Ce vil­lage fan­tôme qui hante le Fo­rez

Lieu de vil­lé­gia­ture jusque dans les an­nées 2000, le vil­lage est dé­sor­mais la proie des ronces

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Lae­ti­tia Co­hen­det lae­ti­tia.co­hen­det@cen­tre­france.com

IN­SO­LITE. À l’aban­don de­puis 2001, le vil­lage va­cances de Chalmazel, res­té “dans son jus”, est ré­gu­liè­re­ment vi­si­té par les squat­teurs.

DÉ­MO­LI­TION. Après plu­sieurs pro­jets de re­prise avor­tés, la com­mune et Loire Fo­rez ont ac­té la dé­mo­li­tion. La né­go­cia­tion est en cours avec les pro­prié­taires.

Am­biance wes­tern dans les monts du Fo­rez. Le vil­lage va­cances de Chalmazel, bat­tu par les vents, est à l’aban­don de­puis seize ans.

La bise em­porte avec elle les mur­mures d’au­tre­fois : concert des four­neaux, cla­meurs des soirs de fête. Res­ca­pés de l’époque bé­nie cinq corps de bâ­ti­ment conçus dans le style “pa­que­bot des neiges”, très à la mode en 1970, s’en­lisent dans les herbes hautes. Le temps a bouf­fé ici la moindre par­celle de vie. Gri­gno­té les plâtres, fra­cas­sé les vitres, meur­tri les tuiles, cre­vé jus­qu’aux re­vê­te­ments iso­lants des pla­fonds. Mais les traces de pré­sence hu­maine ré­sistent : guir­landes de Noël et d’Hal­lo­ween se ba­lancent en­core dans les salles com­munes. Des éclats de verre crissent sous nos pas. Les cages d’es­ca­lier, noyées dans la pé­nombre, n’in­vitent pas à l’ex­plo­ra­tion. Lu­gubre so­li­tude que per­turbent d’ef­frayants cla­que­ments. Le vil­lage fan­tôme porte bien son nom. Seize an­nées que le hantent mu­sa­raignes et squat­teurs en tous genres.

L’his­to­rique du site re­monte au siècle der­nier. En 1971, le vil­lage, construit par la com­mune, est confié en ges­tion au groupe VVF. Do­tée de 350 lits, la struc­ture tourne à plein dix mois sur douze. Le bail de trente ans court jus­qu’en 2001 mais l’ex­ploi­tant presse en 1994 la mai­rie de créer des ou­ver­tures. L’idée est d’ins­tal­ler des ter­rasses et d’em­bel­lir l’exis­tant pour ne pas las­ser les tou­ristes. Le de­vis avoi­sine le mil­lion de francs ; trop oné­reux pour la bour­gade qui met fin à la conven­tion. « Avec un ac­cord des deux par­ties », pré­cise Valéry Gout­te­farde, l’ac­tuel maire de Chalmazel­Jean­sa­gnière.

Un ges­tion­naire in­car­cé­ré aux Bau­mettes

Les élus trouvent un pro­mo­teur im­mo­bi­lier de Cler­montFer­rand in­té­res­sé par le site. Or­val Loi­sirs ra­chète tous les bâ­ti­ments. À l’époque, la com­mune ne touche pas un cen­time dans l’af­faire mais y gagne quatre pe­tits stu­dios de 23,63 m2. Leur lo­ca­tion doit rap­por­ter chaque an­née 7 à 8 % de leur va­leur soit un loyer de 12.000 francs. Treize pri­vés in­ves­tissent dans les mêmes condi­tions. Un cou­vreur d’Ol­liergues, ap­pe­lé sur le chan­tier de ré­no­va­tion de 30 des 60 ap­par­te­ments en 1998, est lui aus­si gra­ti­fié d’un lo­ge­ment, sans autre forme de ré­mu­né­ra­tion.

Or­val confie l’ex­ploi­ta­tion de son nou­veau vil­lage à L’Es­cale du Fo­rez. Son gé­rant, « un gars du Sud », pré­cise Valéry Gout­te­farde, est char­gé de louer les ap­par­te­ments et d’ani­mer le pub dis­co­thèque. « Ce­la a fonc­tion­né de 1998 à 2001, pré­cise le maire qui se sou­vient avoir pas­sé quelques bonnes soi­rées, dans sa jeu­nesse, au sein du com­plexe. Il fai­sait vivre le site l’été. » Mais en 2001, le gé­rant est mis en exa­men et in­car­cé­ré aux Bau­mettes à Mar­seille. Sans lien di­rect, nous dit­on, avec ses af­faires dans le Fo­rez. Qu’im­ porte. Or­val se re­trouve au pied du mur. « Le pro­mo­teur avait fait un mi­ni­mum d’in­ves­tis­se­ments. Il a été mis en re­dres­se­ment ju­di­ciaire. » La li­qui­da­tion est iné­luc­table et le bâ­ti­ment fer­mé.

« Le dé­but de la des­cente aux en­fers, souffle Valéry Gout­te­farde. Il y avait des em­prunts contrac­tés, no­tam­ment, au­près du Cré­dit agri­cole. Les pro­prié­taires, dont la com­mune, ont dû faire une croix sur leur ren­trée d’ar­gent an­nuelle. Le pre­mier hi­ver a été par­ti­cu­liè­re­ment rude. Rien n’avait été vi­dan­gé, sa­chant qu’il y avait une chau­dière cen­trale… Pa­ta­tras ».

Les né­go­cia­tions ont dé­bu­té avec les pro­prié­taires en vue de la dé­mo­li­tion

Le tri­bu­nal de com­merce cler­mon­tois, en sa qua­li­té de li­qui­da­teur, tente de mettre le tout en vente. « Pen­dant dix ans, on a eu une per­sonne ou deux in­té­res­sées tous les six mois. En 2013, un Mont­bri­son­nais ori­gi­naire de Hol­lande est al­lé loin dans la dé­marche. Beau­coup pen­saient que c’était fait. Il avait ef­fec­tué du dé­brous­saillage… Mais une étude, sub­ven­tion­née par le Dé­par­te­ment et la Ré­gion, a dé­mon­tré qu’il fal­lait trois mil­lions d’eu­ros pour ré­ha­bi­li­ter le site et Ro­gier Van Stra­tum n’a pas trou­vé de par­te­naires pour in­ves­tir à ses cô­tés. » Dé­ci­sion a fi­na­le­ment été prise de tout écrou­ler. ■

LU­GUBRE. Le vil­lage va­cances, construit par la com­mune en 1971, avait été confié en ges­tion au groupe VVF.

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