Une Mont­bri­son­naise à la tête du mu­sée des Con­fluences à Lyon

Pour Hé­lène La­font­Cou­tu­rier, di­ri­ger le mu­sée des Con­fluences est un « abou­tis­se­ment »

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Etienne Chaize etienne.chaize@cen­tre­france.com

Spé­cia­liste de la pein­ture de la fin du XIXe siècle for­mée à l’ar­chéo­lo­gie, la Mont­bri­son­naise Hé­lène La­font-Cou­tu­rier di­rige, de­puis 2012, le pres­ti­gieux mu­sée des Con­fluences, à Lyon, bien loin des po­lé­miques qui ont ac­com­pa­gné la construc­tion de l’édi­fice.

Du haut de son bu­reau, au som­met d’un bâ­ti­ment né dans la dou­leur, Hé­lène La­fontCou­tu­rier peut je­ter son re­gard là où Rhône et Saône se mêlent. Dans le calme feu­tré des cou­lisses du mu­sée des Con­fluences, à l’abri du tu­multe des salles d’ex­po­si­tions qui ne désem­plissent pas, la Mont­bri­son­naise se sent bien. C’est dans une salle de mu­sée fer­mée au pu­blic qu’est née sa vo­ca­tion. « Je ve­nais de mi­grer en fac d’His­toire. Je me sou­viens d’un mon­tage d’ex­po­si­tion au mu­sée d’art et d’in­dus­trie de Saint­Étienne, dans le cadre de mon cours d’his­toire de l’Art. Je me suis dit : “C’est ça que je veux faire” », se re­mé­more­t­elle.

Dé­sor­mais, elle di­rige une équipe de près d’une cen­taine de per­sonnes, cher­cheurs, conser­va­teurs ou res­pon­sables de mé­dia­tion cultu­relle, donne le cap du pre­mier mu­sée de France hors Pa­ris (lire en­ca­dré) et est sol­li­ci­tée par ses confrères et consoeurs du monde en­tier, ins­pi­rés par la mu­séo­gra­phie ori­gi­nale des Con­fluences. « L’abou­tis­se­ment » d’une car­rière bien rem­plie qui prend ra­cine dans une en­fance mar­quée par la cul­ture.

Cette fille de mi­no­tier mont­bri­son­nais, pion­nier de la fa­rine bio­lo­gique, évoque un grand­père, au­tant ar­tiste que meu­nier. Elle ra­conte les ta­bleaux, par­tout au­tour d’elle, et ce grand­oncle, le Père Cou­tu­rier, do­mi­ni­cain, ac­teur du re­nou­veau de l’art sa­cré, dont on lui par­lait tant. « J’ai tou­jours bai­gné là­de­dans… », sou­rit­elle.

Mal­gré une ten­ta­tive de re­je­ter cet ap­pel du monde cultu­rel, elle y re­vient à fond en sui­vant un double cur­sus. En même temps qu’elle ap­prend l’ar­chéo­lo­gie à l’École des hautes études en sciences so­ciales, elle se pas­sionne pour la pein­ture de la fin du XIXe siècle à l’école du Louvre. En 1983, elle dé­croche son pre­mier poste, comme conser­va­trice au mu­sée des Beaux­Arts de Bor­deaux. La belle en­dor­mie ver­ra sa car­rière fleu­rir pen­dant plus de 20 ans, de la créa­tion du mu­sée Gou­pil, en 1990, à la di­rec­tion du mu­sée d’Aqui­taine en pas­sant par le mu­sée d’art contem­po­rain. En 2005, elle part pour Pa­ris, re­joindre le pro­ jet de mu­sée na­tio­nal de l’his­toire de l’im­mi­gra­tion avant de re­ve­nir près de son ber­ceau, en 2010, pour prendre la di­rec­tion des mu­sées gal­lo­ro­mains du Dé­par­te­ment du Rhône. 2012 marque sa prise de fonc­tions au mu­sée des Con­fluences. Elle y dé­couvre des col­lec­tions hé­té­ro­clites, à la croi­sée de ses com­pé­tences. Comme un sym­bole.

Après avoir vé­cu à l’autre bout de l’A89, Hé­lène La­font­Cou­tu­rier semble avoir trou­vé sa place non loin de la ville qui l’a vu gran­dir. « À 20 ans, on a en­vie de voir du pays, en vieillis­sant on est content de re­ve­nir à ses ra­cines », ana­lyse la Li­gé­rienne, at­ta­chée à Mont­bri­son au point d’avoir fait par­tie, jus­qu’à ré­cem­ment, du ten­nis club lo­cal. « J’y re­ve­nais tous les wee­kends, par l’A89... C’est une belle route, les pay­sages sont ma­gni­fiques ».

Ex­po­si­tions trans­dis­ci­pli­naires

Prendre les rennes d’un mu­sée dont la construc­tion a fait cou­ler tant d’encre n’a pas dû être une mince af­faire. « Quand je suis ar­ri­vée, le chan­tier re­dé­mar­rait. Il fal­lait fi­nir d’écrire les ex­pos per­ma­nentes. À ce mo­ment­là, il faut de­ve­nir sourd pour évi­ter d’être trop dé­sta­bi­li­sé. C’est as­sez violent en soit une ou­ver­ture », note la quin­qua­gé­naire qui re­ven­dique une forme de « naï­ve­té ». Les po­lé­miques au­tour du coût du mu­sée pour la col­lec­ti­vi­té, Hé­lène La­font­Cou­tu­rier s’en dé­tache et pré­fère van­ter les re­tours des vi­si­teurs et les plé­bis­cites de ses pairs. Si elle prend plai­sir à por­ter haut les cou­leurs de son mu­sée, à l’ave­nir, la pas­sion­née ai­me­rait sur­tout re­ve­nir à ses pre­mières amours, la conser­va­tion et l’étude des oeuvres « On a une pe­tite col­lec­tion de pein­tures XIXe pas ex­ploi­tée. J’ai en­vie de me pen­cher des­sus. J’ai­me­rais me re­dé­ga­ger un peu de temps pour ça ».

À la tête d’une col­lec­tion énorme, al­lant d’un mam­mouth à des masques de théâtre ja­po­nais, Hé­lène La­font­Cou­tu­rier plaide pour des ex­po­si­tions trans­dis­ci­pli­naires, au ser­vice d’un ré­cit. Comme pour Ve­ne­num, ex­po­si­tion à dé­cou­vrir dès le 15 avril, au­tour du poi­son, où col­lec­tions eth­no­gra­phiques et sciences na­tu­relles co­ha­bitent. « On est un mu­sée qui ra­conte le monde. Les su­jets sont d’une telle va­rié­té. C’est im­por­tant d’avoir des ex­po­si­tions in­no­vantes dans leur forme », à la confluence des arts et des sciences. ■

« L’abou­tis­se­ment » d’une car­rière bien rem­plie

PHO­TO : QUEN­TIN LA­FONT/MU­SÉE DES CON­FLUENCES

TRA­VAIL DE L’OMBRE. « Les gens pensent qu’on ne tra­vaille que lors des jours d’ou­ver­ture dans un mu­sée. Ce n’est pas vrai. Un mu­sée gère une col­lec­tion, la conserve, l’étu­die et la va­lo­rise pour la pré­sen­ter au pu­blic », ex­plique Hé­lène La­font-Cou­tu­rier. Un tra­vail d’équipe in­vi­sible pour le vi­si­teur.

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