tite vic­time ain­si qu’une ex­per­tise mé­di­cale et 3.000 € de pro­vi­sions à sa mère. ■

La mère a cru que son pe­tit gar­çon était mort

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